Imaginez un futur où votre cerveau dialogue directement avec une intelligence artificielle, sans aucun fil, sans chirurgie, simplement grâce à des ondes et des molécules intelligentes. Ce n’est plus de la science-fiction : c’est précisément ce que promet Merge Labs, la nouvelle startup qui fait déjà trembler le petit monde des interfaces cerveau-ordinateur. Et cerise sur le gâteau (ou plutôt bombe dans le paysage tech) : c’est OpenAI, dirigée par Sam Altman, qui vient de signer le plus gros chèque de sa levée de fonds.

Le 15 janvier 2026, le monde technologique a appris une nouvelle qui a fait grincer quelques dents et lever plus d’un sourcil : OpenAI entre au capital de Merge Labs, une société cofondée et largement portée par… Sam Altman lui-même. Une opération qui sent bon (ou mauvais, selon les points de vue) le conflit d’intérêts, mais qui illustre surtout l’accélération folle de la course à la fusion entre l’humain et la machine.

Merge Labs : quand l’IA de demain passe par notre cerveau

Sortie officielle de l’ombre le même jour que l’annonce de l’investissement, Merge Labs se présente comme un laboratoire de recherche dont l’ambition est immense : « relier l’intelligence biologique et l’intelligence artificielle pour maximiser les capacités humaines ». Rien que ça.

Contrairement à Neuralink d’Elon Musk, qui mise sur des implants chirurgicaux ultra-fins insérés dans le cortex, Merge Labs annonce vouloir tout faire de manière non invasive. Exit le robot chirurgical qui perce le crâne. Place à des technologies radicalement différentes : des molécules intelligentes et des modalités physiques profondes comme les ultrasons focalisés.

Leur slogan officieux pourrait être : « parler au cerveau sans le toucher ». Une promesse qui, si elle se concrétise, changerait radicalement la donne dans le domaine des interfaces neurales.

Une levée de fonds impressionnante pour une startup tout juste dévoilée

250 millions de dollars levés en seed. Valorisation post-money à 850 millions de dollars. Et dans ce tour de table, c’est OpenAI qui aurait sorti le plus gros chèque selon plusieurs sources proches du dossier. On parle ici d’un montant qui place Merge Labs directement dans la catégorie des licornes avant même d’avoir sorti le moindre prototype public.

Ce niveau de valorisation dès le départ n’est pas anodin. Il traduit la confiance (ou la spéculation) que le marché place dans l’équipe et surtout dans la vision défendue par Sam Altman depuis des années : la fameuse « merge », cette fusion inéluctable entre l’humain et l’IA.

« Bien que la fusion ait déjà commencé, elle va devenir beaucoup plus étrange. Nous serons la première espèce à concevoir nos propres descendants. »

Sam Altman – Blog post de 2017

Ces mots écrits il y a presque dix ans résonnent aujourd’hui avec une force particulière. Le PDG d’OpenAI n’a jamais caché que, pour lui, la survie de l’humanité face à une superintelligence passait par cette symbiose.

Qui compose vraiment l’équipe de Merge Labs ?

Derrière le nom de Sam Altman, plusieurs profils très sérieux ont été dévoilés :

  • Alex Blania – CEO de Tools for Humanity (Worldcoin), reste à son poste
  • Sandro Herbig – responsable produit et ingénierie chez Tools for Humanity
  • Tyson Aflalo & Sumner Norman – cofondateurs de Forest Neurotech (implants neuronaux)
  • Mikhail Shapiro – chercheur renommé à Caltech, spécialiste des interfaces ultrasonores et moléculaires

Cette alliance entre entrepreneurs serials déjà impliqués dans des projets d’envergure et un scientifique de très haut niveau donne du poids à l’hypothèse que Merge Labs ne sera pas un simple coup de com’. L’équipe semble réellement capable de faire avancer la recherche dans des directions très différentes de Neuralink.

Non-invasif vs invasif : le vrai duel Merge Labs vs Neuralink

Le contraste avec Neuralink est saisissant. D’un côté, une technologie qui nécessite une intervention chirurgicale lourde (même si de plus en plus automatisée) et qui offre aujourd’hui une précision et un débit de données très élevés chez les premiers patients paraplégiques. De l’autre, une approche qui mise tout sur l’absence de contact physique direct avec le tissu cérébral.

CritèreNeuralinkMerge Labs
MéthodeImplant chirurgicalNon-invasive (molécules + ultrasons)
Précision actuelleTrès élevéeInconnue / en R&D
Valorisation 2025/20269 milliards $850 millions $ (seed)
Focus principalRestauration médicaleAugmentation humaine + IA
PDG / figure centraleElon MuskSam Altman

Ce tableau montre bien que les deux approches ne s’adressent pas exactement au même marché ni au même horizon temporel. Neuralink veut des résultats cliniques concrets rapidement. Merge Labs semble viser un futur plus lointain mais potentiellement beaucoup plus large.

Pourquoi OpenAI mise sur Merge Labs ?

La réponse officielle est limpide : OpenAI voit dans les interfaces cerveau-ordinateur le moyen le plus naturel et le plus humain d’interagir avec l’intelligence artificielle à long terme. Fini les claviers, les écrans, les commandes vocales approximatives. Le cerveau parlerait directement à l’IA.

