Imaginez que vous puissiez poser une question stratégique complexe à votre ordinateur et obtenir en quelques minutes une analyse digne d’un cabinet de conseil international, avec graphiques interactifs, sources vérifiées et recommandations actionnables. Ce n’est plus de la science-fiction : c’est exactement ce que propose désormais Airtable avec son tout nouvel outil baptisé Superagent.

Le 27 janvier 2026, la plateforme no-code devenue incontournable dans les entreprises du monde entier a surpris tout le monde en dévoilant non pas une simple fonctionnalité, mais un produit entièrement autonome. Pour la première fois en treize ans d’existence, Airtable sort de son pré carré historique pour plonger tête la première dans l’univers brûlant des agents IA autonomes.

Airtable entre dans la course des agents IA avec Superagent

Dans un contexte où chaque licorne tech semble lancer son « agent » toutes les semaines, Airtable aurait pu se contenter d’ajouter quelques boutons IA dans son interface. Au lieu de cela, l’entreprise fondée par Howie Liu a choisi une voie plus ambitieuse : créer un produit distinct, quasi-indépendant, conçu dès le départ autour d’une architecture d’agents multiples coordonnés.

Mais pourquoi un tel virage alors que la valorisation boursière (secondaire) d’Airtable a fondu comme neige au soleil depuis 2021 ? La réponse de Howie Liu est limpide : c’est justement parce que l’entreprise dispose encore d’une trésorerie très confortable et d’un business qui génère du cash qu’elle peut se permettre de prendre des risques que d’autres n’osent plus envisager.

Qu’est-ce que Superagent exactement ?

Contrairement à la majorité des outils qui se contentent d’appeler un modèle de langage pour enchaîner des étapes prédéfinies, Superagent repose sur le concept de coordination multi-agents. Concrètement, lorsque vous posez une question ouverte, un agent coordinateur analyse la demande, élabore un plan de recherche, puis répartit les tâches entre plusieurs agents spécialisés qui travaillent en parallèle.

Ces agents spécialisés peuvent par exemple s’occuper chacun d’un angle précis : analyse financière, positionnement concurrentiel, revue de presse, étude démographique, analyse réglementaire… Une fois leur travail terminé, le coordinateur central synthétise le tout dans un livrable interactif de très haute qualité.

Vous n’êtes plus en train de prompter une IA. Vous orchestrez une équipe.

Howie Liu, fondateur et CEO d’Airtable

Le résultat final n’est pas un simple pavé de texte. On parle ici d’analyses interactives avec cartes géographiques cliquables, filtres temporels, visualisations de données dynamiques, timelines, comparatifs… Le genre de livrables que l’on obtenait auparavant uniquement après plusieurs jours de travail d’une équipe d’analystes seniors.

Des exemples concrets qui impressionnent

Pour illustrer la puissance de l’outil, Airtable a partagé plusieurs cas d’usage parlants :

  • Évaluer Google comme opportunité d’investissement sur trois ans → analyse structurée avec citations d’appels de résultats, moat technologique face à OpenAI et Anthropic, facteurs de risque émergents
  • Préparer un pitch devant Wells Fargo → briefing complet sur la stratégie IA de la banque, ses investissements récents, sa posture réglementaire, ses points de douleur identifiés
  • Étudier l’expansion d’une marque d’athleisure en Europe → plan de recherche automatique, étude démographique, cartographie concurrentielle interactive, calendrier prévisionnel filtrable

Dans chaque cas, Superagent puise dans des sources premium : FactSet, Crunchbase, dépôts SEC, transcriptions d’appels de résultats… Le tout avec une traçabilité complète des sources et des citations cliquables.

Une différenciation technique assumée

Howie Liu ne mâche pas ses mots lorsqu’il compare Superagent aux autres solutions du marché. Selon lui, seuls deux produits méritent vraiment l’appellation « agent IA véritable » aujourd’hui : Claude d’Anthropic et Manus (récemment racheté par Meta). Tous les autres ne seraient que des workflows LLM habillés en agents.

La différence fondamentale selon lui ? La capacité à faire preuve d’autonomie réelle : revenir en arrière, changer de stratégie en cours de route, explorer des voies imprévues, corriger ses propres erreurs sans intervention humaine. C’est ce qu’on appelle dans le jargon une architecture de type « long-running smart agent ».

