Imaginez une ville entière plongée dans le noir. Les feux tricolores éteints, les enseignes éteintes, les métros à l’arrêt… et au milieu de ce chaos, des dizaines de voitures jaunes sans chauffeur, immobiles, comme figées par la surprise. C’est exactement la scène surréaliste qui s’est déroulée à San Francisco le 21 décembre 2025. Et ces voitures n’étaient autres que les célèbres robotaxis Waymo.

Quand la technologie la plus avancée rencontre la réalité la plus brute

Ce samedi soir de fin d’année, un incident majeur chez Pacific Gas & Electric (PG&E) a provoqué une coupure de courant historique dans la ville. Près de 120 000 foyers et entreprises ont été plongés dans l’obscurité. Mais ce qui a particulièrement marqué les esprits, ce sont ces images devenues virales : les robotaxis Waymo bloquant intersections et rues, incapables d’avancer.

Pour beaucoup, cette scène a été le symbole parfait des limites actuelles de la conduite autonome. Pour d’autres, elle a simplement révélé à quel point nos infrastructures urbaines restent fragiles, même en 2026.

Que s’est-il réellement passé ce soir-là ?

Tout commence par un incendie dans une sous-station électrique stratégique de PG&E. En quelques minutes, une partie importante de San Francisco se retrouve sans électricité. Les conséquences sont immédiates : feux rouges éteints, feux de signalisation piétons hors service, feux d’urgence des transports en commun désactivés.

Dans ce contexte d’anarchie urbaine, les véhicules Waymo, qui circulent sans conducteur depuis plusieurs années maintenant dans la ville, se retrouvent face à un scénario qu’ils n’avaient jamais rencontré à cette échelle : la quasi-totalité des signaux lumineux hors service sur leur zone d’opération.

« Les systèmes autonomes sont conçus pour traiter les feux éteints comme des stops à quatre voies, mais quand TOUS les feux sont éteints sur plusieurs kilomètres carrés, le comportement change radicalement. »

Porte-parole Waymo, 22 décembre 2025

Les robotaxis, programmés pour être extrêmement prudents, ont donc commencé à s’arrêter systématiquement à chaque intersection, à observer longuement les alentours, à attendre que les autres usagers manifestent clairement leurs intentions… pendant de très longues minutes.

Une réaction en chaîne bien humaine

Le résultat était prévisible : les conducteurs humains, déjà stressés par la situation, se sont retrouvés bloqués derrière ces véhicules jaunes particulièrement polis et patients. Certains ont klaxonné, d’autres ont tenté des dépassements acrobatiques, créant des situations encore plus chaotiques.

  • Des vidéos montrent des robotaxis immobiles pendant plus de 8 minutes à une intersection
  • Certains véhicules ont finalement avancé très lentement après avoir constaté l’absence totale de trafic venant en sens inverse
  • Des piétons ont même été filmés en train de passer devant les capteurs LiDAR en faisant des gestes moqueurs
  • Plusieurs cas documentés où des conducteurs humains ont poussé manuellement un robotaxi sur le côté pour dégager la voie

Face à la montée des tensions et aux risques de sécurité, Waymo a pris la décision radicale mais logique : suspendre temporairement l’ensemble de ses opérations à San Francisco le samedi soir, puis une grande partie de la journée du dimanche.

Comment fonctionne réellement un robotaxi face à un feu éteint ?

Pour bien comprendre la difficulté de la situation, il faut revenir aux fondamentaux du comportement des véhicules autonomes de niveau 4 (sans conducteur humain à bord) face aux infrastructures défaillantes.

Dans la très grande majorité des cas, un véhicule autonome considère un feu de signalisation éteint comme un panneau stop à quatre voies. Le protocole est donc le suivant :

  1. S’arrêter complètement à la ligne d’arrêt
  2. Observer les quatre directions pendant plusieurs secondes
  3. Identifier les autres usagers et leur intention
  4. Passer lorsque le passage est clairement sécurisé
  5. Si doute persistant, rester immobile et attendre une situation plus claire

Ce comportement ultra-prudent fonctionne très bien quand 1 ou 2 feux sont en panne. Mais quand tous les feux d’un quartier entier sont éteints, le système se retrouve face à une multiplication exponentielle des incertitudes.

