Imaginez un instant : vous tombez amoureux d’une veste aperçue sur votre téléphone, mais impossible de savoir si elle vous ira vraiment. Jusqu’à très récemment, il fallait soit se déplacer en magasin, soit tenter sa chance en commandant plusieurs tailles… avec les inévitables retours. Et si tout cela pouvait changer grâce à une simple photo de votre visage ? C’est précisément la révolution que Google vient de lancer fin 2025.

Le géant de Mountain View a discrètement déployé une mise à jour majeure de sa fonctionnalité d’essayage virtuel. Désormais, plus besoin d’une photo en pied complète : un selfie suffit. Derrière cette prouesse se cache une petite révolution technologique au nom plutôt amusant : Nano Banana.

Quand un selfie devient votre mannequin virtuel personnel

Le principe est d’une simplicité déconcertante. Vous sélectionnez un vêtement sur Google Shopping, vous cliquez sur « essayer », et au lieu de chercher laborieusement une photo en entier corps dans votre galerie, vous prenez simplement un selfie. L’intelligence artificielle se charge du reste.

En quelques secondes seulement, le modèle Gemini 2.5 Flash Image (surnommé en interne Nano Banana) génère plusieurs propositions de corps complets correspondant à votre morphologie estimée, à votre taille habituelle et à votre morphotype. Vous choisissez celui qui vous semble le plus fidèle, et hop : il devient votre avatar par défaut pour tous les futurs essayages virtuels.

Ce qui frappe immédiatement, c’est la rapidité du processus. Là où beaucoup d’utilisateurs abandonnaient auparavant parce que prendre LA photo parfaite en entier corps était trop contraignant, Google a supprimé cette barrière psychologique et technique.

Comment fonctionne réellement Nano Banana ?

Derrière le nom rigolo se cache une version ultra-optimisée du modèle multimodal Gemini. Spécialement allégé et calibré pour la génération d’images corporelles à partir d’un visage, Nano Banana combine plusieurs technologies de pointe :

  • Analyse faciale 3D ultra-précise pour estimer les proportions corporelles
  • Modèles de diffusion conditionnels par morphologie
  • Fine-tuning massif sur des dizaines de millions de paires selfie/corps
  • Techniques de transfert de texture et d’habillage réaliste
  • Optimisation mobile pour fonctionner en quelques secondes même sur smartphone moyen de gamme

Le résultat ? Des rendus qui, sans être parfaits à 100 %, sont suffisamment convaincants pour que la très grande majorité des utilisateurs considèrent l’expérience comme « assez proche de la réalité » pour prendre une décision d’achat.

« Ce n’est pas juste une démo technologique. C’est probablement l’avancée la plus importante pour le e-commerce depuis l’apparition des photos 360° il y a dix ans. »

Un acheteur précoce américain interrogé par TechCrunch

Les différentes options qui restent disponibles

Google n’a pas tout jeté par-dessus bord au profit du selfie. Les utilisateurs les plus exigeants conservent plusieurs alternatives :

  1. Le selfie intelligent (nouveau mode par défaut)
  2. Upload d’une photo en pied complète (comme avant)
  3. Sélection parmi une galerie de mannequins diversifiés (plus de 30 morphologies, âges, ethnies)
  4. Mode « silhouette personnalisée » où l’IA affine progressivement votre avatar au fil des essayages

Cette multiplicité d’options montre bien la volonté de Google de ne pas imposer une seule méthode, mais de proposer un spectre très large d’expériences selon le niveau de précision désiré par chacun.

Doppl : le laboratoire secret de Google pour l’essayage virtuel

Ceux qui suivent l’actualité tech de près avaient déjà repéré une application assez mystérieuse lancée par Google : Doppl. Présentée initialement comme un simple outil de visualisation de tenues, elle est devenue au fil des mises à jour un véritable laboratoire expérimental pour toutes les futures fonctionnalités d’essayage virtuel grand public.

Dès le début de la semaine précédant l’annonce du mode selfie, Google avait déjà enrichi Doppl avec un flux découverte shoppable très inspiré des réseaux sociaux. On y retrouve :

  • Des vidéos IA montrant les vêtements en mouvement sur des avatars réalistes
  • Des suggestions de looks complets basés sur votre historique
  • Des mini-essayages rapides de plusieurs pièces en une seule vidéo
  • Des liens directs vers les marchands partenaires

Il devient de plus en plus évident que les innovations les plus avancées arrivent d’abord dans Doppl avant d’être progressivement intégrées dans l’écosystème principal de Google Shopping.

Pourquoi cette avancée est-elle stratégique pour Google ?

