Imaginez un instant : sous la surface de la Terre, une quantité colossale d’énergie propre, stable et pratiquement inépuisable attend d’être exploitée. Les experts officiels tablent sur 60 gigawatts d’ici 2050 aux États-Unis. Et si ce chiffre n’était qu’une fraction de la réalité ? Une startup audacieuse nommée Zanskar affirme que le potentiel réel pourrait atteindre… un térawatt. Oui, vous avez bien lu : 1 000 gigawatts. De quoi révolutionner notre approvisionnement énergétique.

Comment une jeune pousse peut-elle contredire aussi frontalement les projections du Département de l’Énergie américain ? Grâce à une combinaison audacieuse d’intelligence artificielle, de géosciences modernes et d’un regard neuf sur une technologie considérée comme mature… et donc un peu oubliée. Plongeons dans l’histoire fascinante de Zanskar et dans ce qu’elle pourrait signifier pour l’avenir de l’énergie.

Quand l’IA redécouvre une énergie millénaire

La géothermie n’est pas nouvelle. Depuis plus d’un siècle, on capte la chaleur naturelle du sous-sol pour produire de l’électricité ou chauffer des habitations. Pourtant, malgré ses atouts indéniables – disponibilité 24h/24, très faible empreinte carbone, stabilité du réseau – elle reste marginale dans le mix énergétique mondial.

Pourquoi ? Parce que les sites les plus évidents (sources chaudes, volcans, geysers) ont déjà été largement exploités. Les 95 % restants, ceux qui ne présentent aucun signe visible en surface, sont passés sous les radars… jusqu’à aujourd’hui.

La fin des recherches intuitives

Carl Hoiland, co-fondateur et PDG de Zanskar, ne mâche pas ses mots :

« On a sous-estimé d’un ordre de grandeur, voire plus, le nombre de systèmes géothermiques non découverts. »

Carl Hoiland – CEO de Zanskar

Et ce n’est pas tout. Grâce aux progrès du forage horizontal et aux techniques de stimulation modernes, chaque site découvert peut désormais produire bien davantage qu’autrefois. Résultat : un potentiel théorique qui explose littéralement.

Mais découvrir ces ressources cachées n’est pas une mince affaire. Les méthodes traditionnelles reposent sur des indices géologiques visibles ou sur de la chance. Zanskar a décidé de changer de paradigme en misant massivement sur l’IA.

Deux approches IA complémentaires

L’entreprise déploie deux grandes familles d’algorithmes :

  • Des modèles d’apprentissage supervisé entraînés sur des découvertes accidentelles historiques pour repérer les signatures subtiles dans d’immenses bases de données géophysiques, gravimétriques, magnétiques et sismiques.
  • Une méthode propriétaire appelée Bayesian Evidential Learning (BEL) qui construit des « priors » à partir des données disponibles, puis les confronte systématiquement à de nouvelles observations pour réduire l’incertitude et estimer les probabilités de succès.

Quand le doute persiste, Zanskar va encore plus loin : l’équipe a développé son propre simulateur numérique de réservoirs géothermiques pour combler les lacunes et tester virtuellement différents scénarios d’exploitation.

Des résultats déjà concrets

Le pari commence à payer. En quelques années seulement, Zanskar a :

  • Relancé une centrale géothermique en sommeil au Nouveau-Mexique
  • Découvert deux nouveaux sites dont le potentiel cumulé dépasse les 100 mégawatts
  • Constitué un portefeuille de projets représentant déjà plus d’un gigawatt de capacité potentielle
  • Réussi un triplé parfait : trois sites explorés, trois succès confirmés

Joel Edwards, co-fondateur et directeur technique, résume l’état d’esprit actuel :

« Trois sur trois. Maintenant, on veut savoir ce que ça donne quand on tente dix explorations. »

Joel Edwards – CTO de Zanskar

Une levée de fonds de 115 millions pour accélérer

En janvier 2026, Zanskar annonce une Série C de 115 millions de dollars menée par Spring Lane Capital. Parmi les participants figurent des noms prestigieux : Lowercarbon Capital, Obvious Ventures, Union Square Ventures, Munich Re Ventures, StepStone Group, Susquehanna Sustainable Investments, et bien d’autres.

