Imaginez un instant : vous regardez votre belle pelouse impeccablement verte… et soudain, une mauvaise herbe insolente pointe le bout de son nez. La solution classique ? Un pulvérisateur rempli de produit chimique puissant. Mais que se passerait-il si demain, cette étape disparaissait complètement ? Si la nature pouvait être respectée tout en gardant un aspect parfait ? C’est précisément le pari audacieux que tente de relever une jeune pousse américaine au nom évocateur : Naware.
Quand la vapeur devient l’arme ultime contre les adventices
Derrière ce projet à la fois simple en apparence et extrêmement sophistiqué dans sa réalisation, se cache une histoire très personnelle. Mark Boysen, le fondateur, a grandi dans le Dakota du Nord, une région agricole où les traitements chimiques font malheureusement partie du quotidien. La perte tragique de plusieurs membres de sa famille, potentiellement liée à la pollution des nappes phréatiques, a constitué le déclencheur émotionnel de cette aventure entrepreneuriale.
Après avoir longtemps cherché LA solution miracle, l’équipe a testé des concepts aussi futuristes que risqués : laser de 200 watts monté sur drone, cryogénie… avant de revenir à un élément aussi ancestral qu’efficace : l’eau chauffée à très haute température, autrement dit la vapeur.
Le véritable défi : voir pour mieux détruire
Dire « on vaporise les mauvaises herbes » semble presque trop simple. La vraie prouesse technologique réside ailleurs : dans la reconnaissance précise et instantanée des adventices au milieu d’une pelouse. C’est ce que l’on appelle dans le jargon le problème du green-on-green : différencier deux nuances de vert extrêmement proches, en mouvement, à vitesse réelle.
Pour y parvenir, Naware s’appuie sur des modèles de vision par ordinateur entraînés intensivement, couplés à des GPU Nvidia embarqués directement sur les engins. Le système analyse en permanence l’image devant lui, identifie la plante indésirable avec une précision remarquable, et déclenche la vaporisation uniquement à cet endroit précis.
« Le plus dur n’était pas de produire de la vapeur efficace… c’était d’être capable de reconnaître une mauvaise herbe en roulant à 8 km/h sur une pelouse de golf. »
Mark Boysen, fondateur de Naware
Cette précision chirurgicale représente l’un des principaux avantages concurrentiels de la solution. Là où les traitements chimiques s’étalent sur des dizaines de mètres carrés, Naware traite uniquement les quelques centimètres carrés nécessaires. Économie de ressource, impact environnemental quasi nul, et résultat visuel parfait.
Un modèle économique qui séduit déjà les gros acteurs
Les premiers clients ciblés ne sont pas les particuliers (trop complexe à ce stade), mais les acteurs professionnels de l’entretien des espaces verts :
- terrains de golf haut de gamme
- stades et complexes sportifs
- grandes propriétés privées et parcs publics d’envergure
- entreprises de paysagisme premium
Pourquoi cette cible ? Parce que ces clients dépensent des sommes considérables en produits phytosanitaires. Selon les premières estimations de Naware, le retour sur investissement pourrait se faire en moins de deux saisons pour certains gros comptes, avec des économies annuelles comprises entre 100 000 $ et 250 000 $ rien qu’en produits chimiques… sans compter la réduction drastique des heures de main-d’œuvre dédiée à l’application manuelle des herbicides.
Autre point très intéressant : plusieurs fabricants d’équipements d’entretien espaces verts (tracteurs, tondeuses professionnelles, véhicules multi-usages) ont déjà manifesté leur intérêt pour intégrer la technologie Naware directement dans leurs machines. Des discussions sont en cours avec des acteurs dont le chiffre d’affaires se compte en milliards de dollars.
Les grandes étapes qui restent à franchir
Malgré l’enthousiasme légitime, la route vers une commercialisation massive reste semée d’embûches. Mark Boysen identifie clairement trois piliers indispensables :
- Obtenir des brevets solides sur l’ensemble du procédé (vaporisation ciblée + vision temps réel)
- Conclure des partenariats stratégiques avec les grands noms de l’équipement paysager
- Réaliser une première levée de fonds significative pour industrialiser la production
Pour l’instant, l’entreprise avance en mode bootstrap, ce qui force l’admiration mais limite aussi la vitesse d’exécution. La prochaine levée de fonds, prévue dans les prochains mois, devra être suffisamment importante pour créer un véritable fossé technologique avec d’éventuels imitateurs.
Quels sont les vrais concurrents sur ce marché ?
Le créneau du désherbage thermique n’est pas totalement vierge. On trouve déjà :
| Méthode | Avantages | Inconvénients |
| Brûlage au gaz (propane) | Très efficace | Consommation élevée, risque incendie, empreinte carbone |
| Infrarouge | Pas de flamme | Consommation électrique très élevée, coût matériel |
| Laser | Très précis | Risque incendie majeur, coût prohibitif, réglementation |
| Vapeur ciblée IA (Naware) | Écologique, précis, scalable | Technologie encore jeune, besoin d’investissement initial |
Comme on le voit, la combinaison vapeur + intelligence artificielle temps réel constitue aujourd’hui l’approche la plus prometteuse sur le plan environnemental et économique à moyen terme.
Impact environnemental : au-delà du greenwashing
Dans un contexte où les restrictions réglementaires sur les produits phytosanitaires se durcissent année après année (notamment en Europe), la solution Naware répond à un besoin criant. Mais l’impact va bien au-delà :
- réduction drastique des ruissellements chimiques vers les nappes phréatiques
- préservation de la biodiversité auxiliaire (insectes pollinisateurs, vers de terre…)
- amélioration de la qualité de l’air pour les riverains et les employés
- suppression totale des résidus chimiques dans les sols des terrains de sport
Pour les golfs en particulier, souvent situés à proximité de zones résidentielles ou de captages d’eau potable, l’argument écologique devient un véritable argument commercial différenciant.
Et pour le grand public ?
C’est LA question que se posent beaucoup de lecteurs. Pour l’instant, Naware reste focalisée sur le marché professionnel. Plusieurs raisons expliquent cette stratégie :
- coût unitaire encore élevé du matériel
- nécessité d’une puissance électrique conséquente
- complexité technique nécessitant un service après-vente professionnel
Mais Mark Boysen ne ferme pas la porte. Il évoque régulièrement la possibilité d’une version simplifiée et plus abordable dans un horizon de 4 à 6 ans, une fois que les volumes de production auront permis de faire baisser les coûts.
Les prochaines annonces à surveiller
2026 s’annonce comme une année charnière pour Naware. Parmi les jalons les plus attendus :
- finalisation et publication des premiers brevets majeurs
- annonce officielle du (des) premier(s) partenaire(s) équipementier(s)
- lancement de la première vraie tournée de levée de fonds
- communication des résultats chiffrés des pilotes payants en cours
Si ces différentes étapes se déroulent comme prévu, Naware pourrait bien devenir l’une des success stories environnementales les plus marquantes du milieu de la décennie.
Dans un monde où l’on parle beaucoup d’innovation technologique mais où les solutions réellement durables restent rares, le projet porté par Mark Boysen et son équipe rappelle une vérité simple : parfois, les réponses les plus puissantes se trouvent en combinant la haute technologie la plus moderne… avec des principes vieux comme le monde.
La vapeur. Tout simplement.
Et ça, ça change tout.