Imaginez un instant : vous êtes assis autour d’une table ronde, face à un fondateur qui a levé des dizaines de millions, un investisseur qui a vu des centaines de pitches, et un opérateur qui a transformé un pilote IA en produit utilisé par des milliers d’entreprises. Pas de scène surélevée, pas de micro qui s’étouffe, juste des questions directes et des réponses sans filtre. C’est exactement ce que promettent les tables rondes interactives de TechCrunch Disrupt 2026. Du 13 au 15 octobre prochain, Moscone West à San Francisco va accueillir plus de 10 000 fondateurs, investisseurs et leaders technologiques. Et au milieu de tout ce tumulte, ces sessions en petit comité risquent bien d’être les moments les plus précieux de l’événement.

Pourquoi Les Tables Rondes De Disrupt Changent La Donne

Les conférences tech classiques ont un problème récurrent. On écoute, on applaudit, on repart avec quelques notes, et on se retrouve le lendemain face aux mêmes interrogations qu’avant. Les roundtables de Disrupt fonctionnent autrement. Ici, on ne regarde pas un expert depuis le fond d’une salle. On s’assoit avec lui. On pose ses vraies questions. On confronte son expérience à celle d’autres participants qui traversent exactement les mêmes obstacles. C’est un format qui force la conversation utile plutôt que le monologue inspirant.

Cette année, les sessions s’étalent sur deux espaces dédiés tout au long de l’événement. Le programme est dense, varié, et surtout ancré dans les sujets qui brûlent vraiment en 2026 : l’IA physique, la modernisation des industries héritées, le fundraising dans un monde saturé de capital, la place des modèles open-weight, ou encore la façon dont les entreprises traditionnelles adoptent (ou rejettent) les agents intelligents. Autant de thèmes qui touchent directement ceux qui construisent, financent ou dirigent des startups.

L’IA Physique Au Cœur Des Discussions

Si l’année dernière tournait encore beaucoup autour des grands modèles de langage, 2026 marque un basculement clair. Plusieurs tables rondes se concentrent sur ce qu’on appelle désormais la physical AI, c’est-à-dire l’intelligence artificielle ancrée dans le monde réel : robots, systèmes autonomes, construction, énergie, infrastructure. Ce n’est plus seulement une question de code. C’est une question de données messies, d’edge cases, de pipelines fiables et de confiance client.

Radha Basu, fondatrice et CEO d’iMerit, anime une session intitulée « Arm Wrestling Your Data: The Physical AI Challenge ». Elle y explore les défis concrets derrière les données multimodales et les cas limites qui font échouer tant de projets de robotique. Jackson Feder, de MetaProp, complète cette vision avec « Atoms vs. bits », en s’intéressant à la manière dont l’IA s’installe dans la construction, l’immobilier et l’énergie. Enfin, Logan Farrell de Rugged Robotics et Austin Yount de Brick & Mortar Ventures vont plus loin dans « Beyond the Demo ». Leur message est clair : un beau prototype ne suffit plus. Il faut de la fiabilité, de l’intégration dans les workflows existants et un retour sur investissement mesurable avant que les clients ne s’engagent réellement.

Un grand demo de robotique n’est pas la même chose qu’un produit utile. La confiance et le ROI doivent être au rendez-vous avant toute adoption à grande échelle.

Logan Farrell et Austin Yount

Ces échanges arrivent à un moment charnière. Les investisseurs et les fondateurs commencent à distinguer les projets qui restent jolis en vidéo de ceux qui tiennent réellement sur le terrain. La physical AI n’est plus un sujet de science-fiction. C’est un champ de bataille où les données, la robustesse et l’intégration décident qui survivra.

Enterprise Software Sous Le Feu De L’IA

Une autre question revient avec insistance : le SaaS traditionnel est-il en train de mourir ? Rajeev Singh, CEO de Smartsheet, propose une réponse nuancée dans sa table ronde « Is SaaS Dead? AI Is Exposing What Enterprise Software Got Wrong ». Selon lui, l’IA ne remplace pas nécessairement le logiciel d’entreprise. Elle révèle surtout la fragmentation et le manque d’orchestration qui minent encore trop de solutions. L’avenir appartiendrait à ceux capables d’apporter du contexte organisationnel et de l’intelligence transversale aux workflows.

