Imaginez un responsable technologique de la Marine des États-Unis qui, en plein entretien, reçoit l’ordre de prendre un avion dans soixante-quinze minutes, sans destination, sans durée, sans valise vraiment préparée. Ce n’est pas une scène de série. C’est Justin Fanelli, chief technology officer du Department of the Navy, en train de parler d’achats, de startups et de signaux envoyés aux fonds d’investissement. Derrière l’anecdote, une question plus sèche s’impose : que veut vraiment acheter la flotte américaine dans les prochaines années, et quelles jeunes pousses ont déjà une place à table ?
Ce Que La Marine Veut Vraiment Acheter
Depuis trois ans et demi, Fanelli répète qu’il faut sortir du « gouvernement de grand-père ». Traduction : moins de spaghetti administratif, plus d’entonnoir. Les entreprises qui livrent un résultat mesurable sont tirées vers des services d’entreprise, pas vers une énième expérimentation oubliée au fond d’un hangar. L’an dernier, une première liste de priorités avait déjà bougé les lignes chez les investisseurs. Cette année, le document a été relu par quelques venture capitalists, volontairement non nommés, avant publication. Le message n’est pas un budget voté. C’est un demand signal : voilà où l’argent ira si le produit existe au bon stade de maturité.
Le volume global donne le vertige. Environ 150 milliards de dollars de dépenses annuelles, tous canaux confondus. Attention au piège sémantique : ce n’est pas de l’equity. La prise de participation reste rare. Le modèle préféré s’appelle co-investissement au sens large. La Marine attend qu’un produit mûrisse avec du capital privé, puis elle achète. Elle ne veut plus financer elle-même le trou entre le seed et la série B. Conséquence directe : elle cible surtout des sociétés de série D à F. Le document de priorités existe précisément pour que les fonds privés comblent le début de chaîne.
Si nous ne faisons plus la recherche amont nous-mêmes, notre responsabilité est d’envoyer un signal plus net.
Justin Fanelli, CTO du Department of the Navy
Cinq Familles De Priorités, Pas Un Catalogue Figé
Le mémo conjoint, signé par le bureau de Fanelli et le Portfolio Acquisition Executive for Mission Systems, découpe le besoin en cinq blocs. Aucun n’est un engagement de financement. Aucun ne classe les programmes. Et le texte le dit noir sur blanc : les priorités bougeront selon l’urgence du moment. Lire cette liste comme une bible serait une erreur. La lire comme une carte pour décider où placer du capital aujourd’hui, en vue d’un contrat dans deux ou trois ans, correspond mieux à l’intention.
Premier bloc : l’IA appliquée. Il ne s’agit plus seulement de classer des images. On parle d’apprentissage automatique et, de plus en plus, de logiciels agentic capables de transformer un flux brut en décision. Fusion de capteurs, aide au ciblage, comportements autonomes, opérations cyber bâties sur du code plutôt que sur des boîtiers. La Marine veut des systèmes qui tiennent en mer, avec de la latence, du brouillage et des équipages qui n’ont pas le luxe d’une ferme de GPU à terre.
Deuxième bloc : les sciences de l’information quantique. Surprise pour qui imagine des frigos à qubits dans chaque destroyer. L’enjeu n’est pas de posséder le hardware quantique. L’enjeu est d’appliquer des techniques quantiques ou quasi quantiques à la navigation, aux liaisons sécurisées et à la cryptographie. Quand le GPS devient un luxe contesté, une autre boussole compte davantage qu’un record de qubits en laboratoire.
Troisième bloc : le réseau avancé. Déplacer des données de façon sûre quand le lien est dégradé, intermittent, parfois volontairement hostile. Un navire isolé, un partenaire de coalition dont l’architecture n’est pas la vôtre, un théâtre où le satellite clignote. Ici, la promesse commerciale des mesh, des protocoles résilients et du zero-trust n’est plus un slide. C’est une contrainte de survie opérationnelle.
Quatrième bloc : les opérations du spectre électromagnétique. Sentir le spectre, le gérer, s’y adapter au lieu de figer une configuration en usine. En zone contestée, le réglage d’hier est déjà une cible. Les startups qui savent faire du cognitif radio, de la détection agile et de la coordination multi-émetteurs sans mode d’emploi de trois cents pages ont une fenêtre.
Cinquième bloc : l’ingénierie numérique et l’interopérabilité. Moins glamour, plus décisif. API ouvertes, ingénierie système fondée sur les modèles, architecture zero-trust pour que deux systèmes de la flotte se parlent sans intégration sur mesure à chaque génération. C’est la plomberie. Sans elle, l’IA la plus brillante reste un îlot.
