Imaginez : vous rentrez chez vous épuisé après une longue journée, vous posez vos clés sur la console et, sans même sortir votre téléphone, vous lancez simplement : « Alexa, trouve-moi un coiffeur disponible demain à 18h près de chez moi et réserve-moi la meilleure place ». Quelques secondes plus tard, c’est fait. Pas d’application à ouvrir, pas de site à comparer, pas de formulaire interminable… Juste votre voix.

Cette petite scène, qui semblait encore futuriste il y a peu, est en train de devenir réalité. Et c’est Amazon qui, une nouvelle fois, accélère la cadence avec son assistant vocal nouvelle génération : Alexa+.

Alexa+ : quand l’assistant vocal devient une véritable plateforme de services

Le 23 décembre 2025, Amazon a officialisé une expansion majeure de son intelligence artificielle conversationnelle. Quatre nouveaux partenaires de poids rejoignent l’écosystème Alexa+ : Angi, Expedia, Square et Yelp. Une annonce qui, bien plus qu’une simple liste de logos, marque un tournant stratégique dans la manière dont nous interagissons avec les services du quotidien.

Amazon ne se contente plus de nous rappeler la météo ou de lancer une playlist. La firme de Seattle veut devenir le point d’entrée vocal unique pour une grande partie de notre consommation de services et de loisirs. Et pour y parvenir, elle mise tout sur la puissance de l’IA générative alliée à des intégrations profondes avec des acteurs majeurs de leurs secteurs respectifs.

Les quatre nouvelles intégrations qui changent la donne

Examinons de plus près ces quatre nouveaux partenaires et ce qu’ils apportent concrètement à l’utilisateur Alexa+ dès 2026.

  • Expedia : comparaison et réservation d’hôtels, gestion des réservations existantes, recommandations ultra-personnalisées selon vos critères (animaux acceptés, piscine, petit-déjeuner inclus, distance du centre-ville…)
  • Angi (anciennement Angie’s List) : demandes de devis en temps réel pour tous types de travaux et services à domicile (plombier, électricien, jardinier, ménage, peinture, déménagement…)
  • Yelp : recherche de restaurants, réservation de tables, prise de rendez-vous chez le coiffeur, le tatoueur, l’esthéticienne, lecture et dictée d’avis
  • Square : prise de rendez-vous et paiement directement via l’assistant pour les commerçants indépendants équipés Square (salons de beauté, barbiers, professeurs de yoga, coachs sportifs…)

Ces quatre acteurs viennent s’ajouter à un casting déjà très solide : OpenTable, Uber, Ticketmaster, Thumbtack, Fodor, Suno… Amazon construit méthodiquement ce qui ressemble de plus en plus à un véritable « App Store vocal ».

« Nous voulons qu’Alexa+ devienne l’assistant qui sait ce dont vous avez besoin avant même que vous ne le formuliez parfaitement. »

Porte-parole Amazon, décembre 2025

Pourquoi cette stratégie est-elle si différente de ce qu’on a connu jusqu’ici ?

Pendant des années, la promesse des assistants vocaux était simple : exécuter des commandes précises. « Mets une alarme », « joue du jazz », « éteins les lumières du salon ». Avec Alexa+, on passe dans une autre dimension : celle de la conversation ouverte et de la résolution de problèmes complexes.

Exemple concret avec un cas d’usage Expedia :

Vous : « Alexa, j’ai besoin d’un hôtel à Lyon ce week-end, maximum 150 € la nuit, bien noté, avec parking et petit-déjeuner, et qui accepte mon chien. »

Alexa+ ne se contente pas de vous lire trois liens. Elle dialogue :

Alexa : « J’ai trouvé quatre hôtels qui correspondent à tous vos critères. Le plus économique est à 128 € avec un excellent score de propreté. Souhaitez-vous que je réserve la chambre double vue Parc de la Tête d’Or ? Il reste trois chambres disponibles. »

C’est ce niveau de dialogue naturel, de reformulation intelligente et de prise de décision autonome (dans les limites que vous aurez fixées) qui différencie aujourd’hui Alexa+ des versions précédentes.

Les premiers chiffres d’adoption encourageants

Même si Amazon reste très discret sur les volumes globaux, l’entreprise a lâché quelques indications intéressantes concernant les premières intégrations lancées plus tôt dans l’année.

Les services à domicile (Thumbtack et Vagaro notamment) affichent une « forte engagement » selon les termes employés par le géant. Cela signifie que les utilisateurs qui ont testé ces fonctionnalités reviennent régulièrement. Un signal fort dans un univers où la plupart des interactions avec les assistants restent anecdotiques.

