Imaginez perdre en une seule année plus que le PIB de certains pays… en cryptomonnaies. En 2025, les chiffres ont dépassé tout ce que les experts osaient prédire : 2,7 milliards de dollars envolés suite à des piratages. Un record absolu qui fait froid dans le dos et qui oblige à se poser des questions sérieuses sur la sécurité de cet écosystème qui ne cesse de grandir.
Derrière ces chiffres astronomiques se cachent des histoires parfois rocambolesques, des techniques de plus en plus sophistiquées et surtout un acteur qui domine outrageusement le classement des plus gros voleurs de l’année : la Corée du Nord. Oui, un État utilise activement le vol de cryptos pour financer son programme nucléaire. Bienvenue dans la nouvelle géopolitique du numérique.
Quand la crypto devient la cible préférée des États voyous
Longtemps considérée comme une technologie libertaire et décentralisée, la blockchain est aujourd’hui l’un des terrains de jeu favoris des cybercriminels les plus organisés au monde. Loin des arnaques classiques aux faux NFT ou aux pump & dump, 2025 a été marquée par des attaques d’une ampleur industrielle.
Les montants en jeu sont tellement importants que même les agences gouvernementales américaines suivent ces affaires de très près. Le FBI, Chainalysis, TRM Labs, Elliptic… tous s’accordent : jamais une année n’avait été aussi lucrative pour les hackers spécialisés dans la crypto.
Le casse du siècle : Bybit perd 1,4 milliard en une seule attaque
Le braquage le plus spectaculaire de 2025 reste sans conteste celui qui a visé la plateforme d’échange basée à Dubaï, Bybit. En quelques heures, environ 1,4 milliard de dollars en diverses cryptomonnaies ont disparu des portefeuilles froids et chauds de l’exchange.
Les enquêteurs blockchain ont rapidement tracé les fonds vers des adresses associées au groupe Lazarus, la célèbre entité de piratage nord-coréenne. Cette opération est aujourd’hui considérée comme le plus gros vol financier de l’histoire de l’humanité en termes de valeur instantanée dérobée en une seule intrusion.
« C’est plus qu’un simple hack technique. C’est une opération d’État sophistiquée qui finance directement le régime de Pyongyang. »
Analyste senior chez Chainalysis
Avant Bybit, les records se situaient autour de 600 millions de dollars (Ronin Network en 2022 et Poly Network la même année). Le braquage de 2025 pulvérise donc tous les précédents et montre à quel point les attaquants ont perfectionné leurs méthodes.
Les autres gros coups de l’année 2025
Bybit n’a malheureusement pas été un cas isolé. Plusieurs autres projets majeurs ont été touchés, parfois avec des techniques très différentes :
- Cetus (DEX) → 223 millions de dollars perdus suite à une faille dans un smart contract mis à jour récemment
- Balancer (protocole Ethereum) → environ 128 millions grâce à une attaque de type flash loan très élaborée
- Phemex (exchange centralisé) → plus de 73 millions dérobés via une compromission de clés privées d’administrateurs
- Divers protocoles DeFi moins connus → plusieurs dizaines de millions cumulés
Ces chiffres, bien qu’impressionnants, ne représentent que la partie visible de l’iceberg. Beaucoup d’attaques de plus petite envergure ne sont jamais rendues publiques, surtout quand les équipes préfèrent rembourser discrètement les victimes pour préserver leur réputation.
Pourquoi la Corée du Nord domine-t-elle autant ?
Depuis 2017, les chercheurs estiment que les hackers affiliés au régime de Kim Jong-un ont dérobé environ 6 milliards de dollars en cryptomonnaies. En 2025, ils auraient capturé à eux seuls plus de 2 milliards, soit presque 75 % du total mondial.
Plusieurs raisons expliquent cette domination écrasante :
- Investissement massif de l’État dans des unités de cyber-offensive très bien formées
- Faible coût opérationnel : un hacker nord-coréen vit avec quelques centaines de dollars par mois
- Absence totale de crainte de poursuites judiciaires internationales
- Utilisation de mixers, de bridges cross-chain et de techniques de blanchiment très avancées
- Recrutement de talents à l’étranger via de fausses offres d’emploi dans le secteur IT
Ces groupes ne se contentent plus de voler. Ils développent également des malwares bancaires, des ransomwares et même des campagnes d’espionnage industriel. La crypto n’est qu’une des nombreuses sources de revenus illicites.
