Imaginez un paysan indien qui, au lieu de vendre sa récolte à bas prix juste après les moissons, peut la stocker en toute sécurité, emprunter de l’argent dessus et attendre le meilleur moment pour la vendre. Dans un contexte où les prix mondiaux des céréales s’effondrent, cette idée simple change la vie de centaines de milliers d’agriculteurs. C’est exactement ce que propose Arya.ag, une startup qui défie toutes les crises et attire encore les investisseurs.
Arya.ag : La Startup Qui Réinvente l’Agriculture Indienne
En pleine tempête sur les marchés agricoles mondiaux, où le Banque mondiale alerte sur les risques liés au climat extrême et aux perturbations commerciales, une entreprise indienne sort du lot. Arya.ag, basée à Noida, continue non seulement de croître, mais aussi de rester profitable. Mieux encore : elle vient de boucler une levée de fonds impressionnante.
Cette réussite n’est pas due au hasard. Fondée par d’anciens cadres de la banque ICICI, la société a su construire un modèle résilient qui protège à la fois les fermiers et ses propres finances. Voyons comment elle y parvient.
Une Levée de Fonds Majeure Dans un Climat Difficile
En janvier 2026, Arya.ag annonce une série D entièrement en equity de 81 millions de dollars, menée par GEF Capital Partners. Plus de 70 % de cette somme constitue du capital primaire, le reste provenant de ventes secondaires d’actions. Ce n’est pas anodin quand on sait que beaucoup d’acteurs du secteur agricole subissent de plein fouet la baisse des cours.
Cette confiance des investisseurs repose sur des chiffres solides. L’entreprise traite annuellement environ 3 milliards de dollars de céréales en stockage, soit près de 3 % de la production nationale indienne. Elle facilite aussi plus de 1,5 milliard de dollars de prêts chaque année.
Vous n’êtes pas immunisé contre les risques. Mais comme vos prêts sont entièrement sécurisés par les marchandises, il n’arrivera jamais que les prix chutent de 90 %.
Prasanna Rao, cofondateur et CEO d’Arya.ag
Cette citation de Prasanna Rao illustre parfaitement la philosophie de l’entreprise : prudence et sécurisation maximale.
Le Modèle Économique : Stockage, Crédit et Commerce
Au cœur du succès d’Arya.ag se trouve un modèle intégré qui repose sur trois piliers complémentaires.
- Le stockage : des entrepôts proches des fermes, loués auprès de tiers, permettant aux agriculteurs de conserver leurs récoltes plus longtemps.
- Le financement : des prêts accordés contre les céréales stockées, avec des taux bien inférieurs à ceux des intermédiaires traditionnels.
- Le commerce : une plateforme qui connecte les fermiers directement à des acheteurs industriels, processeurs ou meuniers.
Ce triptyque génère des revenus diversifiés. Le stockage représente environ 50 à 55 % du chiffre d’affaires, le financement 25 à 30 %, et le commerce le reste. Une répartition qui assure une certaine stabilité même quand un segment vacille.
Pour l’année fiscale close en mars 2025, Arya.ag affichait un chiffre d’affaires net de 4,5 milliards de roupies (environ 50 millions de dollars). Au premier semestre de l’exercice en cours, les revenus ont progressé de 30 % pour atteindre 3 milliards de roupies. Le bénéfice après impôts, lui, a bondi de 39 %.
Une Gestion du Risque Exemplaire
Le vrai tour de force d’Arya.ag reste sa capacité à maintenir un taux de créances douteuses (gross NPAs) sous la barre des 0,5 %. Comment ? En ne prêtant qu’une partie de la valeur des céréales stockées et en suivant quotidiennement les cours.
Dès qu’une baisse menace la couverture, l’entreprise émet des appels de marge. Les fermiers peuvent alors rembourser une partie du prêt ou ajouter des céréales supplémentaires comme garantie. Ce mécanisme évite les pertes directes pour la startup.
Les taux d’intérêt pratiqués oscillent entre 12,5 % et 12,8 %. C’est plus élevé que les banques traditionnelles (11-12 %), mais largement inférieur aux 24 à 36 % exigés par les agents commissionnaires locaux. Surtout, Arya.ag opère là où les grandes banques ne vont pas : les zones rurales éloignées, avec des prêts de petite taille.