Des Achats Concrets, Pas Seulement Une Liste De Vœux
Fanelli ne s’est pas contenté de catégories. Il a cité des contrats récents, ce qui change la conversation. Un marché de 562 millions de dollars pour le MQ-25 Stingray, drone ravitailleur autonome destiné à allonger le rayon d’action des chasseurs catapultés depuis un porte-avions. Ce n’est plus du PowerPoint. C’est de l’autonomie qui touche le pont d’envol.
La Marine a aussi acheté du edge compute chez Armada : des conteneurs remplis de serveurs, pensés pour un navire ou un site isolé. L’image est presque trop simple, et c’est pour cela qu’elle marche. On n’attend plus le data center de Norfolk. On embarque la capacité.
Gecko Robotics a repris des inspections autrefois manuelles et dangereuses. Peu de résistance interne, raconte Fanelli, pour une raison humaine : presque personne ne voulait déjà de ce métier. Quand une startup retire un risque physique sans menacer un empire budgétaire, l’adoption accélère.
Domino Data Lab fait tourner désormais le pipeline d’apprentissage automatique de la Navy. Moins spectaculaire qu’un drone, plus structurant. Sans usine logicielle pour entraîner, déployer et gouverner les modèles, l’IA appliquée reste une collection de prototypes.
Le cas qu’il raconte avec le plus de plaisir concerne des caméras de bord. Un industriel de la défense promettait depuis des années. La flotte a basculé vers des capteurs commerciaux couplés au logiciel d’Applied Intuition. Résultat annoncé : environ quatre années gagnées, et un déploiement plus large que prévu. La leçon n’est pas « le commercial gagne toujours ». La leçon est « un délai chronique crée une ouverture pour qui livre vraiment ».
| Startup ou système | Rôle côté Marine | Pourquoi ça accroche |
| MQ-25 Stingray | Ravitaillement autonome | Étend les chasseurs embarqués |
| Armada | Edge compute en conteneur | Puissance hors base terrestre |
| Gecko Robotics | Inspection robotisée | Remplace un travail dangereux |
| Domino Data Lab | Pipeline de machine learning | Industrialise l’IA |
| Applied Intuition | Vision + logiciel navire | Court-circuite un retard majeur |
Comment On Achète Vraiment, Loin Du Mythe Du Comité Infini
Beaucoup d’entrepreneurs imaginent une pyramide d’approbations. Fanelli décrit autre chose : un source selection committee, un cercle restreint. L’objectif affiché est de rester sur le mérite, pas d’empiler les tampons. Cela ne signifie pas que l’entrée est simple. Cela signifie que le goulot n’est pas forcément celui qu’on croit. Le vrai filtre, expliqué l’an dernier et toujours d’actualité, n’est souvent pas technique. Il est budgétaire.
La Marine planifie sur des cycles longs. Un outil nouveau ne survit que s’il éteint une ligne déjà payée. Remplacer, pas empiler. Les fondateurs qui vendent « en plus de » se heurtent à un mur. Ceux qui montrent ce qui disparaît du budget existant parlent la langue interne. C’est moins romantique que l’innovation de rupture. C’est plus proche de la réalité d’une flotte qui a déjà trop de systèmes à maintenir.
Sur le détroit d’Ormuz, théâtre tendu cette année entre frappes sur tankers, navire saisi et cessez-le-feu fragiles, la question du déploiement commercial était inévitable. Fanelli a ralenti. Il ne sait pas toujours ce qui est classifié, parce qu’il parle d’ordinaire à des interlocuteurs habilités. Il a dit qu’il vérifierait. L’absence de détail n’est pas un vide journalistique. C’est le rappel que la wishlist publique n’est pas le journal de bord opérationnel.
Pourquoi Les Investisseurs Devraient Relire Cette Liste Deux Fois
Un fonds qui finance une startup défense sans regarder le stade visé par l’acheteur se trompe de client. Ici, le client dit clairement : série avancée, produit déjà solide, co-investissement plutôt que chèque de recherche fondamentale. Les laboratoires universitaires et les deep tech très amont restent utiles. Ils ne sont plus le centre de gravité de l’acte d’achat naval décrit par Fanelli.
Le document sert aussi de discipline interne. Quand les priorités sont écrites et partagées, un programme qui dérive vers un gadget hors liste devient plus difficile à justifier. Inversement, une jeune société alignée sur l’IA agentique en milieu dégradé, sur la navigation sans GPS, ou sur des API vraiment ouvertes, peut raconter une histoire d’adoption plus crédible qu’un pitch générique « dual use ».
- Vérifier si le produit remplace une dépense existante, pas seulement s’il impressionne.
- Mesurer la maturité réelle : démonstrateur versus service déployable en mer.
