Et si la prochaine grande star du recrutement tech ne passait plus par LinkedIn, les entretiens interminables ou les chasseurs de têtes, mais par une course effrénée de drones pilotés uniquement par intelligence artificielle ? C’est exactement le pari fou (et génial) qu’Anduril vient de lancer avec son AI Grand Prix. Une compétition où le talent brut en programmation et en IA peut vous propulser directement dans l’une des startups les plus en vue du secteur de la défense et de l’autonomie.

Derrière cette initiative se cache Palmer Luckey, le fondateur d’Anduril, connu pour avoir créé Oculus avant de se lancer dans les technologies militaires de nouvelle génération. Quand il parle de ce projet, ses yeux pétillent et les mots fusent. Il ne s’agit pas d’un gadget marketing : c’est une véritable déclaration d’intention sur l’avenir du travail dans l’IA et l’autonomie.

Une course pas comme les autres

L’AI Grand Prix n’a rien à voir avec les traditionnels championnats de drone racing où des pilotes humains acrobatiques font hurler leurs machines à plus de 150 km/h. Ici, aucun humain ne touche à une radiocommande. Les drones doivent voler seuls, grâce à des algorithmes développés par les participants. Le défi ? Faire preuve d’une maîtrise exceptionnelle en vision par ordinateur, en contrôle-commande, en planification de trajectoire et en optimisation temps réel.

Les équipes ne coderont pas sur n’importe quel drone. Anduril a choisi de s’associer à Neros Technologies, une autre pépite américaine de la défense, pour fournir les quadricoptères ultra-rapides et légers adaptés à ce type d’épreuve. Pourquoi pas les propres drones d’Anduril ?

« Nos plateformes sont généralement plus imposantes, conçues pour emporter des charges utiles importantes ou voler longtemps. Pour une course en intérieur ultra-dynamique, il fallait des machines très petites et extrêmement nerveuses », explique Palmer Luckey avec son franc-parler habituel.

Un casting grandeur nature pour dénicher les meilleurs talents

Anduril ne cache pas ses intentions : l’événement est avant tout un outil de recrutement déguisé en spectacle technologique. Les meilleures équipes ne repartiront pas seulement avec une partie des 500 000 dollars de prize pool. Les vainqueurs (et même certains finalistes) pourront court-circuiter tout le processus classique d’embauche et enchaîner directement sur des entretiens avec les équipes techniques d’Anduril.

« Le but n’est pas de sponsoriser une course classique. Notre mission est de prouver que l’autonomie a atteint un niveau où l’humain n’a plus besoin de piloter chaque engin. Alors autant organiser une compétition qui célèbre ceux qui écrivent le meilleur code. »

Palmer Luckey – fondateur d’Anduril

Ce n’est pas la première fois qu’Anduril utilise des opérations spectaculaires pour attirer l’attention. Sponsor officiel de la course NASCAR Anduril 250, la société aime les formats qui claquent. Mais ici, le message est clair : nous recrutons des cerveaux, pas des pilotes.

Un calendrier en trois actes

La compétition se déroulera en plusieurs phases :

  • Qualifications en ligne (avril-juin) : simulation puis tests sur hardware fourni ou compatible
  • Demi-finales régionales (juillet-septembre)
  • Grande Finale physique dans l’Ohio (novembre 2026) : l’État qui abrite l’une des principales usines d’Anduril

La Drone Champions League, organisateur historique de courses de drones, apporte son expertise logistique et son savoir-faire en matière de production d’événement. JobsOhio, l’agence de développement économique de l’État, complète le trio pour ancrer solidement l’événement dans le Midwest américain.

Ouvert au monde… presque

L’appel à candidatures est international. Les équipes universitaires, les indépendants, les petits collectifs de passionnés : tout le monde peut tenter sa chance. Une exception notable cependant : les participants russes sont exclus.

« Nous suivons la logique appliquée par la Coupe du Monde et de nombreuses fédérations sportives internationales. La Russie mène actuellement une invasion en Europe. Ce n’est pas le moment d’inviter des équipes qui pourraient être liées à leur complexe militaro-industriel », justifie Palmer Luckey sans détour.

Les équipes chinoises, elles, sont les bienvenues. Une décision qui peut surprendre quand on sait qu’Anduril se positionne comme l’un des fers de lance de la défense américaine face à la montée en puissance technologique de Pékin. Mais Luckey assume :

« Si une équipe chinoise gagne, elle ne décrochera pas automatiquement un poste chez nous. Il y aura toujours des vérifications de sécurité et des entretiens. Personne ne travaille pour l’armée chinoise chez Anduril. Point. »

Palmer Luckey

Et après les quadricoptères ?

