Imaginez une technologie essentielle à nos smartphones, nos voitures électriques et même aux missiles de pointe, soudainement menacée par une dépendance excessive à un seul pays fournisseur. C’est exactement le défi que les États-Unis tentent de relever avec les terres rares. Et au cœur de cette bataille stratégique, une jeune startup vient de frapper un grand coup en décrochant un contrat colossal.
Vulcan Elements : la startup qui bouleverse la chaîne d’approvisionnement des terres rares
En décembre 2025, Vulcan Elements a annoncé avoir obtenu un contrat de 620 millions de dollars du Département de la Défense américain. Ce n’est pas un simple financement : il s’agit du plus important jamais accordé par l’Office of Strategic Capital du Pentagone. L’objectif ? Développer massivement la production nationale d’aimants permanents en terres rares, ces composants indispensables à de nombreuses technologies modernes.
Derrière cette réussite se cache une histoire qui mêle entrepreneuriat audacieux, investissements ciblés et enjeux géopolitiques majeurs. La jeune entreprise est soutenue par 1789 Capital, un fonds de capital-risque dont Donald Trump Jr. est devenu partenaire en 2024. Cette connexion a naturellement attiré l’attention des médias, mais elle soulève aussi des questions légitimes sur l’intersection entre politique et business dans le secteur stratégique de la défense.
Pourquoi les terres rares sont-elles devenues un enjeu stratégique crucial ?
Les terres rares ne sont pas réellement rares dans la croûte terrestre, mais leur extraction et leur raffinage sont complexes et très polluants. Pendant des décennies, la Chine a dominé ce marché, contrôlant aujourd’hui plus de 80 % de la production mondiale d’aimants permanents. Cette dépendance pose un risque majeur pour les industries occidentales, surtout dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes.
Les aimants en néodyme-fer-bore, par exemple, sont indispensables aux moteurs électriques des véhicules hybrides et électriques, aux éoliennes, mais aussi aux systèmes de guidage des missiles ou aux sonars des sous-marins. Une perturbation de la chaîne d’approvisionnement pourrait paralyser des secteurs entiers.
Conscient de cette vulnérabilité, le gouvernement américain a lancé depuis plusieurs années une politique volontariste de relocalisation. Le contrat accordé à Vulcan Elements s’inscrit dans cette dynamique, aux côtés d’un partenariat plus large de 1,4 milliard de dollars avec ReElement Technologies.
Le parcours fulgurant de Vulcan Elements
Vulcan Elements n’est pas née de la dernière pluie. La startup a déjà levé 65 millions de dollars en Série A en août 2025, une ronde menée par Altimeter Capital. Mais c’est l’entrée de 1789 Capital au capital, il y a environ trois mois, qui a marqué un tournant.
1789 Capital se positionne comme un fonds “anti-woke”, investissant dans des secteurs souvent délaissés par les grands fonds de la Silicon Valley : énergie fossile, défense, industries traditionnelles. Outre Vulcan Elements, le fonds soutient des poids lourds comme SpaceX et Anduril, deux entreprises déjà bien établies dans les contrats gouvernementaux.
Ce qui frappe, c’est la rapidité avec laquelle plusieurs sociétés du portefeuille de 1789 Capital ont obtenu des contrats publics en 2025. Au moins quatre d’entre elles ont bénéficié de financements gouvernementaux cette année, selon les informations révélées par le Financial Times.
Le contrat représente le plus important jamais accordé par l’Office of Strategic Capital du Pentagone.
Financial Times, décembre 2025
Une success story sans intervention politique ?
La proximité de 1789 Capital avec la famille Trump a immédiatement suscité des interrogations. Donald Trump Jr. a-t-il joué un rôle dans l’obtention de ce contrat ? La startup et le fonds l’ont formellement démenti.
Un porte-parole de Trump Jr. a déclaré qu’il “n’avait aucune implication dans les négociations avec le gouvernement au nom des sociétés du portefeuille de 1789”. Vulcan Elements a tenu le même discours, insistant sur le caractère purement technique et industriel de sa proposition.