- Préparer l’interopérabilité dès le premier contrat, pas après la troisième version.
- Accepter que le signal évolue : urgence proche et besoin long terme coexistent.
- Ne pas confondre volume d’achat de 150 milliards et ticket d’equity.
Le mot funnel revient. Ce n’est pas un slogan marketing. C’est une tentative de réduire le nombre de portes d’entrée. Moins de portes, plus d’exigence à chacune. Pour une startup européenne qui rêve d’exporter, la leçon est double. D’un côté, le besoin est écrit en langage compréhensible. De l’autre, le rythme, les habilitations et la logique de substitution budgétaire restent américains. On n’improvise pas une présence navale US comme on lance une appli B2B.
IA Appliquée : Derrière Le Mot, Des Contraintes De Pont D’Envol
L’IA navale n’est pas l’IA de bureau. Un modèle qui hallucine une cible n’est pas une anecdote de chatbot. La fusion de capteurs doit tenir quand une partie des capteurs ment, quand le spectre est saturé, quand le lien vers le cloud se coupe. Les agents logiciels séduisent parce qu’ils promettent de réduire la charge cognitive. Ils effraient parce qu’une chaîne de décisions autonomes mal bornée crée un nouveau risque de commandement.
Les startups qui réussiront dans ce compartiment ne seront pas forcément celles au plus gros modèle. Ce seront celles qui savent comprimer, certifier, expliquer une recommandation à un officier pressé, et revenir en mode dégradé sans tout casser. Le cyber « software-defined » entre dans la même famille : moins de boîtiers magiques, plus de pipelines que l’on met à jour comme un logiciel, avec la discipline d’un système d’armes.
Domino Data Lab, déjà cité, illustre le besoin d’usine. Sans gouvernance des modèles, chaque unité invente sa recette. La Marine cherche l’inverse : une base commune, des variantes locales, une traçabilité. Les fondateurs qui négligent MLOps au profit d’une démo spectaculaire se préparent des déconvenues au moment du passage en service.
Quantique : Moins De Hardware Mythique, Plus D’Usages Discrets
Le grand public entend « quantique » et imagine une machine qui casse toute la cryptographie demain matin. Le texte naval est plus prosaïque. Navigation, communication sûre, crypto. Autrement dit : que faire quand les repères habituels sont brouillés, et comment protéger ce qui circule. Les approches quantum-adjacent ont leur chance précisément parce qu’elles n’exigent pas d’installer un laboratoire fragile sur un bâtiment qui tangué.
Pour un investisseur, le filtre devient concret. Est-ce que la société vend un composant dont la Marine n’a pas besoin de devenir propriétaire ? Est-ce que l’apport tient dans un algorithme, une horloge, un protocole, une couche de post-quantique déjà intégrable ? Le hardware pur reste un sujet industriel lourd, souvent plus proche des primes et des labos nationaux que d’une série C agile.
Réseaux Et Spectre : La Bataille Invisible Que Les Pitchs Oublient
Un navire n’est pas un campus avec de la fibre. Le réseau avancé, dans ce contexte, est une promesse de continuité. Chiffrement, priorité de flux, bascule automatique, interconnexion avec un allié dont les standards divergent. Les startups réseau qui ne pensent qu’au débit maximal ratent le brief. Ici, le débit utile en environnement pourri vaut plus que le record en laboratoire.
Le spectre, lui, est à la fois ressource et champ de bataille. Détecter, attribuer, se masquer, adapter la forme d’onde. Les configurations figées appartiennent à une époque où l’adversaire n’écoutait pas aussi bien. Une stack capable de se reconfigurer sans tout recalibrer à quai a plus de valeur qu’une radio « meilleure » dans un seul scénario de notice.
Ces deux blocs expliquent pourquoi l’interopérabilité n’est pas un chapitre administratif. Sans API et sans modèles d’architecture communs, chaque nouvelle radio ou chaque nouveau nœud mesh devient un projet d’intégration de dix-huit mois. La flotte n’a plus le temps de collectionner les exceptions.
Le Cas Applied Intuition Et La Leçon Du Délai Industriel
Remplacer un système caméra en retard de plusieurs années par du commercial plus un logiciel de perception, ce n’est pas seulement une victoire de calendrier. C’est un signal culturel. Quand un fournisseur historique glisse, la porte s’ouvre. Applied Intuition n’est pas née « navy first ». Elle apporte une stack déjà éprouvée dans d’autres mondes autonomes. Le transfert marche si le logiciel accepte les contraintes navales : sel, vibration, classification, maintenance par des marins, pas par une équipe de Silicon Valley embarquée en permanence.
