Imaginez une semaine où trois pionniers du hardware, des noms que beaucoup connaissent au quotidien, tombent presque simultanément. iRobot avec son célèbre Roomba, Luminar et ses capteurs lidar révolutionnaires, Rad Power Bikes et ses vélos électriques accessibles… Tous ont déposé le bilan en décembre 2025. Ce n’est pas une simple coïncidence. C’est le symptôme d’un secteur en pleine tourmente, où l’innovation seule ne suffit plus face aux réalités économiques brutales.
Une semaine noire pour l’industrie du hardware
En l’espace de quelques jours seulement, ces trois entreprises américaines ont franchi le point de non-retour financier. Chacune opère dans un domaine différent : l’aspirateur robot pour iRobot, les technologies de détection pour véhicules autonomes chez Luminar, et la mobilité urbaine électrique avec Rad Power Bikes. Pourtant, leurs histoires se rejoignent autour de défis communs qui interrogent tout l’écosystème des startups hardware.
Le contexte macroéconomique joue un rôle majeur. Les tensions commerciales, les hausses de tarifs douaniers et la concurrence asiatique acharnée ont créé un environnement hostile. Ajoutez à cela des deals stratégiques qui capotent et des chaînes d’approvisionnement fragiles, et vous obtenez une recette pour la catastrophe.
iRobot : la fin d’une icône domestique
iRobot, fondée en 1990, incarnait le rêve américain de la robotique accessible. Le Roomba, lancé en 2002, a démocratisé les aspirateurs autonomes. Des millions de foyers possèdent aujourd’hui un de ces petits robots qui naviguent seuls dans les maisons.
Mais après des années de croissance, la société a vu ses marges s’effriter. La concurrence chinoise, avec des marques comme Roborock ou Ecovacs, propose des produits similaires à des prix bien inférieurs. iRobot a tenté de diversifier son offre avec des purificateurs d’air ou des serpillières robots, sans jamais vraiment dépasser le Roomba en termes de revenus.
« Cette issue est profondément décevante – et elle était évitable. C’est une tragédie pour les consommateurs, l’industrie de la robotique et l’économie de l’innovation américaine. »
Colin Angle, cofondateur d’iRobot
Le coup fatal ? Le projet de rachat par Amazon, annoncé en 2022 pour 1,7 milliard de dollars. Bloqué par les régulateurs américains et européens pour des questions de concurrence et de vie privée, cet accord aurait pu sauver l’entreprise. Au lieu de cela, iRobot s’est retrouvé sans bouée de sauvetage, accumulant des dettes et subissant de plein fouet les nouveaux tarifs sur les importations depuis le Vietnam.
En décembre 2025, le dépôt de bilan Chapter 11 s’accompagne d’une vente à son principal fabricant chinois, Picea Robotics. Une ironie cruelle : l’entreprise pionnière finit sous pavillon étranger après des années de lutte pour rester indépendante.
- Revenus en forte baisse après la pandémie
- Concurrence chinoise agressive sur les prix
- Tarifs douaniers augmentant les coûts de 23 millions de dollars en 2025
- Deal Amazon bloqué par les autorités
Ces éléments cumulés ont rendu la situation intenable. iRobot reste une référence, mais son modèle économique, trop dépendant d’une supply chain mondialisée, n’a pas résisté aux chocs externes.
Luminar : l’ambition lidar stoppée net
Luminar Technologies, sortie de l’ombre en 2017, promettait de révolutionner la voiture autonome avec des capteurs lidar longue portée, plus abordables et performants. Des partenariats prestigieux avec Volvo et Mercedes-Benz semblaient valider la vision.
Mais le secteur automobile autonome avance lentement. Les promesses d’autonomie niveau 4 ou 5 tardent à se concrétiser, et Luminar s’est retrouvé piégé dans une dépendance excessive à quelques gros clients. Quand Volvo a rompu son contrat fin 2025, invoquant des manquements, ce fut le déclencheur.
Les licenciements se sont enchaînés, les départs de cadres aussi. La société, lourdement endettée (entre 500 millions et 1 milliard de dollars de passifs), a opté pour le Chapter 11 afin de vendre ses actifs : sa branche lidar et sa filiale semi-conducteurs (cédée pour 110 millions à Quantum Computing Inc.).
