Imaginez un instant : une fusée plus haute qu’un immeuble de 40 étages, capable de transporter plus de 100 tonnes vers l’orbite basse, et dont le premier vol d’essai est attendu avec une impatience mêlée d’appréhension par toute une industrie. C’est exactement la situation actuelle chez SpaceX, où la version 3 de Starship s’apprête à écrire un nouveau chapitre de l’histoire spatiale.
Starship V3 : la révolution qui arrive à grands pas
Depuis plusieurs années, SpaceX repousse sans cesse les limites de ce qui est techniquement réalisable dans le domaine des lanceurs réutilisables. Après des versions 1 et 2 riches en enseignements (et parfois en explosions spectaculaires), la firme texane s’apprête à dévoiler ce qu’elle considère comme son système le plus abouti à ce jour : Starship V3.
Prévu pour un premier vol d’essai dès la mi-mars 2026 selon les déclarations d’Elon Musk lui-même, ce nouveau chapitre représente bien plus qu’une simple évolution technique. Il s’agit d’un pivot stratégique majeur pour l’entreprise.
Une taille et une puissance inédites
La version 3 se distingue immédiatement par ses dimensions. Plus longue et plus large que ses prédécesseurs, elle intègre des réservoirs de carburant considérablement agrandis. Cette augmentation de volume permet d’embarquer beaucoup plus de propergol, ce qui se traduit directement par une capacité d’emport vers l’orbite bien supérieure.
Les moteurs Raptor, déjà parmi les plus performants au monde, ont également bénéficié d’améliorations significatives. Leur nombre reste impressionnant (plus de 30 sur le booster Super Heavy et 6 sur le vaisseau Starship), mais leur fiabilité et leur efficacité ont progressé, promettant une poussée encore plus colossale.
« Starship V3 est la première version réellement conçue pour les missions opérationnelles à très grande échelle. »
Ingénieur anonyme proche du programme Starship
Cette citation, bien que non officielle, reflète l’état d’esprit actuel au sein de l’équipe : on passe du stade expérimental pur à une phase où la rentabilité et la cadence de lancement deviennent des priorités absolues.
Les objectifs stratégiques derrière ce test
Si les vols d’essai précédents visaient principalement à valider des concepts (atterrissage propulsif, réutilisation rapide, redressement du booster), le vol de Starship V3 a des ambitions beaucoup plus concrètes :
- Lancer les premiers satellites de la constellation Starlink de deuxième génération
- Valider les procédures de ravitaillement orbital entre deux Starships
- Démontrer la capacité de l’étage supérieur à effectuer un retour contrôlé depuis une orbite haute
- Préparer le terrain pour les missions Artemis de la NASA
Chacun de ces points représente un verrou technologique critique. Le ravitaillement en orbite, en particulier, est considéré comme le Saint Graal de l’architecture Starship. Sans cette capacité, les rêves martiens d’Elon Musk resteraient lettre morte.
Retour sur les derniers incidents et leçons apprises
Novembre 2025 restera dans les mémoires comme le mois où un test de pression a littéralement arraché tout un pan du booster Super Heavy. L’explosion, impressionnante visuellement, a retardé de plusieurs mois le calendrier initial qui visait fin 2025 pour le premier vol V3.
Mais SpaceX a toujours fonctionné ainsi : fail fast, learn fast. Chaque défaillance devient une mine d’informations précieuses. Les ingénieurs ont pu analyser les débris, comprendre les faiblesses du système de pressurisation au gaz et renforcer les zones critiques.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un test statique tourne mal. En juin 2025 déjà, un Starship avait pris feu lors d’un essai au sol. Ces incidents, bien que coûteux, permettent d’identifier des problèmes qui seraient bien plus graves en vol.
Starship V3 vs New Glenn : la bataille des super-lanceurs
Pendant que SpaceX peaufine sa bête, Blue Origin n’est pas resté les bras croisés. Le premier vol orbital réussi de New Glenn en janvier 2025, suivi d’un second vol commercial en novembre de la même année, a marqué les esprits.