L’approbation se fait en moins de cinq minutes, et les décaissements sont presque entièrement numériques. Une rapidité qui change la donne pour les agriculteurs ayant besoin de liquidités immédiates.
La Technologie Au Service De l’Agriculture
Arya.ag n’est pas seulement une plateforme logistique et financière. C’est aussi une entreprise profondément technologique qui utilise l’innovation pour réduire les risques et améliorer l’efficacité.
- Intelligence artificielle pour évaluer la qualité des grains avant prêt.
- Données satellitaires pour détecter le stress des cultures avant la récolte.
- Sacs de stockage hermétiques équipés de capteurs, permettant une conservation longue même sans entrepôt classique.
- Blockchain pour tracer numériquement les céréales tout au long de la chaîne.
Ces outils permettent non seulement une meilleure gestion des stocks, mais aussi une transparence accrue pour les prêteurs et les acheteurs. La blockchain, en particulier, garantit que les grains servant de collatéral ou vendus via la plateforme sont suivis à chaque étape.
Avec plus de 12 000 entrepôts répartis dans 60 % des districts indiens, Arya.ag touche aujourd’hui entre 850 000 et 900 000 fermiers. Une échelle impressionnante pour une entreprise qui emploie plus de 1 200 personnes à temps plein.
Des Perspectives Ambitieuses Pour l’Avenir
La nouvelle levée de fonds va servir à accélérer le déploiement technologique. L’entreprise prévoit d’étendre ses centres agricoles intelligents et de renforcer ses outils numériques au plus près des fermes.
Prasanna Rao annonce également une préparation active pour une introduction en bourse d’ici 18 à 20 mois. Un objectif réaliste vu la trajectoire de croissance et la rentabilité déjà atteinte.
À l’international, Arya.ag adopte une approche prudente : un modèle logiciel d’abord, avec déjà des déploiements en Asie du Sud-Est et en Afrique. L’expansion physique viendra plus tard, une fois le marché indien solidement maîtrisé.
Pourquoi Arya.ag Inspire les Startups du Secteur
Dans un monde où beaucoup d’agritech peinent à trouver la rentabilité, Arya.ag démontre qu’un modèle intégré, sécurisé et technologique peut fonctionner même en temps de crise. Elle prouve qu’il est possible de scaler massivement tout en gardant un risque maîtrisé.
Son succès repose sur une compréhension profonde des réalités rurales indiennes : distances, manque de liquidités post-récolte, pression des intermédiaires. En apportant stockage proche, crédit rapide et accès à de meilleurs prix, la startup crée de la valeur pour tous les acteurs de la chaîne.
Pour les investisseurs, c’est la preuve qu’il existe encore des opportunités solides dans l’agriculture émergente. Pour les fermiers, c’est une bouffée d’oxygène dans un secteur souvent négligé par la finance traditionnelle.
Les Défis Qui Restent à Relever
Malgré ses succès, Arya.ag n’échappe pas aux défis structurels du secteur. Les variations climatiques extrêmes, les politiques sur les biocarburants ou les tensions commerciales mondiales continuent d’impacter les prix.
L’entreprise doit aussi gérer l’expansion rapide sans diluer sa culture du risque. Maintenir un taux de défauts aussi bas en grandissant encore plus sera un exercice d’équilibriste.
Enfin, l’introduction en bourse exigera une transparence accrue et une gouvernance irréprochable. Des étapes que l’équipe semble prête à franchir, vu le sérieux démontré jusqu’ici.
Conclusion : Un Modèle À Suivre Pour l’Agriculture de Demain
Arya.ag n’est pas seulement une success story indienne. C’est un exemple concret de la façon dont la technologie et la finance peuvent transformer un secteur ancestral. En donnant plus de pouvoir aux fermiers tout en protégeant ses propres intérêts, la startup trace une voie durable dans un domaine volatile.
À une époque où l’on parle beaucoup d’innovation agricole sans toujours voir de résultats tangibles, Arya.ag apporte la preuve que c’est possible. Rentable, scalable, impactante : voilà peut-être la recette d’une agritech qui change vraiment les choses.
Et pendant que les prix mondiaux continuent leur yo-yo, des centaines de milliers de fermiers indiens dorment un peu mieux, sachant que leur récolte est en sécurité et qu’ils auront le choix du moment pour la vendre. Une petite révolution qui, à l’échelle de l’Inde, pèse déjà très lourd.