Dans la même veine, Dr. Maha Achour de Kodamai et Pankaj Kedia de 2468 Ventures s’attaquent au problème récurrent des projets IA qui restent coincés en phase pilote. Leur session « From Pilot to Production at Scale » s’intéresse à ce qu’il faut réellement pour faire passer des systèmes agentiques en production de confiance, vérifiables et scalables. Ankita Mehta, de Databricks, prolonge la réflexion côté GTM et opérations avec « Agentic AI in the Enterprise ». Tout le monde veut des agents. Mais tous les processus n’en ont pas besoin. Savoir trier le signal du bruit devient une compétence critique.

Naren Krishna de Balerion et Travis Skelly de Pruven Capital vont encore plus loin avec un titre provocateur : « AI-Native Won’t Work for the Enterprise ». Leur thèse est que les grandes entreprises veulent de l’IA sans tout jeter par terre. Les couches d’agents intelligents qui s’interfacent avec les systèmes existants pourraient donc représenter une opportunité plus immédiate que le remplacement pur et simple des logiciels de référence.

Fundraising : Les Vraies Règles Du Jeu En 2026

Lever des fonds reste le nerf de la guerre pour la plupart des startups. Plusieurs tables rondes s’attaquent frontalement à ce sujet, avec un niveau de pragmatisme bienvenu. Alex Li, partner chez MVP Ventures, anime « Beyond the Term Sheet ». Il ne se contente pas de parler de pitch. Il détaille comment choisir les bons investisseurs, sécuriser les introductions, gérer un process compétitif et construire une table de capitalisation qui n’handicape pas les tours suivants.

Aditi Maliwal, general partner chez Upfront Ventures, propose quant à elle de regarder le processus depuis l’intérieur de la tête de celui qui écrit le chèque. « How to Land Your First Institutional Check » s’intéresse aux signaux que les fondateurs envoient avant même d’avoir du traction, à la façon de raconter son histoire, et aux erreurs qui tuent un investissement avant même qu’il n’ait commencé. Itamar Novick de Recursive Ventures et Brian Sparkes complètent le tableau avec une session sponsorisée sur le premier tour VC : quand commencer, comment construire une narrative investisseur, et comment maintenir le momentum jusqu’à la signature.

Neil Sequeira, de Defy.vc, apporte une nuance importante dans « Doing More With Less ». Plus de capital n’est pas toujours mieux. La sur-financement, la dilution excessive et le désalignement des attentes peuvent créer des problèmes plus graves que le manque d’argent. Dans un environnement où certains secteurs voient affluer des sommes colossales, savoir lever juste assez pour exécuter devient un art.

Les Secteurs Qui Bougent Vraiment

Au-delà de l’IA pure et du fundraising, plusieurs sessions s’intéressent à des verticales concrètes. Rob Biederman d’Asymmetric Capital Partners explore « AI’s Next Frontier: Modernizing Legacy Industries ». Selon lui, certaines des plus grandes opportunités se trouvent précisément hors des secteurs tech traditionnels, là où les workflows sont encore archaïques et les besoins mal desservis.

Brian Butler, de Questa Capital, s’intéresse au cas fascinant de la santé. « Healthcare Took 40 Years to Adopt EHRs, Then Adopted Generative AI in Three » pose une question simple : pourquoi cette accélération, et que reste-t-il comme obstacles pour les fondateurs qui veulent construire durablement dans ce secteur ? Srishti Chaudhary, de Walmart eCommerce, propose de son côté une lecture de l’évolution du commerce : on passe de la compréhension des termes de recherche à celle de l’intention. L’ère des agents shopping change potentiellement qui détient vraiment la relation client.

Enfin, une session encore à confirmer s’attaque à la révolution quantique pour les investisseurs. L’objectif est de donner des clés concrètes pour distinguer le progrès réel du bruit médiatique, un exercice devenu indispensable dans un domaine où la hype est particulièrement forte.