Cet afflux de capitaux doit permettre à l’entreprise de :

  • Multiplier les campagnes d’exploration dans l’Ouest américain
  • Valider au moins dix sites suffisamment robustes pour attirer des financements de projet (project finance)
  • Passer le fameux « valley of death » qui a coulé tant de jeunes pousses climat
  • Préparer une expansion géographique au-delà des États-Unis

Géothermie conventionnelle vs systèmes améliorés (EGS)

Il est important de distinguer deux grandes approches dans le secteur :

CaractéristiqueGéothermie conventionnelleEGS (Enhanced Geothermal Systems)
Type de réservoirNaturellement fracturé et perméableRocher chaud fracturé artificiellement
Profondeur typique1 à 4 km4 à 10 km
Technologie dominanteForage directionnel + stimulation légèreFracking massif type pétrole & gaz
Maturité actuelleCommerciale depuis des décenniesEn phase pilote / démonstration
Risque perçuMoyen (ressource prouvée ou non)Élevé (incertitude sur la fracturation)
Coût actuel estiméCompétitif quand site trouvéEn baisse rapide mais encore élevé

Les deux voies sont complémentaires. Les EGS promettent d’ouvrir des territoires jusqu’ici inaccessibles. Mais Zanskar défend l’idée que la géothermie conventionnelle dispose encore d’un gisement massif sous-exploré, surtout quand on la regarde avec des outils du XXIe siècle.

Pourquoi la géothermie intéresse tant les investisseurs climat ?

Dans un monde qui court après les kilowattheures décarbonés 24/7, la géothermie présente plusieurs avantages stratégiques :

  • Facteur de charge > 90 % (contre 25-35 % pour le solaire et l’éolien)
  • Très faible occupation des sols
  • Production de chaleur et d’électricité simultanément possible (cogénération)
  • Stabilité exceptionnelle du réseau (pas d’intermittence)
  • Potentiel de co-localisation avec l’industrie lourde ou les data centers

Ces caractéristiques expliquent pourquoi des géants comme Google, Microsoft ou encore des industriels chimiques et sidérurgiques suivent de très près les avancées du secteur.

Les défis qui restent à relever

Malgré les succès initiaux, Zanskar reste lucide. Plusieurs obstacles demeurent :

  • Le coût élevé du forage exploratoire (même avec l’IA)
  • Les incertitudes réglementaires et environnementales sur certains territoires
  • La nécessité de prouver la rentabilité sur des dizaines de sites différents
  • La concurrence croissante des autres technologies bas-carbone (nucléaire modulaire, stockage massif, hydrogène vert…)
  • Le temps long nécessaire pour boucler le cycle complet : exploration → forage → construction → raccordement

Carl Hoiland lui-même reconnaît que l’aventure ne fait que commencer :

« Nous savons maintenant que c’est l’avenir de l’exploration géothermique. Cela va changer la donne très rapidement. »

Carl Hoiland – CEO de Zanskar

Vers une nouvelle ère géothermique ?

Si Zanskar parvient à industrialiser son approche – c’est-à-dire à passer d’une réussite sur trois à une réussite sur dix, puis sur cent – le paysage énergétique pourrait connaître un tournant majeur d’ici 2035-2040.

Une énergie pilotable, décarbonée, disponible partout où la croûte terrestre est suffisamment chaude à profondeur raisonnable… c’est le Graal que recherchent les planificateurs énergétiques du monde entier. Et pour la première fois, une combinaison d’outils modernes semble capable de le rendre accessible à grande échelle.

Le pari de Zanskar est donc aussi technologique que stratégique : démontrer que l’intelligence artificielle, alliée à une compréhension fine des sciences de la Terre, peut réveiller une filière que beaucoup considéraient comme endormie.

Dans un contexte où chaque gigawatt propre compte double, cette ambition mérite d’être suivie de très près. Car si le térawatt caché existe vraiment, il pourrait bien devenir l’une des pièces maîtresses de la neutralité carbone.

Et vous, pensez-vous que l’IA peut réellement transformer des secteurs aussi physiques et matures que la géothermie ? L’avenir nous le dira… mais les premiers signaux envoyés par Zanskar sont déjà très encourageants.

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Steven Soarez
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