Et si le rêve d’une course autonome moins chère qu’un Uber classique devenait réalité plus vite que prévu ? En ce début 2026, les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’écart tarifaire entre les robotaxis Waymo et les véhicules avec chauffeur humain se réduit à une vitesse impressionnante. Ce qui semblait encore être un luxe technologique il y a quelques mois devient progressivement une option réellement compétitive.

Derrière cette évolution se cachent plusieurs phénomènes simultanés : une stratégie tarifaire plus agressive de la part de Waymo, une inflation notable des prix chez Uber et Lyft, et l’arrivée discrète mais menaçante de Tesla sur le segment. Zoom sur une bataille économique qui pourrait redessiner le quotidien de millions d’urbains dans les prochaines années.

Quand les robots deviennent (presque) aussi abordables que les chauffeurs

Depuis plusieurs années, Waymo fait figure de pionnier incontesté des services 100 % autonomes accessibles au public. Pourtant, pendant longtemps, le prix restait le principal frein à une adoption massive. En avril 2025 encore, une course moyenne réalisée via la plateforme Obi coûtait environ 20,43 $ avec Waymo, contre 15,58 $ chez Uber et 14,44 $ chez Lyft. Un écart de près de 30 % qui semblait difficile à combler rapidement.

Huit mois plus tard, le paysage a considérablement changé. Entre fin novembre 2025 et début janvier 2026, les mêmes méthodes de mesure montrent un prix moyen Waymo à 19,69 $, Uber à 17,47 $ et Lyft à 15,47 $. L’écart avec Uber n’est plus que de 12,7 % et continue de se resserrer chaque mois.

Comment expliquer une telle évolution en si peu de temps ?

Waymo choisit la voie de l’attaque tarifaire

La filiale d’Alphabet n’a pas attendu passivement que la concurrence se réveille. Dans la baie de San Francisco – son marché historique et le plus mature – Waymo a volontairement baissé ses tarifs de 3,6 % en moyenne sur la période étudiée. Une décision stratégique qui vise clairement à convertir les utilisateurs occasionnels en clients réguliers maintenant que l’effet « nouveauté » s’estompe.

« La nouveauté liée au fait de monter dans une voiture sans chauffeur s’est dissipée dans la baie de San Francisco. Les gens veulent désormais payer un prix qui a du sens. »

Ashwini Anburajan, CEO d’Obi

Cette politique tarifaire plus offensive devrait s’accentuer avec l’arrivée prochaine du nouveau véhicule développé en partenariat avec Zeekr, surnommé « Ojai ». Ce modèle spécifique promet un coût de fabrication nettement inférieur aux Jaguar I-Pace actuellement utilisées, ce qui pourrait permettre à Waymo de baisser encore ses prix sans sacrifier sa marge.

Uber et Lyft pris en étau par l’inflation

Pendant que Waymo ajustait ses tarifs à la baisse, les deux géants historiques du VTC ont connu l’évolution inverse. Entre avril 2025 et janvier 2026 :

  • Uber : +12 % (de 15,58 $ à 17,47 $)
  • Lyft : +7 % (de 14,44 $ à 15,47 $)

Cette hausse s’explique par plusieurs facteurs : augmentation des coûts salariaux des chauffeurs, hausse du prix des carburants et des assurances, pression inflationniste générale aux États-Unis, et nécessité de maintenir des revenus corrects pour les conducteurs dans un contexte où la concurrence des robotaxis commence à se faire sentir.

Pour beaucoup d’observateurs, cette dynamique crée une fenêtre d’opportunité unique pour les acteurs autonomes : rattraper puis dépasser les acteurs traditionnels avant que ceux-ci n’aient eu le temps de complètement optimiser leur modèle économique face à la robotisation.

Tesla, l’outsider qui change déjà la donne

Parmi les quatre services analysés par Obi dans la baie de San Francisco, c’est sans conteste Tesla qui affiche le prix moyen le plus bas… mais avec d’importantes nuances.

Attention : Tesla ne dispose pas (encore) des autorisations nécessaires pour exploiter un véritable service de robotaxi sans chauffeur dans l’État de Californie. Les véhicules observés dans l’étude sont conduits par des employés de l’entreprise équipés du logiciel Full Self-Driving. Il s’agit donc d’un service hybride, et non d’un vrai robotaxi autonome.

