Et si la plateforme qui a révolutionné la monétisation directe des contenus pour adultes entrait dans une nouvelle ère capitalistique ? En ce début 2026, OnlyFans se trouve à un tournant majeur : une cession majoritaire à un fonds d’investissement serait en cours de négociation avancée. Une opération qui, si elle aboutit, valoriserait l’entreprise à 5,5 milliards de dollars.
Derrière ce chiffre impressionnant se cache une réalité complexe : une plateforme qui a su capter des millions d’utilisateurs et des centaines de milliers de créateurs, tout en restant extrêmement polarisante dans l’opinion publique et auprès des institutions financières. Que se passe-t-il vraiment dans les coulisses ?
OnlyFans face à un virage stratégique majeur
Depuis plusieurs années, le nom d’OnlyFans est synonyme de disruption dans l’économie des créateurs. Lancée en 2016 par Tim Stokely, la plateforme a rapidement trouvé son public grâce à un modèle simple mais puissant : permettre à n’importe qui de vendre du contenu exclusif par abonnement ou paiement à l’acte.
Mais derrière le succès fulgurant se cache aussi une problématique récurrente : la difficulté pour une entreprise très rentable mais très controversée d’accéder aux circuits financiers classiques. Les banques traditionnelles, les fonds de capital-risque les plus conventionnels et même certains processeurs de paiement ont souvent regardé OnlyFans avec méfiance.
Architect Capital : un partenaire atypique
C’est ici qu’entre en scène Architect Capital. Créé en 2021, ce fonds se présente comme un « asset-based lender » : il prête de l’argent en se basant sur les actifs et les flux de trésorerie des entreprises, plutôt que sur des projections de croissance à la Silicon Valley.
Ce positionnement les rend particulièrement adaptés à des sociétés qui dégagent des revenus très importants mais qui sont exclues des circuits d’investissement traditionnels. Et OnlyFans coche parfaitement ces cases : selon les informations disponibles, la société réalise des centaines de millions de dollars de bénéfices chaque année.
« Nous cherchons des entreprises qui ont déjà prouvé leur modèle économique, mais qui rencontrent des frictions d’accès au capital classique. »
Positionnement officiel d’Architect Capital (2022)
La structure envisagée pour la transaction est assez lourde : sur les 5,5 milliards de valorisation totale, 3,5 milliards seraient en fonds propres et 2 milliards en dette. Architect Capital prendrait ainsi environ 60 % du capital, laissant le solde à l’actionnaire principal actuel.
Leonid Radvinsky, l’homme derrière l’empire
Depuis 2018, c’est Leonid Radvinsky qui contrôle la majorité du capital de Fenix International Ltd, la société mère d’OnlyFans. Cet entrepreneur discret, d’origine ukrainienne et installé aux États-Unis, est souvent décrit comme milliardaire grâce à cette seule participation.
Mais contrairement à beaucoup de fondateurs de licornes, Radvinsky n’a jamais cherché la lumière. Il n’accorde quasiment aucune interview, ne participe pas aux conférences tech et reste très éloigné des réseaux sociaux. Cette discrétion a souvent alimenté les spéculations sur ses intentions réelles.
La rumeur d’une sortie ou d’une dilution importante de sa participation revient régulièrement depuis 2023. Plusieurs médias américains avaient déjà évoqué des discussions avec des fonds américains, dont Forest Road Company à Los Angeles. Cette fois pourtant, les négociations semblent beaucoup plus avancées.
Que signifie 60 % pour l’avenir d’OnlyFans ?
Prendre le contrôle majoritaire d’une société comme OnlyFans n’est pas anodin. Cela pose immédiatement plusieurs questions stratégiques :
- Architect Capital va-t-il pousser à une diversification hors du contenu pour adultes ?
- Va-t-il accentuer la pression sur la modération et la conformité légale ?
- Le modèle économique actuel (20 % de commission) sera-t-il remis en cause ?
- Comment les créateurs, qui sont le cœur de la plateforme, vont-ils vivre ce changement d’actionnariat ?
Pour l’instant, aucune communication officielle n’a filtré sur les intentions stratégiques du fonds. Mais dans ce type d’opération, le nouvel actionnaire majoritaire obtient généralement un siège au conseil d’administration et des droits de veto sur les décisions importantes.
Un secteur qui attire de plus en plus les capitaux… avec prudence
Le marché du contenu pour adultes monétisé directement par les créateurs est devenu, en quelques années, l’un des segments les plus rentables du numérique grand public. Plusieurs études estiment que le secteur pèse aujourd’hui entre 15 et 25 milliards de dollars par an à l’échelle mondiale.