Si New Glenn reste pour l’instant plus petit que Starship, Blue Origin a déjà annoncé travailler sur une version agrandie qui viendrait concurrencer directement le géant de Hawthorne. La course aux lanceurs super-lourds est bel et bien lancée.
| Critère | Starship V3 | New Glenn (actuel) |
| Hauteur totale | ≈ 150 m | ≈ 98 m |
| Capacité vers LEO | 250-300 t (réutilisable) | 45 t (réutilisable) |
| Réutilisation booster | Oui (catch mécanique) | Oui (atterrissage vertical) |
| Ravitaillement orbital | Objectif principal | Non prévu |
Ce tableau comparatif montre clairement l’écart actuel entre les deux systèmes. Cependant, la rapidité d’itération de SpaceX et son approche « test agressif » pourraient lui permettre de creuser encore l’écart… ou au contraire de rencontrer de nouveaux obstacles imprévus.
L’impact sur la constellation Starlink 2.0
La véritable raison d’être immédiate de Starship V3 n’est pas Mars, ni même la Lune : c’est Starlink. Les satellites de deuxième génération, beaucoup plus lourds et encombrants que les actuels, ne peuvent être lancés en quantité suffisante par Falcon 9 ou Falcon Heavy.
Avec une capacité d’emport multipliée et une cadence de lancement théoriquement très élevée (plusieurs vols par semaine à terme), Starship V3 doit permettre à SpaceX de déployer rapidement des milliers de satellites plus performants, capables d’offrir des débits bien supérieurs, même dans les zones les plus reculées.
Cette montée en puissance de Starlink représente un enjeu économique colossal : l’entreprise doit rentabiliser ses investissements massifs dans le réseau tout en maintenant une avance technologique face à la concurrence (Amazon Kuiper, OneWeb, etc.).
Les pressions externes : NASA, Maison Blanche et IPO
Le calendrier de Starship V3 ne s’écrit pas dans un vide stratégique. Plusieurs facteurs externes exercent une pression considérable :
- Le programme Artemis de la NASA, qui dépend de Starship HLS pour l’alunissage
- Les déclarations de l’administration Trump visant un retour d’astronautes américains sur la Lune avant 2029
- Le projet d’introduction en bourse de SpaceX attendu pour 2026
Chacun de ces éléments pousse SpaceX à démontrer rapidement que Starship n’est plus seulement un prototype audacieux, mais un système fiable et opérationnel. Un vol V3 réussi en mars 2026 serait un signal extrêmement fort envoyé à tous les partenaires et investisseurs.
Quels sont les risques pour ce vol inaugural ?
Malgré les progrès, le risque zéro n’existe pas. Parmi les points d’inquiétude les plus souvent cités :
- La fiabilité du nouveau système de pressurisation gaz
- La tenue thermique lors de la rentrée atmosphérique avec une charge utile réelle
- Le comportement du booster lors de la séparation à chaud
- Les interactions complexes entre les 33+ moteurs Raptor du booster
SpaceX a déjà prouvé qu’il savait rebondir après des échecs. Reste à savoir si le planning serré permettra d’intégrer tous les correctifs nécessaires d’ici mi-mars.
Vers une nouvelle ère spatiale ?
Si Starship V3 réussit ses premiers vols, nous assisterons probablement à l’une des transitions les plus rapides de l’histoire spatiale : passage d’un lanceur expérimental à un système de transport lourd réutilisable à très haute cadence.
Les conséquences seraient profondes : baisse drastique du coût d’accès à l’espace, déploiement accéléré de mégaconstellations, retour humain durable sur la Lune, préparation sérieuse des missions martiennes…
Mais le chemin reste semé d’embûches. Chaque vol d’essai de Starship continue de nous rappeler que l’espace reste un environnement impitoyable où la moindre erreur peut coûter très cher.
Mi-mars 2026, tous les regards seront tournés vers Boca Chica. Que la fusée s’envole majestueusement ou qu’elle offre un nouveau feu d’artifice spectaculaire, une chose est sûre : l’humanité continuera d’apprendre énormément de cet incroyable laboratoire volant qu’est Starship.
Et vous, y croyez-vous ? Starship V3 marquera-t-il enfin le début de l’ère promise par Elon Musk depuis plus de dix ans ? Les prochaines semaines nous le diront.