Malgré cette limitation majeure, les tarifs observés sont déjà très agressifs. La flotte reste modeste (environ 150-170 véhicules actifs selon les estimations), ce qui se traduit logiquement par des temps d’attente nettement plus longs : 15,3 minutes en moyenne contre 5,7 minutes pour Waymo et 3,2 minutes pour Uber.

Mais le simple fait que Tesla affiche déjà des prix inférieurs avec une flotte minuscule et des chauffeurs humains laisse imaginer le potentiel tarifaire lorsque (et si) la société obtiendra les autorisations pour déployer massivement des véhicules 100 % autonomes reposant uniquement sur des caméras.

Les préférences des utilisateurs : Tesla surprend

Au-delà des prix, Obi a également interrogé plus de 2 000 personnes dans quatre États américains (Californie, Nevada, Arizona, Texas) sur leurs habitudes et leurs préférences en matière de mobilité autonome.

Résultat surprenant : alors même que Tesla n’exploite pas encore de véritable service robotaxi à grande échelle, la marque arrive en deuxième position des préférences, juste derrière Waymo.

MarquePréférence globalePréférence hommesPréférence femmes
Waymo39,8 %25 %≈ 50 %
Tesla31 %56 %≈ 50 %
Zoox≈ 8 %7 %8 %

Ce clivage hommes / femmes est particulièrement marqué. Les hommes plébiscitent très largement Tesla (56 %), tandis que les femmes se partagent presque équitablement entre Waymo et Tesla. Une marque forte et une communication très masculine d’Elon Musk expliquent sans doute en partie cette polarisation.

2026 : l’année de la véritable explosion concurrentielle

L’année 2026 s’annonce décisive pour le secteur. Plusieurs éléments vont accélérer la compétition :

  • Waymo continue son expansion géographique rapide et signe des partenariats avec… Uber et Lyft dans plusieurs villes
  • Tesla affirme vouloir démontrer la viabilité de son approche « vision-only » et multiplier les autorisations
  • Motional (Hyundai) relance son projet et vise Las Vegas avant fin 2026
  • Nuro s’associe à Uber pour déployer un réseau premium avec des Lucid Gravity autonomes
  • Avride (ex-Yandex) accélère son partenariat avec Uber dans plusieurs villes américaines
  • Zoox (Amazon) augmente progressivement son empreinte commerciale

Dans ce contexte ultra-concurrentiel, la bataille ne se jouera plus seulement sur la technologie ou sur la sécurité, mais bel et bien sur le prix perçu, le temps d’attente et l’expérience utilisateur globale.

Ce que les chiffres ne disent pas encore

Si les données d’Obi sont précieuses, elles ne racontent pas toute l’histoire. Plusieurs éléments restent difficiles à quantifier à ce stade :

  • La perception de sécurité réelle des utilisateurs selon l’opérateur
  • Le taux de désistement / annulation selon la marque
  • Le pourcentage de trajets réalisés en heure de pointe (où les écarts tarifaires explosent chez Uber/Lyft)
  • Le niveau de confort et d’espace intérieur (surtout avec l’arrivée des minivans Zeekr chez Waymo)
  • L’évolution des coûts d’exploitation réels par mile parcouru

Ces paramètres viendront probablement affiner le classement dans les prochains mois. Une chose semble déjà acquise : l’époque où les robotaxis étaient systématiquement 30 à 50 % plus chers touche à sa fin.

Vers un futur où la voiture autonome devient le nouveau taxi low-cost ?

Si la tendance actuelle se confirme, 2027-2028 pourrait marquer le moment où prendre un robotaxi deviendra, dans plusieurs grandes villes américaines, moins cher que de héler un Uber ou un Lyft classique aux heures normales.

Pour les consommateurs, cela signifierait une baisse générale des prix de la mobilité urbaine. Pour les chauffeurs VTC, cela pourrait accélérer une transition déjà douloureuse vers d’autres métiers. Pour les villes, cela pose des questions nouvelles sur la régulation, la fiscalité et l’aménagement urbain.

Une chose est sûre : la course ne fait que commencer. Et contrairement à ce que beaucoup pensaient il y a encore deux ans, ce ne sont pas seulement les leaders technologiques historiques qui dicteront le rythme, mais bien ceux qui réussiront à aligner performance, sécurité, échelle et prix agressif.

2026 sera l’année charnière. Celle où l’on verra enfin si le futur autonome promis depuis dix ans peut aussi être abordable pour le plus grand nombre.

Et vous, seriez-vous prêt à monter dans un robotaxi si la course vous coûtait 10 à 20 % moins cher qu’un Uber classique ?

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.