Imaginez-vous en fin d’année 2025, vous ouvrez votre application préférée de nouvelles technologiques et là… bam : deux acteurs majeurs du secteur de la mobilité électrique et autonome viennent de déposer le bilan presque simultanément. Un choc. Une douche froide pour toute une industrie qui semblait invincible il y a encore quelques mois.

Rad Power Bikes, le leader incontesté des vélos électriques accessibles, et Luminar, l’un des noms les plus en vue dans le monde du lidar, ont tous deux choisi la protection du Chapter 11. Deux univers différents, un même constat brutal : même les plus prometteurs peuvent vaciller lorsque les vents deviennent contraires.

Quand la mobilité innovante rencontre la réalité économique

2025 aura été une année charnière. Après des années d’euphorie post-Covid où les fonds pleuvaient sur tout ce qui roulait, pédalait ou scannait l’environnement, la réalité a rattrapé les rêves les plus ambitieux. La hausse des taux d’intérêt, la normalisation des coûts d’approvisionnement et surtout l’exigence croissante des investisseurs pour de la rentabilité réelle ont transformé le paysage.

Dans ce contexte impitoyable, deux histoires particulièrement emblématiques ont marqué les esprits : celle de Rad Power Bikes et celle de Luminar. Deux entreprises que tout semblait opposer… et qui pourtant ont connu le même sort presque au même moment.

Rad Power Bikes : la fin d’un rêve accessible

Quand on demandait aux Américains quel était le vélo électrique qu’ils connaissaient le mieux, la réponse était quasi-unanime pendant plusieurs années : Rad Power Bikes. La marque de Seattle avait su démocratiser le vélo à assistance électrique avec des produits robustes, abordables et surtout vendus directement aux consommateurs.

Mais derrière cette belle vitrine se cachait une mécanique fragile. Rad Power a énormément investi dans ses infrastructures, ses stocks et son marketing. Lorsque la demande a ralenti en 2024-2025 et que les marges se sont effritées, l’entreprise s’est retrouvée coincée avec une trésorerie qui fondait à vue d’œil.

« Nous allons continuer à opérer normalement pendant la procédure, tout en recherchant activement un acheteur dans les 45 à 60 prochains jours. »

Porte-parole de Rad Power Bikes

Ce message, aussi rassurant soit-il, cache une réalité très dure : l’entreprise emblématique du vélo électrique grand public est à vendre. Et pour l’instant, aucun sauveur évident ne s’est manifesté publiquement.

Luminar : quand un contrat stratégique devient un piège mortel

De l’autre côté du spectre technologique, on trouve Luminar, la pépite du lidar qui devait révolutionner la voiture autonome. Pendant plusieurs années, la société a été portée aux nues par les investisseurs, notamment grâce à son contrat majeur avec Volvo pour équiper les futures générations de véhicules autonomes.

Mais ce qui devait être la plus grande force de Luminar s’est transformé en son talon d’Achille. Les retards, les modifications techniques exigées, les tensions contractuelles et finalement une véritable guerre juridique avec Volvo ont asphyxié la trésorerie de l’entreprise.

Aujourd’hui, Luminar est en procédure de Chapter 11 avec un objectif clair : vendre ses actifs. Une partie de l’entreprise (la branche semi-conducteurs) a déjà trouvé preneur. Pour le reste, l’avenir reste très incertain.

Les grandes leçons à retenir de ces deux dépôts de bilan

  • La course à la croissance à tout prix peut être fatale quand les marchés se retournent
  • La dépendance excessive à un seul gros client (ou un seul type de produit) constitue un risque majeur
  • Les marges faibles dans un environnement de coûts élevés sont difficilement soutenables à long terme
  • Le timing compte énormément : arriver trop tôt sur un marché peut être aussi dangereux qu’arriver trop tard
  • La diversification des sources de revenus est plus cruciale que jamais

Ces cinq points, aussi simples soient-ils, expliquent une grande partie des difficultés rencontrées en 2025 par de nombreuses scale-ups de la mobilité.

Et pourtant… l’année 2025 n’a pas été que synonyme d’échecs

Malgré ces deux claques retentissantes, le secteur de la mobilité a continué d’avancer à grands pas. Le vrai tournant de 2025, c’est sans conteste l’émergence concrète du robotaxi dans plusieurs grandes villes américaines.

Waymo a considérablement accéléré son déploiement, passant d’expérimentations limitées à une véritable offre commerciale dans plusieurs métropoles. Tesla a également sorti les premiers véhicules de son service robotaxi (même si la flotte reste modeste pour l’instant). Zoox, de son côté, continue sa progression discrète mais régulière.

2026 s’annonce comme l’année où ces trois acteurs (et peut-être d’autres) vont vraiment s’affronter sur les mêmes territoires. La concurrence va devenir féroce, et les questions de sécurité, d’assurance et d’acceptation sociale vont passer au premier plan.

Le cas Ford : quand même les géants historiques pivotent… à nouveau

Autre symbole fort de cette année charnière : l’annonce par Ford de l’arrêt de la production du F-150 Lightning dans sa version 100 % électrique. Le pick-up électrique le plus vendu aux États-Unis ne sera plus fabriqué… du moins pas dans sa forme actuelle.

À la place, le constructeur mise désormais sur une version extended range (hybride rechargeable avec générateur thermique) promettant plus de 700 miles d’autonomie totale. Ford explique aussi vouloir se positionner sur le marché du stockage d’énergie stationnaire. Décidément, les grands constructeurs historiques n’ont pas fini de chercher leur modèle économique dans l’ère de l’électrification.

Les lueurs d’espoir pour 2026

Malgré ces secousses, plusieurs signaux restent très positifs pour l’avenir proche de la mobilité :

  • Rivian s’apprête à lancer le R2, un SUV électrique plus compact et surtout plus abordable
  • Slate Auto (soutenue notamment par Jeff Bezos) affiche déjà plus de 150 000 réservations pour son petit pick-up électrique à bas coût attendu fin 2026
  • Les technologies d’assistance à la conduite progressent rapidement (Rivian vient de déployer le « Universal Hands-Free » sur 5,6 millions de km de routes)
  • L’intelligence artificielle s’invite de plus en plus dans les processus industriels automobiles

Tous ces éléments montrent que, malgré les faillites spectaculaires, l’innovation continue de bouillonner dans le secteur.

Vers une année 2026 sous le signe de la maturité ?

Si 2025 a été l’année des prises de conscience brutales, 2026 pourrait bien être celle de la maturité. Les acteurs qui auront survécu à cette période de consolidation auront appris leurs leçons : moins de croissance à tout prix, plus de rentabilité, une meilleure maîtrise des risques clients et fournisseurs, et surtout une capacité à s’adapter très rapidement aux évolutions du marché.

Le robotaxi va sortir de sa phase expérimentale pour devenir un vrai sujet de société. Les constructeurs historiques vont continuer à naviguer entre électrique pur, hybride et thermique. Et les nouveaux entrants (Slate, Rivian, etc.) vont tenter de prouver qu’ils peuvent réellement démocratiser la mobilité électrique.

Une chose est sûre : les prochaines années seront passionnantes à observer. Les échecs de 2025 ne sont pas la fin de l’histoire, mais plutôt un douloureux mais nécessaire chapitre de transition vers une mobilité plus mature, plus réaliste… et peut-être enfin rentable.

Et vous, comment voyez-vous l’évolution du secteur en 2026 ? Quelles entreprises pensez-vous capables de tirer leur épingle du jeu dans ce nouvel environnement beaucoup plus exigeant ?

Les réponses dans quelques mois seulement…

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Steven Soarez
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