Pourtant, très peu d’acteurs de ce marché ont réussi à lever des fonds ou à être valorisés publiquement. Les raisons sont multiples : réputation, risques réglementaires, difficultés avec les systèmes de paiement, pressions politiques.
OnlyFans fait figure d’exception. En acceptant de céder la majorité de son capital à un investisseur institutionnel, elle pourrait ouvrir la voie à d’autres opérations similaires dans le secteur. Ou au contraire, devenir un cas d’école des limites que rencontrent encore ces entreprises.
Les créateurs : les grands oubliés de l’opération ?
Ce qui frappe quand on regarde les gros titres autour de cette transaction, c’est l’absence quasi-totale de mention des créateurs eux-mêmes. Pourtant, ils sont plusieurs centaines de milliers à avoir bâti leur activité professionnelle sur OnlyFans.
Certains gagnent plusieurs millions par an, la très grande majorité gagne quelques centaines à quelques milliers d’euros par mois. Pour eux, la question n’est pas tant « qui est l’actionnaire » que :
- Est-ce que les commissions vont augmenter ?
- Est-ce que les règles de modération vont devenir plus strictes ?
- Est-ce que la plateforme va rester indépendante ou être intégrée dans un écosystème plus large ?
- Va-t-on voir arriver de nouvelles fonctionnalités (ou au contraire des restrictions) ?
Historiquement, chaque fois qu’une grosse plateforme change d’actionnaire majoritaire ou d’orientation stratégique, ce sont les utilisateurs finaux (ici les créateurs) qui ressentent le plus fortement les effets.
Un historique de controverses qui complique tout
OnlyFans n’a jamais vraiment réussi à se débarrasser de son image sulfureuse. Malgré les efforts répétés de communication affirmant que « OnlyFans n’est pas un site pornographique », la très grande majorité des revenus proviennent effectivement de contenus explicites.
Au fil des ans, la plateforme a fait face à :
- Des accusations de laxisme sur les contenus non consentis
- Des poursuites judiciaires liées à des mineurs
- Des campagnes politiques visant à la faire interdire
- Des menaces répétées de fermeture de compte par les processeurs de paiement
Ces éléments expliquent pourquoi la plupart des grands fonds de capital-risque américains ont toujours refusé de s’approcher, même quand les chiffres étaient excellents.
Et après ? Scénarios possibles pour 2026-2028
Si la transaction aboutit dans les prochains mois, plusieurs trajectoires sont envisageables :
- Statu quo optimisé — Architect Capital laisse tourner la machine actuelle en se contentant des très forts cash-flows.
- Expansion contrôlée — Lancement progressif de nouvelles verticales (fitness, musique, éducation…) pour diluer la part « adulte » dans le chiffre d’affaires.
- Préparation à une sortie — Structuration de l’entreprise pour une introduction en bourse dans 3 à 5 ans.
- Revente rapide — Architect Capital agit comme un « flipper » et revendra dans 18-36 mois à un groupe média ou tech plus conventionnel.
Aucune de ces hypothèses n’est confirmée, mais elles reviennent régulièrement dans les discussions entre investisseurs spécialisés dans les secteurs controversés.
Ce que cette opération dit du capitalisme en 2026
Au-delà du cas OnlyFans, cette potentielle transaction est symptomatique d’une évolution plus large. Les entreprises qui génèrent des dizaines voire centaines de millions de bénéfices annuels, mais qui restent dans des zones grises morales ou réglementaires, trouvent désormais des capitaux… à condition d’accepter des structures hybrides (dette + equity) et des investisseurs atypiques.
C’est une forme de financiarisation pragmatique : on ne cherche plus à « rendre sexy » le business model pour le rendre acceptable par les fonds ESG ou les grandes banques. On assume la réalité des cash-flows et on structure l’opération en conséquence.
OnlyFans pourrait donc devenir, paradoxalement, un symbole de maturité financière pour tout un pan de l’économie numérique qui était jusqu’ici financièrement orphelin.
Conclusion : une page qui se tourne… ou qui s’ouvre ?
Pour l’instant, tout reste suspendu à la signature finale. Les deux parties sont en période d’exclusivité, ce qui signifie qu’aucune autre offre ne peut être étudiée pendant un certain temps.
Mais si l’opération aboutit, 2026 marquera probablement un tournant pour OnlyFans : celui d’une entreprise qui, après avoir été construite dans l’ombre et la controverse, entre dans le monde des gros investisseurs institutionnels… tout en continuant à polariser les opinions.
Reste une question essentielle, celle que se posent sans doute des centaines de milliers de créateurs en ce moment même : est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour eux ?
La réponse, on devrait la connaître d’ici quelques mois.