Les chiffres derrière l’incident

Selon les différentes sources concordantes, voici les éléments chiffrés les plus intéressants de cette soirée hors norme :

ÉlémentChiffreSource
Clients PG&E impactés~120 000PG&E
Clients encore sans courant dimanche matin~35 000PG&E
Robotaxis Waymo estimés en circulation200-300Observations sociales
Trajets terminés avec succès malgré le blackoutMajoritéWaymo
Durée moyenne d’immobilisation anormale4 à 12 minutesVidéos publiques
Reprise complète du serviceDimanche fin d’après-midiWaymo

Les leçons que Waymo dit avoir retenues

Dans sa communication officielle, l’entreprise a insisté sur plusieurs points clés :

  • Amélioration de l’algorithme de prise de décision dans les scénarios de chaos généralisé
  • Meilleure gestion des longues périodes d’observation sans mouvement
  • Communication plus proactive avec les usagers de la route (signaux lumineux, messages sur écran ?)
  • Possibilité d’un mode « urgence urbaine » permettant des comportements légèrement plus assertifs dans des situations de force majeure
  • Meilleure coordination avec les autorités locales lors de crises connues

Ces annonces restent pour l’instant assez générales, mais elles montrent que l’incident n’est pas pris à la légère par l’équipe d’ingénieurs de Mountain View.

Et les concurrents dans tout ça ?

L’incident Waymo n’est pas passé inaperçu chez les autres acteurs du secteur. Zoox (Amazon), Cruise (qui a repris doucement ses activités à San Francisco), WeRide, Pony.ai, Baidu Apollo… tous suivent de très près ce genre d’événements.

Certains observateurs estiment même que cet incident pourrait temporairement avantager Cruise, qui avait déjà repris un déploiement très prudent après ses propres déboires de 2023-2024. D’autres pensent au contraire que la transparence de Waymo et sa capacité à reprendre rapidement le service renforcent sa position de leader incontesté.

Ce que cet incident nous dit sur l’avenir de la mobilité autonome

Au-delà du buzz médiatique et des moqueries sur les réseaux sociaux, cet événement pose des questions profondes sur l’intégration des véhicules autonomes dans des écosystèmes urbains complexes et parfois très fragiles.

Parmi les débats qui reviennent le plus souvent :

  • Jusqu’où la prudence algorithmique peut-elle aller sans devenir contre-productive ?
  • Les robotaxis doivent-ils adopter des comportements plus « humains » (donc parfois plus risqués) dans certaines situations ?
  • Les villes sont-elles prêtes à accueillir massivement des véhicules sans chauffeur ?
  • Qui est responsable quand un robotaxi bloque la circulation pendant une crise majeure ?
  • Comment accélérer la redondance des infrastructures critiques face à la montée en puissance des mobilités autonomes ?

Ces questions ne trouveront pas de réponse définitive dans les prochains mois, mais elles structurent déjà les feuilles de route des acteurs majeurs pour les années 2026-2030.

San Francisco, laboratoire grandeur nature de la mobilité du futur

Malgré l’incident, il faut rappeler un chiffre qui impressionne : selon une lettre fuitée de Tiger Global Management datant de décembre 2025, Waymo réaliserait environ 450 000 trajets par semaine à travers ses différentes villes d’opération. C’est presque le double des chiffres communiqués au printemps de la même année.

Cette croissance explosive montre bien que, malgré les accrocs et les gros titres parfois moqueurs, la confiance des usagers dans les robotaxis continue de progresser très fortement.

Conclusion : un incident coûteux mais formateur

Le blackout du 21 décembre 2025 restera probablement comme l’un des moments les plus médiatisés de l’histoire récente de la conduite autonome. Au-delà des images parfois comiques de robotaxis figés au milieu du chaos, cet événement a rappelé une vérité fondamentale : la technologie la plus sophistiquée du monde reste dépendante d’infrastructures physiques souvent centenaires.

Waymo a su réagir avec transparence, a repris ses opérations en moins de 24 heures et a promis d’intégrer rapidement les leçons de cette soirée hors norme. Reste maintenant à voir concrètement quelles évolutions logicielles sortiront de cette expérience grandeur nature.

Une chose est sûre : dans le marathon de la mobilité autonome, chaque crise, même spectaculaire, fait avancer le peloton un peu plus vite vers la ligne d’arrivée.

Et vous, que pensez-vous de cet incident ? Les robotaxis sont-ils déjà prêts à gérer les imprévus d’une grande ville américaine ou cet événement montre-t-il qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir ?

avatar d’auteur/autrice
Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.