Imaginez un instant : une technologie qui, il y a seulement dix ans, coûtait plusieurs dizaines de milliers d’euros par unité, est aujourd’hui devenue suffisamment abordable pour équiper un véhicule électrique grand public. Cette révolution silencieuse est en train de se jouer sous nos yeux, et c’est une entreprise chinoise qui tient fermement les rênes de cette transformation.
En ce début d’année 2026, alors que le salon CES de Las Vegas bat son plein, une annonce est passée relativement inaperçue auprès du grand public… et pourtant elle pourrait bien marquer un tournant décisif dans l’industrie des véhicules autonomes et de la robotique. Cette annonce ? Hesai, le leader chinois des capteurs lidar, vient de révéler son intention de doubler sa capacité de production en seulement douze mois.
Hesai : l’ascension fulgurante d’un champion chinois du lidar
Pour bien comprendre l’ampleur de ce mouvement, il faut remonter quelques années en arrière. À l’époque, le lidar était encore perçu comme une technologie de luxe réservée aux prototypes les plus avancés des géants américains et européens. Aujourd’hui, la donne a radicalement changé.
Hesai n’est plus seulement un acteur parmi d’autres. L’entreprise est devenue, en l’espace d’une décennie, le principal fournisseur mondial de capteurs lidar pour l’automobile. Et elle compte bien consolider cette position dominante dans les années à venir.
De 2 à 4 millions d’unités : un bond historique
Passer de 2 millions à 4 millions d’unités produites par an n’est pas une simple augmentation de cadence. C’est un message clair envoyé à l’ensemble de la concurrence : Hesai mise gros sur l’avenir du lidar de masse.
Ce choix stratégique intervient dans un contexte très particulier. Quelques semaines seulement avant cette annonce, l’un des pionniers américains du secteur, Luminar, a déposé le bilan. Une nouvelle qui a résonné comme un coup de tonnerre dans la Silicon Valley.
« La pression exercée par les prix extrêmement bas des concurrents chinois a été l’un des facteurs déterminants dans nos difficultés financières. »
Extrait du dossier de faillite de Luminar – décembre 2025
Cette citation, aussi brutale soit-elle, résume parfaitement la réalité actuelle du marché. En huit petites années, Hesai affirme avoir fait chuter le prix moyen d’un capteur lidar de… 99,5 %. Un chiffre qui donne le vertige.
Pourquoi le marché chinois explose-t-il ?
La réponse est simple : la Chine n’a pas attendu que la technologie soit « parfaite » pour la déployer massivement. Dès 2023-2024, les constructeurs locaux ont commencé à intégrer des lidars sur des modèles milieu et haut de gamme.
Aujourd’hui, en 2026, près d’un véhicule électrique neuf sur quatre vendu en Chine est équipé d’au moins un lidar. Et la tendance s’accélère : les nouveaux modèles intègrent désormais fréquemment entre trois et six capteurs par véhicule.
- Xpeng avec ses G6, G9 et Mona M03
- Li Auto sur toute sa gamme L-series
- NIO avec les ET7, ES8 et la nouvelle gamme ONVO
- Zeekr, Avatr, Xiaomi Auto…
Cette adoption massive crée un cercle vertueux : plus de volumes = économies d’échelle = prix encore plus bas = encore plus de volumes. Hesai est clairement le grand bénéficiaire de cette dynamique.
Luminar, l’exemple tragique du « trop cher, trop tard »
De l’autre côté de l’océan, l’histoire de Luminar est devenue un cas d’école que l’on étudie désormais dans les écoles de commerce.
L’entreprise avait pourtant tout pour réussir : des partenariats prestigieux (Volvo, Mercedes, Polestar), une technologie reconnue, des levées de fonds records… Et malgré cela, elle n’a jamais réussi à atteindre la rentabilité.
