Imaginez un instant : vous devez envoyer rapidement des photos haute résolution, une maquette imposante ou une vidéo à un client, et vous refusez de passer dix minutes à créer un compte, vérifier votre email, puis subir des pubs agressives. Vous ouvrez WeTransfer… et vous vous rendez compte que l’expérience que vous aimiez tant a disparu. C’est exactement le constat qu’a fait Nalden, l’un des créateurs historiques de la plateforme, après avoir observé de loin la transformation imposée par son nouvel acquéreur. Plutôt que de râler sur les réseaux, il a décidé d’agir : il lance aujourd’hui Boomerang, un service qui veut remettre la simplicité au cœur du transfert de fichiers.
Quand l’un des pères de WeTransfer décide de tout recommencer
En 2009, WeTransfer révolutionne le partage de gros fichiers en ligne. Pas d’inscription obligatoire, une page épurée, un lien à envoyer : la formule plaît immédiatement aux créatifs du monde entier. Nalden, pseudonyme de Bas Winkelman à l’époque, est l’un des cerveaux derrière cette réussite fulgurante. Pendant des années, le service reste fidèle à sa philosophie minimaliste et efficace.
Mais en 2023-2024, l’arrivée de Bending Spoons change radicalement la donne. Licenciements massifs (75 % de l’équipe), modifications opaques des liens de transfert, polémique autour de l’utilisation des contenus des utilisateurs pour entraîner des modèles d’IA… Nalden ne reconnaît plus son bébé. Il l’exprime sans détour : selon lui, la nouvelle direction sacrifie l’expérience utilisateur au profit d’une logique purement financière.
Bending Spoons n’a pas vraiment le souci des gens. Même si je comprends que c’est leur stratégie de private equity, je vois clairement que depuis mon départ en 2019, beaucoup de mises à jour ont abîmé le produit.
Nalden, cofondateur de WeTransfer, dans TechCrunch
Cette phrase résume à elle seule le ras-le-bol d’un entrepreneur qui refuse de voir son idée originelle dénaturée. Plutôt que de regarder le train passer, il choisit de remonter en selle.
Boomerang : la philosophie du « juste ce qu’il faut »
Le nom Boomerang n’a rien d’anodin. Comme un boomerang qui revient toujours, le service promet de ramener la simplicité et la fiabilité dans un secteur où la complexité semble devenue la norme. Nalden répète à l’envi une métaphore très parlante :
« Je veux proposer un outil qui fonctionne, comme on achète un marteau. Pas un marteau design ultra-moderne qui impressionne les investisseurs, mais un marteau qui tape juste et qui dure. »
Concrètement, Boomerang mise sur trois piliers :
- Une interface volontairement dépouillée
- Aucune publicité intrusive
- Le minimum absolu de données collectées
Pas de tracking excessif, pas de vente de données, pas d’IA gadget greffée pour faire joli dans le pitch deck. L’objectif est clair : redevenir le réflexe naturel quand on doit envoyer un gros fichier sans se poser mille questions.
Les différents paliers d’utilisation
Boomerang propose une progression très logique selon les besoins réels des utilisateurs. Voici les trois niveaux disponibles au lancement :
| Offre | Taille max par fichier | Stockage total | Expiration | Fonctionnalités principales |
| Sans compte | 1 Go | 1 Go | 7 jours | Transfert anonyme ultra-rapide |
| Compte gratuit | 3 Go | 3 Go | 7 jours | Historique, ajout/suppression fichiers, emojis personnalisés |
| Premium (€6,99/mois) | 5 Go | 500 Go | Jusqu’à 90 jours | Dossiers 200 Go, protection mot de passe, couvertures personnalisées, invitations illimitées |
Le positionnement tarifaire reste très raisonnable face à la concurrence. Beaucoup de services équivalents demandent déjà 10 à 15 € par mois pour des volumes similaires. Boomerang mise sur la transparence et sur un rapport qualité-prix immédiat.