Autre enseignement intéressant : les personnes qui adoptent le plus rapidement ces nouveaux usages sont souvent celles qui possèdent déjà plusieurs appareils connectés dans leur maison. Plus l’écosystème est riche, plus l’habitude de déléguer des tâches complexes à l’assistant semble se prendre facilement.

Les grands gagnants (et les grands perdants ?) de cette nouvelle ère

Du côté des partenaires, l’opération semble gagnant-gagnant… à condition de bien jouer le jeu.

  • Pour Expedia : accès à un canal d’acquisition extrêmement qualifié et à très faible friction
  • Pour Angi : réduction drastique du taux d’abandon entre la demande de devis et la prise de contact réelle
  • Pour Yelp : renaissance possible d’une plateforme qui avait un peu perdu de sa superbe face à Google Maps
  • Pour Square : formidable outil de fidélisation pour les petits commerçants indépendants

En revanche, les applications mobiles pures players qui n’ont pas (encore) signé avec Amazon risquent de voir leur trafic organique continuer de s’étioler. Quand l’utilisateur aura pris l’habitude de dire « Alexa, réserve-moi chez le meilleur sushi du quartier », aura-t-il encore envie d’ouvrir l’application du restaurant ?

Les défis qui restent à relever

Malgré l’enthousiasme légitime, plusieurs obstacles demeurent sur la route d’un véritable « commerce vocal de masse ».

  1. La confiance : confier sa carte bancaire à un assistant vocal demande encore un effort psychologique important pour beaucoup de personnes
  2. La précision : une mauvaise compréhension peut entraîner des réservations erronées très coûteuses
  3. L’expérience post-réservation : gérer un changement, une annulation ou un litige reste (pour l’instant) nettement plus simple via une interface graphique
  4. La fragmentation : tous les commerçants ne sont pas équipés des outils nécessaires pour recevoir des réservations Alexa+

Amazon le sait et travaille activement sur ces points : authentification biométrique renforcée, historique vocal consultable, possibilité de « débrancher » temporairement certaines fonctionnalités sensibles, partenariats avec toujours plus de commerçants indépendants…

Vers un futur où l’interface disparaît ?

Ce que montre cette annonce de décembre 2025, c’est que nous sommes en train d’assister à la disparition progressive de l’interface comme principal mode d’interaction avec les services numériques.

Demain, on ne « va plus » sur Yelp, on ne « va plus » sur Expedia, on ne « va plus » sur le site d’Angi. On demande simplement à son assistant, qui connaît nos préférences, notre localisation, notre budget, nos allergies, nos dates préférées… et qui agit en notre nom.

Cette évolution pose évidemment des questions philosophiques, économiques et sociétales très profondes :

  • Qui contrôle l’intention d’achat quand l’IA choisit parmi plusieurs options ?
  • Qui fixe les commissions sur ces transactions vocales ?
  • Comment éviter que le choix ne soit biaisé par des accords commerciaux ?
  • Que devient la découverte de nouveaux commerçants quand l’algorithme nous oriente toujours vers « ce qu’il sait qu’on aime » ?

Autant de débats passionnants qui ne font que commencer.

Et en France dans tout ça ?

Si la plupart des fonctionnalités présentées ici seront disponibles dès le début de l’année 2026 aux États-Unis, l’arrivée en France dépendra évidemment des négociations locales avec les équivalents français (ou européens) des différents partenaires.

On peut toutefois raisonnablement penser que :

  • Expedia → déjà très présent en Europe
  • Yelp → moins puissant qu’aux US mais en progression
  • Angi → probablement remplacé par un acteur local type StarOfService, Travaux.com ou Yoojo
  • Square → remplacé par SumUp, iZettle ou Lydia Pro

Les premières annonces européennes sont attendues au printemps 2026 selon plusieurs sources internes.

Conclusion : le futur frappe déjà à la porte… en vocal

Alexa+ ne se contente plus d’être un gadget sympa dans le salon. Elle est en train de devenir une porte d’entrée privilégiée vers une grande partie de notre consommation quotidienne de services. Le mouvement est lancé, il est puissant, et il est très difficilement réversible.

La vraie question n’est plus de savoir si nous allons déléguer toujours plus de tâches à nos assistants IA, mais dans quelles proportions et avec quelles garde-fous.

En attendant, une chose est sûre : la prochaine fois que vous direz « Alexa, trouve-moi… », vous ne parlerez plus jamais à une simple enceinte connectée. Vous parlerez à votre futur concierge personnel, capable de gérer une partie grandissante de votre vie quotidienne.

Bienvenue dans le monde d’après 2026.

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Steven Soarez
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