Imaginez : vous arrivez un lundi matin, votre badge ne passe plus, votre boîte mail est déjà désactivée et un mail RH très corporate vous attend. En 2025, ce scénario cauchemardesque est devenu une triste banalité pour des dizaines de milliers de salariés du secteur tech.

Après les grandes purges de 2022-2023 puis la relative accalmie de 2024, beaucoup pensaient que le pire était derrière nous. Grave erreur. L’année 2025 restera probablement dans les annales comme l’une des plus violentes en termes de suppressions de postes dans l’industrie technologique mondiale.

Une année sous le signe de la restructuration massive

Si l’on additionne tous les chiffres publiés ou estimés par les médias spécialisés et les trackers indépendants, on dépasse très largement les 150 000 suppressions de postes rien qu’en 2025. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait qu’il concerne uniquement les entreprises qui ont communiqué (ou pour lesquelles des fuites crédibles existent).

Mais au-delà des chiffres bruts, ce qui frappe c’est la diversité des profils touchés et surtout la récurrence des justifications invoquées par les directions.

Les vrais moteurs derrière la vague 2025

Contrairement à 2022-2023 où l’excès d’embauches post-Covid était le principal argument, en 2025 les raisons officiellement avancées se concentrent autour de trois grands thèmes :

  • L’accélération de l’adoption de l’IA et de l’automatisation
  • La recherche obsessionnelle d’efficacité opérationnelle et de rentabilité
  • Les incertitudes macroéconomiques et réglementaires (surtout aux États-Unis)

Ces trois moteurs se combinent souvent. L’argument le plus fréquent en 2025 ? « Nous restructurons pour mieux nous positionner dans l’ère de l’IA. » Une phrase que l’on retrouve, mot pour mot ou presque, dans une majorité d’annonces officielles.

« L’intelligence artificielle ne remplace pas les emplois, elle remplace les entreprises qui n’utilisent pas l’intelligence artificielle. »

Version 2025 d’une citation très usée des années 2023-2024

Les mois les plus meurtriers de l’année

Si l’on regarde la répartition mensuelle, deux périodes se détachent nettement :

MoisEstimations de suppressionsCommentaire
Avril≈ 24 500Pic absolu – Intel et plusieurs géants
Octobre≈ 18 500Deuxième vague importante
Juillet≈ 16 300Beaucoup de restructurations d’été
Février≈ 16 200Mauvais démarrage d’année
Novembre≈ 8 900Préparation budgétaire 2026

Le mois d’avril 2025 restera sans doute comme le plus traumatisant de l’année avec l’annonce par Intel de la suppression de plus de 21 000 postes, soit environ 20 % de ses effectifs mondiaux.

Les géants qui ont le plus coupé

Voici les entreprises qui ont annoncé (ou pour lesquelles on estime) les plus gros plans sociaux en 2025 :

  • Intel : plus de 21 000 puis vagues complémentaires
  • Microsoft : plusieurs vagues cumulées ≈ 16 000+
  • Amazon : plusieurs trains de suppressions ≈ 15 000+
  • HP / Hewlett-Packard Enterprise : plusieurs milliers
  • Meta : coupes ciblées mais régulières
  • Workday : 1 750
  • Autodesk : 1 350

Ce qui frappe c’est que même les entreprises qui semblaient relativement épargnées jusqu’ici (Workday, Autodesk…) ont fini par céder à la pression en 2025.

Les startups ne sont pas épargnées

Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas uniquement les Big Tech qui licencient massivement. De nombreuses startups, même récemment valorisées à plusieurs milliards, ont dû se séparer d’une partie significative de leurs équipes :

  • Pipe : ≈ 50 %
  • Fiverr : ≈ 30 %
  • Bumble : 30 %
  • Klue : ≈ 40 %
  • Yotpo : ≈ 34 %
  • Playtika : plusieurs vagues cumulées importantes

Pour beaucoup de ces jeunes pousses, 2025 marque la fin de l’illusion de croissance infinie financée par du capital-risque facile.

L’IA : coupable ou bouc émissaire ?

Difficile d’échapper à la question qui fâche : est-ce réellement l’IA qui supprime ces emplois ?