Pourquoi tant de créatifs sont frustrés par l’évolution de WeTransfer ?
Depuis l’acquisition par Bending Spoons, plusieurs décisions ont provoqué la colère des utilisateurs réguliers, en particulier dans les milieux créatifs :
- Changements non expliqués sur la durée de vie et l’accès aux liens
- Suppression progressive de certaines options gratuites historiques
- Polémique autour de l’entraînement d’IA sur les fichiers uploadés
- Modification des conditions générales jugées trop agressives
- Perte de l’identité visuelle et ergonomique minimaliste d’origine
Ces différents points ont créé un sentiment de trahison chez de nombreux fidèles. Nalden explique avoir reçu des dizaines de messages privés de designers, vidéastes, photographes qui lui disaient : « On ne retrouve plus la fluidité d’avant ». C’est ce cri du cœur collectif qui l’a poussé à créer une alternative plutôt qu’à simplement critiquer de loin.
Une stratégie délibérément anti-tendance
Dans un écosystème tech où chaque application se doit d’intégrer de l’IA générative, des notifications push ultra-personnalisées et des intégrations à n’en plus finir, Boomerang fait figure d’ovni. Nalden assume totalement ce parti pris :
Je me sers de l’IA pour construire le produit, mais je refuse de l’imposer aux utilisateurs. On n’a pas besoin d’un chatbot pour envoyer une vidéo.
Nalden
Cette posture « anti-bling » plaît particulièrement aux indépendants et petites structures qui veulent un outil fiable sans payer pour des fonctionnalités dont ils n’ont pas besoin. Boomerang cherche à redevenir l’équivalent numérique du Post-it géant ou de la clé USB remise en main propre : simple, direct, efficace.
Quelles perspectives pour Boomerang en 2026 ?
Le service démarre modestement, avec une application web déjà fonctionnelle et une app Mac annoncée pour très prochainement. Plusieurs axes de développement semblent logiques à moyen terme :
- Application mobile iOS et Android
- Augmentation progressive des limites pour les comptes payants
- Possibilité d’intégration avec des outils créatifs (Figma, Adobe Creative Cloud, etc.)
- Option de personnalisation avancée des pages de partage pour les agences
- Support client humain et réactif (un vrai luxe de nos jours)
Nalden répète qu’il ne cherche pas à devenir une licorne à tout prix. L’objectif premier reste de proposer un produit que les gens aiment réellement utiliser, jour après jour. Une ambition finalement assez rare dans le paysage actuel.
Le retour de la simplicité face à la surcharge technologique
L’histoire de Boomerang illustre un phénomène plus large qui émerge depuis quelques années : la fatigue des utilisateurs face à des interfaces surchargées. Beaucoup de services autrefois adorés pour leur sobriété (Dropbox dans ses débuts, Evernote version 2010, Instagram 2012…) ont progressivement ajouté couches sur couches de fonctionnalités, au point de perdre leur ADN originel.
Boomerang s’inscrit dans ce mouvement de fond qui valorise à nouveau la frugalité numérique. Moins d’options, moins de données collectées, moins de distractions : paradoxalement, c’est peut-être la voie la plus moderne en 2026.
Conclusion : un boomerang qui pourrait faire mouche
Il est encore trop tôt pour savoir si Boomerang parviendra à reconquérir une part significative du marché dominé par WeTransfer, Dropbox, Google Drive ou les solutions plus récentes comme Smash ou Filemail. Mais le timing semble idéal : un cofondateur légendaire, un ras-le-bol collectif palpable, une proposition claire et différenciante.
Dans un monde où tout devient de plus en plus compliqué, un service qui ose dire « on fait juste le transfert, et on le fait bien » pourrait bien redevenir le geste réflexe de millions de créatifs. Nalden a lancé son boomerang. À nous de voir s’il reviendra avec force.
Et vous, avez-vous déjà délaissé WeTransfer ces derniers mois ? Boomerang vous intrigue-t-il ? N’hésitez pas à partager votre ressenti.