L’ambition affichée va bien au-delà d’une simple course de petits drones. Anduril voit l’AI Grand Prix comme le premier épisode d’une saga plus large :

  • courses de drones terrestres autonomes
  • compétitions sous-marines
  • éventuellement des engins spatiaux à terme

Chaque domaine pose des défis radicalement différents : latence réseau, capteurs sous-marins, gestion des orbites, propulsion… Autant de terrains de jeu qui permettraient de tester et de recruter des profils toujours plus pointus.

Pourquoi ce format séduit autant ?

Dans un marché de l’emploi tech saturé de CV presque identiques, les entreprises cherchent désespérément des signaux forts de compétence réelle. Les hackathons existent depuis longtemps, mais ils restent souvent cantonnés à des projets logiciels classiques.

Ici, le défi est physique, mesurable en millisecondes, visible à l’œil nu et filmable pour YouTube. Le gagnant ne pourra pas tricher facilement sur son niveau technique. Et le perdant repartira quand même avec une visibilité énorme et probablement des contacts précieux.

C’est aussi une façon pour Anduril de rappeler son ADN : l’entreprise ne se contente pas de fabriquer des armes autonomes ou des systèmes de surveillance. Elle veut incarner l’avenir de l’ingénierie autonome grand public ET militaire. En organisant sa propre compétition, elle se positionne comme le juge et le mécène de cet écosystème naissant.

Un miroir de l’évolution du secteur défense

Depuis sa création en 2017, Anduril a bouleversé le paysage de la défense américaine. Exit les cycles de développement de 15 ans et les contrats pharaoniques accordés aux géants traditionnels. Place à l’itération rapide, aux logiciels ouverts (dans une certaine mesure), aux capteurs low-cost et surtout à l’autonomie logicielle.

Le Lattice OS, le cerveau central de tous les systèmes Anduril, est capable d’intégrer des capteurs hétérogènes, de fusionner les données et de prendre des décisions en temps réel. Organiser une course de drones autonomes, c’est aussi démontrer publiquement que cette technologie n’est plus de la science-fiction.

Ce que les participants peuvent attendre

Pour les étudiants et jeunes ingénieurs qui rêvent de travailler dans l’IA appliquée à la robotique, voici quelques avantages concrets :

  • Accès à du matériel de pointe fourni pour les phases finales
  • Visibilité auprès de recruteurs qui comptent parmi les mieux payants du secteur tech/défense
  • Possibilité de voir son code tourner sur de vrais drones de compétition
  • Une expérience qui pèsera très lourd sur un CV
  • Une communauté naissante de passionnés d’IA autonome

Pour les équipes plus expérimentées, c’est aussi l’occasion de benchmarker leurs algorithmes face à la concurrence mondiale dans un cadre très exigeant.

Les défis techniques à relever

Ne vous y trompez pas : faire voler un drone de course de façon totalement autonome dans un environnement encombré est l’un des problèmes les plus ardus en robotique aujourd’hui. Parmi les verrous principaux :

  • Détection et évitement d’obstacles à plus de 100 km/h
  • Estimation de position sans GPS fiable en intérieur
  • Contrôle bas niveau ultra-rapide (PID tuning + MPC)
  • Gestion des perturbations aérodynamiques (effet sol, turbulence créée par les autres drones)
  • Optimisation de la consommation énergétique sur des vols de plusieurs minutes
  • Résilience aux pertes temporaires de capteurs (flou, éblouissement)

Les équipes qui réussiront combineront probablement du deep learning pour la perception, du planning basé sur l’échantillonnage (RRT*, PRM*) et des contrôleurs appris par renforcement.

Un signal fort envoyé à la Silicon Valley

Pendant longtemps, les meilleurs talents en IA évitaient le secteur de la défense, par conviction personnelle ou par crainte du regard des pairs. Anduril a déjà réussi à attirer d’anciens cadres de Google, Meta, Tesla et OpenAI. Ce genre d’événement spectaculaire permet de continuer à élargir le vivier en montrant que l’on peut travailler sur des technologies de pointe tout en participant à un projet fun et compétitif.

En résumé, l’AI Grand Prix est bien plus qu’une course. C’est un manifeste, un outil RH, un benchmark technologique et un show médiatique. Palmer Luckey et ses équipes ont une fois de plus frappé fort.

Reste maintenant à voir si l’événement tiendra toutes ses promesses et surtout s’il donnera naissance à une véritable scène compétitive d’IA autonome grand public. Une chose est sûre : en 2026, les meilleurs codeurs de drones ne seront plus forcément ceux qui savent manier une radiocommande… mais ceux qui savent manier PyTorch, JAX et ROS2 comme personne.

Et vous, seriez-vous prêt à coder jour et nuit pour tenter de décrocher un job chez Anduril ?

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.