Cette défense est crédible dans la mesure où la nécessité de relocaliser la production de terres rares fait consensus aux États-Unis, au-delà des clivages partisans. Démocrates comme républicains reconnaissent la menace que représente la domination chinoise. Le contrat s’inscrit dans une logique stratégique plus large, initiée bien avant l’arrivée de Trump Jr. chez 1789 Capital.
Les technologies au cœur du projet
Vulcan Elements ne se contente pas d’extraire des minerais. La startup développe des procédés innovants pour raffiner et fabriquer des aimants de haute performance sur le sol américain. Son partenariat avec ReElement Technologies vise à créer une chaîne complète, de l’extraction au produit fini.
- Raffinage plus écologique des terres rares
- Production d’aimants néodyme de qualité militaire
- Intégration verticale pour réduire la dépendance extérieure
- Création d’emplois dans des régions industrielles américaines
Ces avancées technologiques sont cruciales. Les méthodes traditionnelles de séparation des terres rares sont coûteuses et polluantes. Les innovations portées par Vulcan et ses partenaires pourraient rendre la production américaine compétitive tout en respectant des normes environnementales plus strictes.
Les implications pour l’écosystème startup américain
Cette affaire illustre une tendance de fond : le retour en force des investissements dans les technologies “hard tech” et les industries stratégiques. Longtemps dominée par les applications grand public et le logiciel, la Silicon Valley voit émerger une nouvelle génération de fonds prêts à financer des projets longs, coûteux, mais à fort impact national.
1789 Capital incarne parfaitement ce mouvement. En misant sur des secteurs délaissés par les investisseurs traditionnels, le fonds ouvre la voie à une diversification du capital-risque américain. D’autres acteurs, comme Andreesen Horowitz avec son fonds “American Dynamism”, suivent une trajectoire similaire.
Pour les entrepreneurs, cela signifie de nouvelles opportunités de financement pour des projets autrefois jugés trop risqués ou pas assez “sexy”. La défense, l’énergie, les matériaux avancés redeviennent des terrains de jeu attractifs.
Perspectives d’avenir pour Vulcan Elements
Avec 620 millions de dollars en poche, Vulcan Elements dispose désormais des moyens de ses ambitions. L’entreprise prévoit d’accélérer la construction d’usines et le recrutement d’ingénieurs spécialisés. L’objectif à moyen terme : devenir un fournisseur majeur pour l’industrie américaine, civile comme militaire.
Mais les défis restent nombreux. La concurrence chinoise reste écrasante en termes de coûts. Les contraintes environnementales et réglementaires aux États-Unis sont plus strictes. Enfin, la volatilité politique pourrait influencer les futurs financements publics.
Cependant, le contexte joue en faveur de Vulcan. La volonté bipartisan de réduire la dépendance à Pékin semble durable. Les investissements massifs dans les véhicules électriques et les énergies renouvelables augmentent la demande en aimants permanents. Tous les signaux sont au vert pour une croissance soutenue.
Ce que cette affaire nous enseigne sur l’avenir des startups stratégiques
L’histoire de Vulcan Elements dépasse largement le simple contrat gouvernemental. Elle révèle une mutation profonde du paysage entrepreneurial américain : la convergence entre intérêts privés, innovation technologique et sécurité nationale.
Les startups d’aujourd’hui ne se contentent plus de disrupter des marchés existants. Certaines contribuent directement à redéfinir la souveraineté technologique des nations. Elles opèrent à l’intersection du business, de la géopolitique et de l’innovation de rupture.
Pour les investisseurs, cela impose une nouvelle grille de lecture : au-delà des métriques traditionnelles que sont la croissance utilisateur ou le churn, il faut désormais évaluer l’impact stratégique, la résilience des chaînes d’approvisionnement et l’alignement avec les priorités nationales.
En conclusion, Vulcan Elements incarne cette nouvelle génération d’entreprises qui allient ambition entrepreneuriale et mission d’intérêt général. Son succès retentissant avec ce contrat record de 620 millions de dollars n’est probablement que le début d’une aventure qui pourrait transformer durablement l’industrie américaine des matériaux critiques.
Dans un monde où la technologie définit la puissance, ceux qui contrôlent les matériaux de base contrôlent l’avenir. Et Vulcan Elements vient de prendre une longueur d’avance décisive.