Imaginez un monde où l’intelligence artificielle avance à une vitesse fulgurante, mais où chaque État américain impose ses propres règles. Pour certains, c’est un frein mortel à l’innovation. Pour d’autres, c’est la seule façon de protéger les citoyens. Au cœur de cette tempête, Donald Trump annonce qu’il va trancher d’un coup de plume présidentiel.

Le 8 décembre 2025, le président américain a créé la surprise en déclarant vouloir signer un décret exécutif pour imposer une règle unique nationale en matière d’IA. Une décision qui défie directement les initiatives des États et suscite une opposition rare, transcendant les clivages partisans.

Une règle unique pour dominer l’IA mondiale

Le message est clair et sans ambiguïté. Trump veut éviter ce qu’il appelle un « patchwork » réglementaire qui, selon lui, menace la suprématie américaine dans la course à l’intelligence artificielle.

Dans une série de publications sur les réseaux sociaux, il explique que les entreprises ne peuvent pas se permettre d’obtenir « 50 approbations » différentes pour chaque projet. L’idée centrale : une seule règle fédérale pour accélérer le développement et maintenir l’avance des États-Unis face à la Chine.

Il doit y avoir un seul livre de règles si nous voulons continuer à mener la course à l’IA.

Donald Trump, Président des États-Unis

Cette position n’est pas isolée. Elle fait écho aux arguments avancés depuis longtemps par les géants de la Silicon Valley et certains investisseurs influents.

Les arguments des partisans d’une régulation fédérale exclusive

Les défenseurs de cette approche mettent en avant plusieurs points cruciaux pour l’écosystème technologique américain.

  • Une cohérence nationale qui facilite les investissements massifs nécessaires au développement de l’IA de pointe.
  • Éviter la fragmentation qui pourrait pousser les entreprises à délocaliser certaines activités.
  • Maintenir la compétitivité face aux grands rivaux géopolitiques qui adoptent des stratégies centralisées.
  • Réduire les coûts de conformité pour les startups et les scale-ups du secteur.

Des figures comme David Sacks, nommé « tsar de l’IA » à la Maison Blanche, ou Greg Brockman d’OpenAI, portent cette vision depuis des mois. Ils estiment que la multiplicité des règles étatiques crée une incertitude juridique nuisible à l’innovation rapide.

Le décret envisagé irait même plus loin en créant une task force dédiée aux litiges contre les lois étatiques jugées trop contraignantes.

Pourquoi les États veulent garder la main

De l’autre côté, les initiatives locales se multiplient précisément parce que le niveau fédéral tarde à agir sur les risques concrets posés par l’IA.

La Californie, le Tennessee, New York… De nombreux États ont déjà voté ou préparent des textes spécifiques. Certains protègent les artistes contre les deepfakes, d’autres imposent des obligations de transparence aux systèmes d’IA à haut risque.

  • Le SB 53 californien vise la sécurité et la transparence des modèles d’IA avancés.
  • L’ELVIS Act du Tennessee défend les droits des musiciens face aux clones vocaux générés par IA.
  • La RAISE Act à New York cherche à encadrer les usages responsables.

Ces lois répondent à des préoccupations bien réelles : suicides liés à des interactions prolongées avec des chatbots, émergence de cas de « psychose IA », ou encore utilisation abusive des deepfakes en politique et dans la vie privée.

Noël arrive tôt pour les milliardaires de l’IA qui obtiennent exactement ce qu’ils veulent de la Maison Blanche.

Alex Bores, Assemblée de New York

Une opposition bipartisane rare

Ce qui rend cette affaire particulièrement remarquable, c’est l’ampleur de la résistance, y compris dans le camp républicain.

Des figures conservatrices influentes se sont élevées contre l’idée de priver les États de leur pouvoir réglementaire.

Marjorie Taylor Greene a défendu le principe du fédéralisme. Ron DeSantis, gouverneur de Floride, a fermement rejeté toute idée de moratoire qui empêcherait son État de protéger ses citoyens. Même Marco Rubio a conseillé au président de laisser les États gérer cette question.