La réponse honnête est : oui et non.

Oui, car dans de nombreux cas (support client niveau 1, annotation de données, rédaction basique, tâches administratives répétitives, certaines parties du développement logiciel, tests automatisés, etc.) des outils d’IA ont déjà remplacé ou fortement diminué le besoin en humains.

Non, car dans la très grande majorité des cas, l’IA sert surtout d’alibi commode pour justifier des restructurations qui auraient probablement eu lieu de toute façon pour des raisons de rentabilité, de recentrage stratégique ou de baisse d’activité.

« Nous n’avons pas licencié à cause de l’IA. Nous avons restructuré parce que l’activité ne justifiait plus ces effectifs… et l’IA nous permet désormais de faire plus avec moins. »

Version très légèrement paraphrasée d’un très grand nombre de communications internes 2025

Les secteurs les plus touchés en 2025

Si l’on tente une typologie des secteurs les plus impactés, voici le classement approximatif observé :

  1. Semi-conducteurs & fonderies
  2. Cloud & infrastructure (y compris hyperscalers)
  3. Logiciels d’entreprise (HR tech, CRM, ERP…)
  4. Publicité & marketing tech
  5. EdTech
  6. Mobility / Véhicules électriques intelligents
  7. Cybersecurity (paradoxalement)
  8. Fintech (surtout lending & revenue-based financing)

À noter la présence surprenante de la cybersécurité dans ce classement malgré la menace permanente et l’augmentation des budgets.

Et en Europe ? Et en France ?

L’Europe n’a pas été épargnée, même si les chiffres restent généralement plus bas qu’aux États-Unis (coûts de rupture plus élevés, législations plus protectrices).

Parmi les cas marquants européens en 2025 :

  • Northvolt (Suède) : faillite + 2 800 licenciements
  • Just Eat Takeaway : 450 postes
  • Siemens : 5 600 dans l’automatisation et charge EV
  • Forto (Allemagne) : 1/3 des effectifs

En France, les annonces les plus visibles concernaient surtout des filiales de grands groupes américains, même si plusieurs scale-ups françaises ont également réduit leurs effectifs de manière plus discrète.

Les métiers les plus menacés en 2025

Si l’on regarde les fonctions les plus fréquemment citées dans les plans sociaux de 2025, on retrouve sans grande surprise :

  • Support client niveau 1 et chat
  • Recrutement / Talent Acquisition
  • Opérations / Back-office administratif
  • QA manuel / tests
  • Annotation de données / data labeling
  • Développeurs full-stack juniors
  • Product managers intermédiaires
  • Marketing digital opérationnel
  • Ventes terrain (SDR/BDR)

À l’inverse, les métiers qui semblaient relativement protégés en 2025 étaient :

  • Ingénieurs ML / AI Research seniors
  • Ingénieurs infra très spécialisés (GPU clusters, networking quantique…)
  • Sales très techniques / solutions architects
  • Legal & compliance (surtout IA & privacy)
  • Cybersecurity offensive (red team, threat hunting)

Que retenir pour 2026 et au-delà ?

Si l’on tente de tirer quelques enseignements prospectifs de cette année 2025 particulièrement rude :

  • La productivité par employé devient la métrique centrale pour beaucoup d’investisseurs
  • Les entreprises qui n’arrivent pas à montrer rapidement des gains de productivité grâce à l’IA sont sanctionnées très durement
  • Les coupes dans les équipes « support » et « middle management » se poursuivent
  • Les startups en phase de « prove scalability » doivent montrer très vite qu’elles peuvent croître sans proportionnellement augmenter les effectifs
  • Les profils seniors très spécialisés et capables d’utiliser l’IA comme levier restent très demandés

2025 restera probablement comme l’année où la tech est passée, pour de bon, de l’ère de la croissance à tout prix à l’ère de la productivité démontrable.

Et vous, quel impact cette vague a-t-elle eu autour de vous ? N’hésitez pas à partager votre expérience (anonymement si vous préférez) dans les commentaires.

Une chose est sûre : l’année 2026 ne s’annonce pas forcément plus clémente…

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Steven Soarez
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