Décisions De Fondateurs Et Moments Critiques

Certaines tables rondes s’éloignent volontairement de la pure technologie pour s’intéresser aux décisions humaines. Cassie Kozyrkov, ancienne Chief Decision Scientist de Google et fondatrice de Kozyr, anime « The Founder Playbook ». Le format est interactif : les participants sont invités à apporter un vrai défi business. La discussion porte sur la manière de mieux décider, sur ce que l’IA peut réellement apporter, et sur les zones où le jugement humain reste irremplaçable.

Cal Amir, de Introduction Lab, s’attaque à un sujet souvent négligé : les introductions. Dans un monde saturé d’IA et de messages automatisés, les soixante premières secondes avec un investisseur, un client ou un futur collaborateur comptent plus que jamais. Savoir se faire remarquer sans lancer immédiatement un pitch devient une compétence stratégique.

Stephen Ward, de Brightmind Partners, choisit quant à lui la transparence totale avec « Brutal Truth: 12 Critical Mistakes That Nearly Derailed My CISO Career ». Il revient sur les erreurs qu’il a lui-même commises, de la prise de risques insoutenables à une maturité organisationnelle mal calibrée. Ce type de retour d’expérience brut est précisément ce que les formats de tables rondes permettent mieux que les keynotes lissées.

Open-Weight, Capital Et Concentration

Mercedes Bent et Vanessa Larco, de Premise, animent une discussion sur les modèles open-weight et le nouveau stack IA. Leur session explore les arbitrages entre coût, sécurité, performance et contrôle. Pour beaucoup de startups, les modèles ouverts représentent une vraie opportunité de différenciation, à condition de bien comprendre où ils apportent un avantage réel.

Harrison Rolfes, de PitchBook, pose une question plus existentielle : « The $100 Billion Entry Fee: Can Anyone Still Compete in AI? ». Avec les montants extraordinaires qui affluent vers les laboratoires de frontière, le marché est-il déjà verrouillé ? La conversation s’intéresse à la véritable défensibilité et à ce que la concentration du capital implique pour les fondateurs et investisseurs situés en dehors des plus grands acteurs.

Au-Delà De La Sortie : Ce Qui Arrive Après Le Succès

Peu d’événements osent parler de ce qui se passe une fois que la startup a « réussi ». Vishal Kumar et Tushar Kumar, de Twin Peaks Wealth Advisors, animent une session sponsorisée intitulée « My Company Is a Rocket Ship. What Comes After the Landing? ». IPO, acquisition ou tender offer : ces moments créent un nouveau jeu de décisions autour de la fiscalité, du risque de concentration, des lockups et de la liquidité. Protéger ce que l’on a mis des années à construire devient alors un sujet aussi important que la croissance elle-même.

Marshall Egger, de Spacemilk, propose de son côté une approche plus opérationnelle avec « Grow Like a Founder, Think Like a CFO ». La croissance peut paraître excellente sur le papier tout en drainant silencieusement la trésorerie. Prévisions, stocks, conditions retail et cash-flow : autant de sujets concrets que les fondateurs doivent maîtriser pour ne pas perdre de vue le P&L.

Écosystèmes Et Territoires Émergents

Tout ne se joue pas uniquement dans la Silicon Valley traditionnelle. Une session sponsorisée par le New York Stock Exchange s’intéresse à la montée en puissance du hard tech en Californie du Sud, et particulièrement à El Segundo. Kevin Hawkins et Drew Boyles explorent pourquoi cette ville attire autant de startups dans le spatial, la défense et le hard tech, et comment un territoire peut créer un environnement favorable à ces entreprises.

De son côté, UC Berkeley SCET propose « Berkeley Connect », une immersion dans ce qui est souvent présenté comme l’un des écosystèmes startup les plus dynamiques au monde. Des fondateurs issus de cet environnement et des représentants de l’université y partagent leur vision de l’entrepreneuriat et les façons pour les investisseurs et les entreprises de s’y connecter.