Le parcours qui a mené à Superagent

Ce lancement ne sort pas de nulle part. Airtable prépare discrètement sa transformation en plateforme « AI-native » depuis plusieurs trimestres :

  • Recrutement de David Azose (ex-lead engineering ChatGPT Enterprise chez OpenAI) comme CTO
  • Acquisition de DeepSky (ex-Gradient), startup spécialisée dans les agents IA qui avait levé 40 millions de dollars
  • Intégration progressive de capacités IA dans la plateforme historique
  • Refonte complète de la vision produit autour de l’automatisation intelligente

L’équipe fondatrice de DeepSky pilote désormais Superagent de manière relativement autonome au sein d’Airtable, signe que l’entreprise veut laisser respirer ce nouveau produit sans l’étouffer sous la bureaucratie d’une structure de 700 personnes.

Modèle économique et positionnement prix

Concernant la tarification, les détails définitifs n’étaient pas encore complètement arrêtés fin janvier 2026, mais le modèle évoqué suit la tendance du marché des outils IA premium :

  • Entrée de gamme autour de 20 $/mois/utilisateur
  • Tiers puissance vers 200 $/mois pour les utilisateurs intensifs
  • Crédits d’inférence généreux inclus

« Nous ne cherchons pas à maximiser les marges pour le moment », explique Howie Liu. L’objectif est clairement d’attirer massivement les early adopters et d’atteindre rapidement une taille critique.

Les défis qui attendent Superagent

Malgré ses atouts techniques, Superagent arrive sur un marché déjà saturé de promesses d’agents IA. OpenAI, Anthropic, Google, Meta, Notion, Harvey et des centaines de startups se disputent déjà l’attention des entreprises.

Parmi les principaux défis :

  • Prouver que la distinction « vrai agent vs workflow LLM » est perceptible par les utilisateurs finaux
  • Démontrer une fiabilité et une précision supérieures dans des cas réels
  • Gérer les coûts d’inférence qui explosent avec l’architecture multi-agents
  • Convaincre face à des solutions plus intégrées verticalement (ex : Harvey pour le droit)
  • Éviter la fatigue « agent » que commencent à ressentir certains décideurs

Airtable ou Superagent : quel futur dominant ?

Interrogé sur la possibilité que Superagent devienne plus important qu’Airtable à long terme, Howie Liu reste mesuré mais ouvert :

Airtable restera probablement plus important à court et moyen terme. Mais j’aime avoir l’option Superagent. L’optionalité, c’est précieux.

Howie Liu

Il évoque même la possibilité d’un futur où Superagent représenterait une opportunité de marché plusieurs ordres de grandeur supérieurs à la plateforme no-code historique. Une façon élégante de dire que l’entreprise est prête à cannibaliser son propre business si l’IA le commande.

Un état d’esprit « wartime » assumé

Face à la vitesse folle à laquelle évolue le secteur de l’IA, Howie Liu parle désormais ouvertement de « wartime leadership ». Lui qui rejetait autrefois ce vocabulaire guerrier l’assume aujourd’hui pleinement :

« Être extrêmement rapide pour s’adapter, c’est la manière la plus créatrice de valeur dans le contexte actuel. Et aussi la plus excitante. »

Conclusion : une page qui se tourne chez Airtable

Avec Superagent, Airtable ne se contente pas de suivre la vague IA : l’entreprise tente de la devancer en misant sur une architecture fondamentalement différente. Le pari est risqué, coûteux et ambitieux, mais il est assumé avec les moyens financiers et humains d’une scale-up mature.

Si Superagent parvient à transformer la promesse marketing en réalité quotidienne pour des milliers d’entreprises, Airtable pourrait bien redevenir l’une des sociétés les plus regardées de la tech mondiale. Dans le cas contraire, ce lancement restera comme une belle tentative courageuse dans une période où l’audace se fait rare.

Une chose est sûre : l’année 2026 s’annonce décisive pour savoir si les agents multi-spécialistes coordonnés représentent vraiment la prochaine grande révolution logicielle ou simplement une étape de plus dans l’évolution des interfaces IA.

Et vous, pensez-vous que Superagent a les moyens de ses ambitions ?

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.