  • Rejet presque unanime (99-1) d’une proposition similaire au Sénat plus tôt dans l’année.
  • Lettre ouverte signée par plus de 200 législateurs étatiques opposés à la préemption fédérale.
  • Coalition de plus de 35 procureurs généraux mettant en garde contre les « conséquences désastreuses ».

Cette unité transpartisane illustre à quel point la question touche à des principes constitutionnels profonds.

Les implications pour les startups et l’innovation

Pour les entrepreneurs du secteur tech, cette bataille réglementaire n’est pas abstraite. Elle conditionne directement leur environnement opérationnel.

D’un côté, une règle unique nationale pourrait simplifier considérablement la mise sur le marché de nouveaux produits IA. Plus besoin d’adapter chaque fonctionnalité aux spécificités de tel ou tel État.

De l’autre, l’absence de garde-fous locaux pourrait exposer les jeunes entreprises à des risques réputationnels majeurs en cas d’incident grave impliquant leur technologie.

Les startups spécialisées dans l’IA éthique ou la sécurité pourraient même voir leur modèle économique menacé si les exigences minimales disparaissent au niveau local.

Le rôle croissant du lobbying tech

Derrière cette offensive réglementaire, on retrouve l’influence grandissante des acteurs de la Silicon Valley sur la politique américaine.

Le lobbying technologique a rarement été aussi puissant. La nomination de David Sacks à un poste clé illustre cette proximité entre les intérêts privés et la décision publique.

Le décret prévoirait même de donner à ce dernier une influence directe sur la politique IA, court-circuitant les instances traditionnelles comme l’Office of Science and Technology Policy.

Vers une bataille juridique inévitable

Si le décret est signé, comme annoncé, il ouvrira presque certainement une série de contentieux devant les tribunaux fédéraux.

La task force envisagée aurait précisément pour mission d’attaquer en justice les lois étatiques considérées comme excessives. Les agences fédérales seraient invitées à identifier ces textes « lourds ».

Mais la question de la constitutionnalité d’une telle préemption reste entière. Les États disposent traditionnellement de larges pouvoirs de police dans de nombreux domaines touchant à la santé publique et à la protection des consommateurs.

AspectPosition fédérale centraliséePosition États décentralisée
Vitesse d’innovationAccéléréePotentiellement freinée
Protection citoyensStandard national minimalAdaptée aux besoins locaux
Compétitivité internationaleFavoriséeRisque de fragmentation
Responsabilité entreprisesClarté nationaleComplexité juridique

Les risques réels que veulent contrer les États

Il ne s’agit pas de craintes théoriques. Des incidents graves ont déjà été documentés.

Plusieurs cas de suicides ont été liés à des interactions prolongées et malsaines avec des chatbots IA. Des psychologues rapportent une augmentation de troubles qualifiés de « psychose IA » chez certains utilisateurs intensifs.

Les deepfakes ont déjà été utilisés pour diffuser de fausses informations politiques ou pour harceler des individus. Sans régulation adaptée, ces phénomènes risquent de s’amplifier.

Une évolution qui dépasse les frontières américaines

Ce débat américain trouve des échos partout dans le monde. L’Union européenne a choisi une approche centralisée avec son AI Act. La Chine impose un contrôle strict et unifié.

Les États-Unis, avec leur tradition fédéraliste, se trouvent à la croisée des chemins. La décision qui sera prise ces prochaines semaines pourrait influencer durablement la manière dont l’IA se développe globalement.

Pour les entrepreneurs français et européens observant cette situation, elle rappelle l’importance de trouver le bon équilibre entre innovation et protection sociétale.

Conclusion : un moment décisif pour l’avenir de l’IA

Le décret annoncé par Donald Trump marque un tournant potentiel dans la gouvernance de l’intelligence artificielle aux États-Unis.

Entre la volonté de préserver un leadership technologique incontesté et la nécessité de protéger les citoyens des risques émergents, le choix n’est pas simple.

Ce qui est certain, c’est que les prochaines semaines seront déterminantes. Elles façonneront non seulement le paysage réglementaire américain, mais aussi l’environnement dans lequel évolueront les startups IA du monde entier.

Restera à voir si cette tentative de centralisation réussira à surmonter les résistances ou si le modèle fédéraliste américain prévaudra une fois de plus dans ce domaine crucial pour l’avenir.

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.