Les raisons sont multiples, mais deux éléments reviennent constamment :
- Des prix unitaires restés très élevés trop longtemps
- Des programmes automobiles qui ont pris énormément de retard
Résultat : Volvo, qui avait signé pour 1,1 million de capteurs, n’en a finalement acheté qu’environ 10 000. Un effondrement des volumes qui a fini par asphyxier l’entreprise.
Hesai ne mise pas tout sur l’automobile
Si l’automobile reste le moteur principal de la croissance, Hesai développe activement d’autres verticales très prometteuses, notamment la robotique.
Au CES 2026, la société a présenté plusieurs démonstrateurs impressionnants :
- Un robot tondeuse autonome
- Un robot-chien quadrupède
- Des indices très clairs sur des intégrations dans des robots humanoïdes
Ces applications, même si elles restent pour l’instant marginales en volume, présentent un potentiel énorme à moyen et long terme, notamment dans la logistique du dernier kilomètre, la sécurité et… les usages militaires.
Les concurrents directs : où en sont-ils ?
Face à Hesai, la concurrence s’est considérablement éclaircie ces derniers mois.
| Acteur | Pays | Statut 2026 | Positionnement principal |
| Hesai | Chine | Leader mondial – en hyper-croissance | Automobile + robotique |
| Luminar | USA | En cours de liquidation | Automobile premium (ex) |
| Ouster | USA | Survie difficile après rachat Velodyne | Robotique + industriel |
| Innoviz | Israël | Difficultés financières persistantes | Automobile |
| Aeva | USA | Position fragile | Technologie FMCW |
| RoboSense | Chine | Concurrent sérieux mais derrière | Automobile chinoise |
Comme on peut le voir, le paysage est désormais très polarisé : d’un côté un champion chinois ultra-agressif sur les prix et les volumes, de l’autre des acteurs occidentaux en grande difficulté.
Les défis qui attendent encore Hesai
Malgré cette position dominante, tout n’est pas rose pour l’entreprise.
Elle fait face à plusieurs vents contraires :
- Des accusations répétées de liens avec l’armée chinoise (toujours démenties par Hesai)
- Des restrictions américaines sur les exportations de technologies sensibles
- Une volatilité géopolitique qui peut impacter les clients internationaux
- Une pression concurrentielle interne chinoise de plus en plus forte (RoboSense, Huawei, DJI…)
Malgré ces obstacles, Hesai continue d’annoncer de nouveaux contrats avec des acteurs européens et américains (Pony.ai, Motional, WeRide, Baidu, mais aussi un « grand constructeur européen » resté anonyme pour l’instant).
Quel futur pour le lidar grand public ?
La grande question que tout le monde se pose désormais est la suivante : le lidar va-t-il devenir aussi standard que les caméras ou les radars dans les véhicules de demain ?
En Chine, la réponse semble déjà être « oui ». En Europe et aux États-Unis, c’est encore beaucoup plus incertain.
Certains constructeurs premium (Mercedes, BMW, Audi) continuent de privilégier les approches « vision-only » ou des lidars beaucoup plus discrets et intégrés. D’autres, comme Mobileye, parient sur des systèmes hybrides beaucoup moins gourmands en capteurs lidar.
Mais une chose est sûre : tant que le prix restera aussi compétitif et que la fiabilité sera démontrée sur plusieurs millions de véhicules, le lidar aura de plus en plus de mal à rester sur le banc de touche.
Conclusion : la victoire par les volumes
L’histoire récente du lidar nous enseigne une leçon assez claire : dans les technologies de rupture, celui qui maîtrise les volumes et les coûts à grande échelle finit souvent par rafler la mise.
En 2026, Hesai semble avoir parfaitement compris cette règle du jeu. Reste maintenant à voir si cette domination chinoise sera acceptée, tolérée… ou combattue par les autres grandes puissances technologiques.
Une chose est certaine : l’année 2026 marquera probablement un point d’inflexion majeur dans la démocratisation du lidar. Et pour l’instant, c’est bien une entreprise basée à Shanghai qui écrit les nouvelles règles du jeu.
À suivre de très près.