L’évolution des montants volés depuis 2020
| Année | Montant total volé (en milliards $) | Principale source |
| 2020 | ≈ 1,9 | DeFi + exchanges |
| 2021 | ≈ 3,2 (pic historique à l’époque) | Boom DeFi |
| 2022 | ≈ 3,7 | Ronin + Poly Network + autres |
| 2023 | ≈ 2,0 | Repli post-FTX |
| 2024 | ≈ 2,2 | Reprise progressive |
| 2025 | 2,7 | Bybit + plusieurs gros DeFi |
Comme on peut le voir, après un léger recul en 2023 suite à l’effondrement de FTX et à la méfiance générale, les vols sont repartis à la hausse. 2025 marque donc un nouveau record historique.
Les victimes : exchanges vs DeFi
Longtemps, les exchanges centralisés concentraient l’essentiel des attaques. Aujourd’hui, la répartition est plus équilibrée :
- Exchanges centralisés : toujours vulnérables aux compromissions de clés, phishing très ciblé, ingénierie sociale sur les employés
- Protocoles DeFi : souvent touchés via des failles dans les smart contracts, des oracles manipulés, des attaques de gouvernance ou des flash loan exploits
- Portefeuilles individuels : Chainalysis estime à environ 700 000 $ les vols directs sur des wallets personnels en 2025 (mais beaucoup ne sont jamais signalés)
La tendance lourde reste la professionnalisation des attaquants. On ne parle plus de script-kiddies, mais d’équipes structurées avec des spécialistes en reverse engineering, en développement de malwares, en analyse on-chain et même en relations publiques pour négocier des rançons ou blanchir les fonds.
Que faire pour se protéger en 2026 et au-delà ?
Malgré ces chiffres effrayants, il existe des réflexes simples qui limitent drastiquement les risques pour un utilisateur lambda :
- Utiliser un hardware wallet pour les montants importants
- Activer la 2FA avec une application (pas SMS)
- Vérifier systématiquement les URL et les signatures de transaction
- Ne jamais partager sa seed phrase, même avec un support technique
- Utiliser des portefeuilles avec simulation de transaction avant signature
- Préférer les plateformes ayant subi et surmonté des audits multiples
- Se méfier des offres d’emploi trop belles sur LinkedIn (technique de recrutement utilisée par Lazarus)
Du côté des projets, les attentes sont de plus en plus fortes :
- Audits multiples par des cabinets différents
- Bug bounties avec récompenses élevées
- Transparence sur les fonds de trésorerie
- Mécanismes d’assurance ou de compensation en cas de faille
- Utilisation de multisig et de timelocks sur les fonds critiques
Vers une régulation plus stricte ?
Face à cette explosion de vols, plusieurs pays accélèrent leurs travaux réglementaires. Les États-Unis, l’Union européenne et Singapour en tête. L’idée est simple : obliger les exchanges et les gros protocoles à appliquer des standards minimums de cybersécurité, sous peine d’amendes très lourdes ou d’interdiction d’opérer sur leur territoire.
Mais la régulation reste un sujet explosif dans la communauté crypto. D’un côté ceux qui estiment que sans filet de sécurité institutionnel, le secteur ne pourra jamais atteindre la maturité. De l’autre, ceux qui y voient le début de la fin de la décentralisation promise par Bitcoin.
Une chose est sûre : tant que des milliards circuleront sur des blockchains publiques sans garde-fous suffisamment robustes, les hackers continueront de voir la crypto comme une cible prioritaire. Et tant qu’un État continuera de financer son arsenal nucléaire grâce à ces vols, la communauté internationale aura du mal à fermer les yeux.
Conclusion : la sécurité devient le nerf de la guerre
2025 restera dans les annales comme l’année où le vol de cryptomonnaies est devenu un phénomène géopolitique à part entière. Avec 2,7 milliards dérobés et un acteur étatique qui rafle la mise, l’écosystème est à un tournant.
Pour survivre et prospérer, la crypto devra probablement accepter un niveau de sécurité et de maturité qu’elle a longtemps refusé. Les utilisateurs, de leur côté, devront apprendre à se protéger comme on protège un compte bancaire traditionnel… voire davantage.
Car si les opportunités restent immenses, les risques aussi. Et en 2026, personne ne pourra plus dire qu’il ne savait pas.
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