Derrière l’aspect « gadget sympa » se cache un enjeu économique colossal. Le taux de retour moyen dans l’habillement en ligne oscille entre 25 et 40 % selon les enseignes. Chaque point de pourcentage en moins représente des centaines de millions d’euros d’économies pour les marchands… et donc potentiellement plus de marges reversées à Google sous forme de commissions.

En rendant l’essayage virtuel beaucoup plus accessible, Google espère fortement diminuer ce taux de retour tout en augmentant le taux de conversion. Un combo gagnant-gagnant pour la plateforme, les marchands et les consommateurs.

CritèreAvant juillet 2025Juillet 2025Décembre 2025
Photo requiseAucune IAPhoto corps entierSelfie uniquement
Temps moyen45-90 secondes10-20 secondes
Taux d’abandon estimé85-90%60-70%25-35%
Précision perçueMoyenne à bonneBonne à très bonne

Les chiffres sont bien entendu approximatifs, mais ils illustrent parfaitement la trajectoire suivie par Google depuis 18 mois.

Les limites actuelles et les prochaines étapes attendues

Malgré les progrès impressionnants, plusieurs défis techniques demeurent :

  • Les morphologies très atypiques restent parfois mal interprétées
  • Les vêtements très amples ou très près du corps posent encore problème
  • Les matières très techniques (cuir, denim épais, tissus transparents) sont rarement réalistes
  • Les poses restent relativement statiques
  • Le rendu des cheveux longs et des coiffures complexes est perfectible

Les équipes de Google ont déjà teasé plusieurs chantiers prioritaires pour 2026 :

  1. Essayage en mouvement (vidéo courte)
  2. Prise en compte de la texture de peau et des tatouages
  3. Meilleure gestion des morphologies extrêmes
  4. Intégration du mode selfie dans plus de pays (actuellement USA uniquement)
  5. Compatibilité avec les essayages de chaussures et accessoires

Quel impact sur les acteurs historiques du secteur ?

L’arrivée en force de Google dans l’essayage virtuel ne fait pas que des heureux. Plusieurs startups spécialisées dans la 3D body scanning et l’essayage virtuel voient d’un très mauvais œil l’arrivée d’un acteur aussi massif avec une offre gratuite et ultra-accessible.

Certains experts anticipent même une véritable consolidation du marché dans les 18 à 24 prochains mois, avec soit des rachats stratégiques par Google, soit la disparition progressive des acteurs les moins bien financés.

« Quand le moteur de recherche numéro 1 au monde décide de s’attaquer sérieusement à un marché, les joueurs indépendants ont généralement deux choix : se faire racheter ou disparaître. »

Un investisseur spécialisé dans le retail-tech anonyme

Vers un shopping augmenté plus intime et plus personnel

Ce qui se joue actuellement dépasse largement la simple fonctionnalité d’essayage. Nous assistons aux prémices d’une nouvelle relation entre le consommateur et les produits qu’il envisage d’acheter.

L’essayage virtuel devient progressivement une extension numérique de soi-même : un avatar personnel, évolutif, qui nous accompagne dans nos décisions d’achat. Demain, cet avatar pourra peut-être se souvenir de nos préférences de coupe, de couleur, de matière… et même anticiper nos besoins saisonniers.

Google pose ici les fondations d’un shopping augmenté beaucoup plus intime, où la technologie disparaît au profit de l’expérience utilisateur. Une tendance forte qui devrait irriguer tout le e-commerce des prochaines années.

Ce que cette innovation nous dit sur l’évolution de l’IA grand public

Enfin, cette annonce est aussi révélatrice de la maturité atteinte par les modèles d’IA générative en 2025-2026.

Nous sommes passés en moins de trois ans d’images fixes souvent surréalistes à des rendus corporels relativement fiables générés en quelques secondes sur un téléphone. La courbe de progression est fulgurante.

Ce qui semblait relever de la science-fiction il y a encore peu devient aujourd’hui une fonctionnalité quotidienne, gratuite, accessible à des centaines de millions de personnes. C’est probablement l’un des meilleurs exemples concrets de la démocratisation massive de l’intelligence artificielle.

Et ce n’est que le début.

Dans les mois et années à venir, attendez-vous à voir l’essayage virtuel s’étendre aux meubles, à la décoration, aux lunettes, aux voitures, aux coiffures, au maquillage… La frontière entre le réel et sa représentation numérique n’a jamais été aussi poreuse.

Une chose est sûre : avec ce nouveau mode selfie, Google vient d’inventer le « essayage paresseux »… et il y a fort à parier que nous n’allons plus jamais vouloir revenir en arrière.

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.