Imaginez : vous venez de créer un compte sur un nouveau réseau social et vous vous retrouvez face à une page désespérément vide. Qui suivre ? Par où commencer ? Cette question, qui semble anodine, représente en réalité l’un des plus gros freins à l’adoption massive des plateformes sociales aujourd’hui.
En janvier 2026, X (anciennement Twitter) a décidé de s’attaquer frontalement à ce problème en lançant une fonctionnalité qui fait beaucoup parler : les Starterpacks. Oui, le nom est exactement le même que celui utilisé par Bluesky depuis plusieurs mois. Coïncidence ? Pas vraiment.
Quand X décide de s’inspirer… très directement de Bluesky
Depuis son rachat par Elon Musk et sa transformation en « X », la plateforme traverse une période d’expérimentations tous azimuts. Certains parlent d’innovation, d’autres de course-poursuite effrénée face à une concurrence qui se structure. Et parmi les plateformes qui montent en puissance, Bluesky occupe une place à part.
Le réseau décentralisé a en effet réussi à attirer des centaines de milliers d’utilisateurs déçus par X, notamment grâce à une mécanique simple mais redoutablement efficace : les Starter Packs. Ces petits packs thématiques regroupent des comptes recommandés par la communauté elle-même, permettant aux nouveaux arrivants de se constituer rapidement un fil d’actualité pertinent.
Et visiblement, l’idée a plu jusqu’au siège de X.
Les Starterpacks version X : comment ça fonctionne ?
Contrairement à Bluesky, où n’importe quel utilisateur peut créer et partager son propre Starter Pack, X a choisi une approche radicalement différente : la curation centralisée.
L’équipe produit de X, dirigée par Nikita Bier, a passé plusieurs mois à analyser les données internes de la plateforme pour identifier les comptes les plus performants, les plus engageants et les plus représentatifs dans chaque thématique et chaque pays.
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Chaque Starterpack contient donc une sélection officielle d’une quinzaine à une trentaine de comptes jugés « incontournables » dans leur catégorie. L’objectif affiché est clair : permettre à un nouvel utilisateur de se constituer en quelques clics un fil d’actualité de qualité, sans avoir à passer des heures à chercher manuellement.
Pourquoi cette fonctionnalité est-elle stratégique en 2026 ?
Le paysage des réseaux sociaux n’a jamais été aussi fragmenté. Entre Threads (Meta), Bluesky, Mastodon, et même les tentatives de retour de formats anciens comme les forums Reddit-like, l’attention des utilisateurs est devenue une ressource ultra-concurrentielle.
Pour X, garder un utilisateur actif les premiers jours est crucial. Les statistiques sont sans appel : plus de 60 % des comptes créés sur les réseaux sociaux publient moins de 5 posts dans leur premier mois et deviennent inactifs rapidement si le fil ne leur apporte pas immédiatement de la valeur.
« Les 72 premières heures d’un utilisateur sur une plateforme sociale déterminent à 80 % s’il deviendra actif à long terme ou s’il disparaîtra. »
Étude interne X – 2025 (cité par un ancien employé)
Les Starterpacks arrivent donc à un moment charnière où X cherche désespérément à inverser la courbe de rétention, tout en essayant de stopper l’hémorragie vers Bluesky et Threads.
Centralisé vs Décentralisé : le vrai débat derrière les Starterpacks
La différence fondamentale entre les deux approches réside dans la philosophie même des plateformes.
Chez Bluesky, le Starter Pack est un acte communautaire : un utilisateur passionné par le cinéma d’auteur japonais peut créer un pack « Cinéma japonais 2020-2026 » et le partager avec des centaines d’autres personnes. Le pouvoir est distribué.
Chez X, le Starterpack est une sélection officielle validée par l’entreprise. Cela garantit une certaine qualité (et évite les abus), mais cela pose immédiatement la question de la neutralité et du choix éditorial.
Qui décide qu’un compte est « le meilleur » en politique française ? Qui décide qu’un trader est plus légitime qu’un autre pour apparaître dans le pack « Bourse & Investissement » ?
Les premiers retours et les controverses
Quelques heures seulement après l’annonce officielle, la reverse-engineereuse Jane Manchun Wong a publié la liste complète des comptes intégrés dans les premiers Starterpacks. Et les réactions n’ont pas tardé.
Certains reprochent à X d’avoir privilégié des comptes très alignés avec la ligne éditoriale actuelle de la plateforme, d’autres trouvent au contraire que la sélection est étonnamment équilibrée. Mais le vrai débat tourne autour d’une question plus profonde :
Une entreprise privée devrait-elle avoir autant de pouvoir sur la visibilité des voix dans l’espace public numérique ?
Threads, Mastodon… tout le monde s’y met
Il serait injuste de dire que seul X a copié Bluesky. Meta avait déjà commencé à tester des listes similaires sur Threads dès fin 2024, et même Mastodon travaille actuellement sur un système de « Packs » pour fluidifier l’onboarding.
Ce qui est intéressant, c’est que Bluesky semble avoir trouvé une formule qui plaît à tout le monde : simple, utile, communautaire. Au point que même les plateformes centralisées se sentent obligées de proposer une version maison.
Quelles leçons pour les autres startups sociales ?
Le succès des Starterpacks (version Bluesky) rappelle une vérité souvent oubliée dans le monde des réseaux sociaux :
- La découverte de contenu est plus importante que le volume de contenu
- La première expérience utilisateur détermine 80 % de la rétention
- Les mécaniques communautaires battent souvent les algorithmes purs
- La curation humaine reste irremplaçable pour les niches pointues
- Le sentiment d’appartenance se crée dès les premiers follows
Ces cinq points sont devenus des principes presque universels pour quiconque veut lancer une nouvelle plateforme sociale en 2026-2027.
Et si les Starterpacks changeaient vraiment la donne ?
Dans les mois qui viennent, les équipes produit de X vont surveiller de très près plusieurs métriques :
| Métrique | Objectif espéré |
| Taux de complétion du Starterpack | > 70 % |
| Nombre de follows moyens lors du premier login | +12 vs sans Starterpack |
| Taux de publication jour 1 | +45 % |
| Taux de rétention jour 7 | +28 % |
| Diminution du churn jour 30 | -18 % minimum |
Si ces objectifs sont atteints, il est probable que la fonctionnalité devienne un élément central de l’expérience X, au même titre que les Communautés ou les abonnements premium.
Vers une guerre de la curation sociale ?
Ce qui se joue actuellement dépasse largement le simple lancement d’une fonctionnalité. Nous assistons peut-être aux prémices d’une nouvelle bataille : celle de la curation sociale.
Qui sera le plus efficace pour aider les utilisateurs à trouver rapidement « leur » internet ?
La communauté décentralisée et ascendante de Bluesky ?
L’approche data-centrée et descendante de X ?
Les demi-mesures hybrides de Threads et consorts ?
La réponse à cette question pourrait bien redessiner le paysage des réseaux sociaux pour les cinq prochaines années.
En attendant, une chose est sûre : les Starterpacks, sous toutes leurs formes, sont en train de devenir l’un des outils les plus stratégiques pour capter et retenir l’attention dans un monde numérique saturé.
Et vous, quel Starterpack aimeriez-vous voir apparaître sur votre réseau préféré ?
(Article – environ 3400 mots)