Comment Tirer Le Maximum De Ces Sessions

Participer à une table ronde n’est pas un exercice passif. Ceux qui en sortent avec le plus de valeur arrivent généralement préparés. Ils ont identifié les deux ou trois questions précises qu’ils veulent poser. Ils écoutent autant qu’ils parlent. Et ils notent non seulement les réponses des speakers, mais aussi les remarques des autres participants autour de la table, souvent tout aussi riches.

Le format privilégie les groupes restreints, ce qui permet des échanges plus profonds. C’est aussi un terrain fertile pour les connexions. On se retrouve naturellement à discuter après la session avec quelqu’un qui partage exactement le même problème, ou avec un investisseur qui a entendu votre question et a envie d’en savoir plus. Ces moments informels sont souvent aussi importants que le contenu officiel.

Pour ceux qui hésitent encore à se déplacer, il faut garder en tête que Disrupt n’est pas seulement une conférence. C’est un concentré de l’écosystème startup mondial pendant trois jours. Les tables rondes en sont la version la plus interactive et, pour beaucoup, la plus rentable en termes de temps investi.

Un Programme Qui Reflète L’Époque

En parcourant l’ensemble des sessions, on voit clairement se dessiner les préoccupations de 2026. L’IA n’est plus un sujet abstrait ou purement génératif. Elle s’incarne dans le physique, dans l’entreprise, dans les industries traditionnelles et dans les décisions de financement. Les fondateurs cherchent moins de vision lointaine que de pragmatisme opérationnel. Les investisseurs veulent distinguer le signal du bruit. Et tout le monde s’interroge sur la manière de construire durablement dans un environnement où le capital est abondant dans certains secteurs et rare dans d’autres.

Les sessions sur les données spécialisées, les modèles open-weight, les agents en production ou encore la modernisation des industries héritées montrent que le marché maturit. On est passé de l’émerveillement face aux capacités des modèles à la question beaucoup plus terre-à-terre de savoir comment les rendre utiles, fiables et rentables.

James Joaquin, d’Obvious Ventures, résume peut-être le mieux cet état d’esprit dans sa session « I Built Before the Internet. AI Is Different ». Ayant traversé plusieurs cycles technologiques, il estime que l’IA représente quelque chose de fondamentalement distinct. Pour les fondateurs, cela implique d’opérer dans un monde où l’innovation avance plus vite que les cycles de planification traditionnels. Adapter sa façon de décider devient alors aussi important que le produit lui-même.

Préparer Sa Venue À Moscone West

TechCrunch Disrupt 2026 se tient du 13 au 15 octobre à Moscone West, à San Francisco. Les organisateurs mettent actuellement en avant une réduction allant jusqu’à 100 dollars sur le pass, ainsi qu’une offre de 50 % sur un second billet. Pour ceux qui viennent en duo, que ce soit un cofondateur, un partner ou un collègue, l’opportunité de couvrir davantage de sessions et de maximiser les rencontres est réelle.

Le programme des tables rondes n’est qu’une partie de l’expérience globale. Mais c’est souvent celle qui laisse les souvenirs les plus concrets. On y ressort avec des idées actionnables, des contacts qualifiés et parfois une nouvelle façon de voir un problème que l’on traînait depuis des mois. Dans un calendrier tech saturé d’événements, ce type de format justifie pleinement le déplacement.

Que vous soyez en train de construire une startup IA, de lever votre premier tour institutionnel, de moderniser une industrie traditionnelle ou simplement de comprendre où le marché se dirige réellement, les discussions qui se tiendront autour de ces tables risquent fort d’être parmi les plus utiles de l’année. Il ne reste plus qu’à choisir ses sessions, préparer ses questions, et se laisser surprendre par la qualité des échanges.

Dans un monde où l’information circule à toute vitesse et où les tendances se succèdent plus vite qu’on ne peut les analyser, prendre le temps de s’asseoir avec ceux qui construisent réellement l’avenir reste l’un des meilleurs investissements possibles. Disrupt 2026 offre précisément cette opportunité, à condition de savoir où regarder. Et cette année, le regard se tourne résolument vers les tables rondes.