Mais il y a aussi des raisons plus pragmatiques et stratégiques :

  1. Accélérer la R&D grâce aux modèles d’IA d’OpenAI (foundation models pour la neuroscience et la bio-ingénierie)
  2. Créer un canal d’interaction privilégié avec les futurs systèmes d’OpenAI
  3. Augmenter la valeur de l’écosystème autour de Sam Altman
  4. Anticiper la concurrence (Google, Meta, xAI, etc.) sur le terrain des interfaces neurales
  5. Positionner OpenAI comme acteur central de la prochaine révolution cognitive

En clair : si Merge Labs réussit, OpenAI pourrait devenir le « système d’exploitation » par défaut des cerveaux augmentés. Un cercle vertueux (ou vicieux, selon le point de vue) qui rappelle furieusement les relations entre Apple et ses fournisseurs stratégiques.

Les grandes promesses de Merge Labs (et leurs défis)

L’entreprise annonce vouloir :

  • Restaurer des fonctions perdues (vue, parole, mouvement…)
  • Améliorer les états cérébraux (concentration, sommeil, résilience émotionnelle)
  • Créer de nouvelles formes de communication entre humains
  • Multiplier les capacités créatives en symbiose avec l’IA

Ces objectifs sont enthousiasmants… et incroyablement difficiles à atteindre sans invasion du crâne. Parmi les défis scientifiques majeurs :

  • Résolution spatiale suffisante sans électrodes
  • Rapport signal/bruit acceptable avec des signaux ultrasonores ou moléculaires
  • Sécurité à long terme des molécules injectées ou activées
  • Interprétation fiable de l’intention à partir de signaux bruités
  • Latence acceptable pour une interaction en temps réel

Autant dire que le chemin est encore long. Mais avec 250 M$ en poche et le soutien technologique d’OpenAI, Merge Labs a les moyens de ses ambitions.

Sam Altman et la quête du merge : une obsession ancienne

Depuis 2017 au moins, Sam Altman parle ouvertement de la « merge ». Il la voit comme l’unique issue positive face à l’arrivée d’une intelligence artificielle générale puis superintelligente. Selon lui, sans fusion, l’humanité risque de devenir une branche secondaire de l’arbre évolutif, simple « bootloader biologique » pour l’intelligence numérique.

Cette vision transhumaniste n’est pas nouvelle dans la Silicon Valley, mais elle est rarement portée par quelqu’un qui contrôle à la fois l’une des IA les plus puissantes du monde et maintenant une des startups les plus prometteuses dans le domaine des interfaces neurales.

Conflit d’intérêts ou vision stratégique ? Le débat fait rage

L’investissement d’OpenAI dans Merge Labs soulève immédiatement la question du conflit d’intérêts. Sam Altman est à la fois :

  • PDG d’OpenAI
  • Investisseur personnel majeur dans Merge Labs
  • Principal visionnaire et porte-parole de la « merge »

Certains observateurs y voient une forme de captation de valeur privée via une structure publique (OpenAI reste une structure à but non lucratif dans sa forme originelle, même si la branche commerciale est devenue ultra-dominante). D’autres estiment au contraire que c’est une décision stratégique cohérente avec la mission déclarée d’OpenAI : assurer que l’AGI profite à toute l’humanité.

Quoi qu’il en soit, cette opération renforce encore un peu plus la centralité de Sam Altman dans le récit de la prochaine révolution technologique.

Et demain ? Vers un monde post-écran ?

Si l’on pousse la logique jusqu’au bout, Merge Labs pourrait devenir l’élément manquant dans la stratégie hardware d’OpenAI. Après l’acquisition de io (ex-startup de Jony Ive) et les rumeurs persistantes autour d’un appareil audio sans écran, on commence à entrevoir un écosystème cohérent :

  • IA conversationnelle ultra-puissante (ChatGPT / GPT-5 / o1 / o3…)
  • Hardware discret sans écran (earbuds ou autre)
  • Interface cerveau directe non-invasive pour les usages les plus avancés

Le rêve affiché : supprimer progressivement les interfaces physiques pour laisser place à une interaction cognitive pure. Un monde où la pensée devient l’interface ultime.

Bien sûr, ce futur soulève des questions éthiques, philosophiques et sociétales considérables : qui aura accès à cette augmentation ? Que devient la vie privée quand votre cerveau est connecté ? Quelle est la frontière entre l’humain et la machine ? Autant de débats qui ne font que commencer.

Une chose est sûre : avec Merge Labs, Sam Altman ne se contente plus de parler de la fusion homme-IA. Il la finance, la structure et semble déterminé à la rendre réelle. Reste à savoir si la réalité suivra la vitesse de ses ambitions.

Le match entre Neuralink et Merge Labs ne fait que commencer. Et cette fois-ci, ce ne sont plus seulement deux visions technologiques qui s’affrontent : ce sont deux des hommes les plus influents de la planète tech qui jouent leur partie d’échecs personnelle… avec nos cerveaux comme échiquier.

À suivre de très près.

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Steven Soarez
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