« Luminar va cesser d’exister une fois le processus terminé, mais nous minimisons les disruptions pour nos partenaires. »
Porte-parole de Luminar
Le lidar reste essentiel pour la sécurité automobile, mais la concurrence explose : des acteurs chinois proposent des solutions moins chères, et des approches alternatives (vision pure comme Tesla) gagnent du terrain. Luminar a payé cher son manque de diversification et son timing malheureux.
Rad Power Bikes : l’e-bike victime de son succès pandémique
Rad Power Bikes, fondée en 2007, a surfé sur la vague micromobilité pendant le Covid. Ses vélos électriques abordables et robustes ont séduit une large clientèle, avec des revenus dépassant 120 millions de dollars en 2023.
Mais post-pandémie, la demande a chuté drastiquement. De 130 millions en 2023 à 63 millions en 2025, la courbe est implacable. Ajoutez un rappel massif de batteries pour risque d’incendie (imposé par la CPSC), que l’entreprise n’a pas pu financer, et les dettes s’accumulent : 73 millions de passifs contre 32 millions d’actifs.
Les tarifs douaniers sur les composants importés ont aggravé la situation. Rad Power a tenté un pivot vers la distribution retail, mais trop tard. Le Chapter 11 vise une vente rapide de l’entreprise pour éviter la liquidation totale.
- Baisse post-Covid de la demande micromobilité
- Problèmes graves de batteries et rappels coûteux
- Dépendance à une supply chain chinoise
- Échec à diversifier au-delà du direct-to-consumer
Rad Power symbolise le piège des modes passagères : un boom temporaire ne construit pas une base solide.
Les leçons communes pour les startups hardware
Ces trois cas ne sont pas isolés. Ils révèlent des faiblesses structurelles du hardware face au logiciel : coûts fixes élevés, délais longs, vulnérabilité aux chocs externes. Voici les principaux enseignements.
Diversification indispensable : S’appuyer sur un seul produit star (Roomba, lidar Volvo) ou un seul client majeur est risqué. Les pivots tardifs ne suffisent pas.
Supply chain résiliente : La dépendance à la Chine ou au Vietnam expose aux tarifs imprévus. Relocaliser partiellement ou multiplier les fournisseurs devient vital, même si cela coûte cher initialement.
Anticiper les régulations : Les blocages antitrust (comme pour Amazon-iRobot) ou les rappels sécurité (Rad Power) peuvent tuer une entreprise. Mieux vaut avoir des plans B solides.
| Entreprise | Produit phare | Cause principale | Conséquence |
| iRobot | Roomba | Tarifs + deal Amazon bloqué | Vente à fabricant chinois |
| Luminar | Lidar auto | Perte Volvo + dettes | Liquidation progressive |
| Rad Power | Vélos électriques | Baisse post-Covid + batteries | Vente en cours |
Le hardware exige une exécution parfaite sur de multiples fronts : innovation, finance, logistique, géopolitique. Les startups qui survivront seront celles qui construisent de la résilience dès le départ.
Quel avenir pour le hardware innovant ?
Malgré ces échecs, le secteur reste prometteur. La robotique domestique, les capteurs intelligents et la mobilité verte répondent à des besoins réels. Mais les prochains succès viendront probablement d’équipes qui intègrent dès le début des stratégies anti-fragiles : partenariats multiples, production hybride, focus sur la récurrence de revenus.
Les investisseurs aussi évoluent. Moins d’engouement pour les « moonshots » hardware purs, plus d’attention aux business models prouvés et scalables. 2026 pourrait voir émerger de nouveaux leaders, plus prudents et mieux armés.
Cette rude semaine de décembre 2025 n’est pas la fin du hardware. C’est un rappel douloureux : innover physiquement demande plus que du génie technique. Cela exige une vision stratégique globale, adaptable aux vents contraires du monde réel.
Et vous, pensez-vous que ces faillites marquent la fin d’une ère ou le début d’une maturité nécessaire pour le secteur ? Les commentaires sont ouverts.