Quatre ans de gagnés, davantage de bâtiments équipés. Ces deux métriques parlent aux opérationnels et aux contrôleurs. Une startup qui ne sait chiffrer que l’élégance de son réseau de neurones aura du mal. Celle qui chiffre le temps, le risque humain évité et la ligne budgétaire fermée parle au comité de sélection.
Armada, Gecko, Conteneurs Et Coques : Le Physicalisme Revient
On a trop raconté que la défense du XXIe siècle serait uniquement logicielle. Les achats cités rappellent le contraire. Des serveurs dans un conteneur, des robots qui grimpent et inspectent, un drone qui donne du carburant. Le bit compte. L’atome aussi. Armada vend une idée presque triviale et très difficile : de la compute dense, transportable, opérable loin des climatiseurs de campus.
Gecko Robotics touche un point sensible de toute marine : la corrosion, les soudures, les zones où envoyer un humain coûte cher en assurance et en moral. Peu de pushback, dit Fanelli, parce que personne ne se battait pour garder la tâche. Voilà un critère d’entrée sous-estimé. Identifiez les corvées que l’institution déteste déjà. Vous éviterez la guerre de territoire.
Ce Que Cette Wishlist Change Pour Une Startup Française Ou Européenne
Le document est américain. Les contraintes d’export, d’ITAR, de sécurité d’approvisionnement n’y sont pas un détail. Pourtant le fond technique — IA en milieu dégradé, navigation contestée, spectre, jumeaux numériques, zero-trust — parle aussi aux marines européennes. Un fondateur parisien ou toulousain peut s’en servir comme grille de lecture, pas comme sésame automatique vers un contrat US.
La stratégie la plus saine consiste souvent à devenir excellent chez soi ou chez un allié proche, avec un produit déjà substituable à une dépense existante, puis à viser le funnel américain une fois la série et la conformité au rendez-vous. Fanelli le dit autrement : la Navy n’a plus vocation à nourrir le gap early-stage. Les fonds européens qui veulent jouer ce jeu doivent accepter de porter plus longtemps le risque amont.
Autre point culturel. Le CTO raconte une institution qui tente de devenir plus lisible. Lisibilité n’égale pas douceur. Un comité restreint peut aller vite et dire non plus vite encore. Préparer un dossier sur le remplacement budgétaire, la maintenance en mer et l’ouverture des interfaces n’est pas optionnel. C’est le prix d’entrée du « nouveau » process.
Budget, Cycles Longs Et Pourquoi Tant De Preuves De Concept Meurent
L’échec le plus fréquent, selon les propos de l’an passé toujours pertinents, n’est pas un algorithme qui se plante. C’est un outil qui n’a pas de ligne pour vivre après la démonstration. Les cycles de planification navale avalent les nouveautés qui n’ont pas « tué » une ancienne dépense. D’où l’importance, dès le pitch, de nommer ce qui s’arrête : un contrat de maintenance, une équipe d’inspecteurs, une suite logicielle propriétaire trop lente.
Les 150 milliards impressionnent les titres. Ils diluent aussi l’attention. La part qui sort des canaux traditionnels vers des acteurs plus jeunes reste minoritaire. Le mouvement vers le co-investissement est décrit comme un inch, pas comme une révolution achevée. Les fondateurs qui attendent un basculement total des primes vers les scale-up se préparent une déception. Les fondateurs qui se positionnent en complément mesurable, parfois en remplaçant un sous-système précis, jouent un jeu plus réaliste.
Lire Le Mémo Comme Une Carte, Pas Comme Un Contrat
Le texte insiste : ce n’est pas une promesse de financement, ce n’est pas un classement de programmes, et cela changera. Cette phrase n’est pas un disclaimer juridique oubliable. C’est le mode d’emploi. Une startup qui fige sa roadmap sur une sous-puce actuelle de la liste sans garder de marge se retrouvera décalée au prochain choc géopolitique. Ormuz aujourd’hui, autre détroit demain. L’architecture doit plier.
Les cinq familles tiennent pourtant assez longtemps pour orienter du capital. IA qui décide, quantique utile sans théâtre hardware, réseau qui survit, spectre qui s’adapte, plomberie numérique qui évite le sur-mesure éternel. Autour de ces verbes, on peut construire une thèse d’investissement lisible pour un comité. Autour d’un slogan « on fait de la défense », on ne le peut pas.
Nous achetons surtout des sociétés de série D à F. Le trou plus tôt, nous voulons que le privé le porte.
Justin Fanelli
Portraits Rapides Des Noms Qui Sont Déjà Dans La Boucle
Armada incarne l’infrastructure déplaçable. Dans un monde où l’IA mange des watts et des racks, savoir poser la ferme près de la mission vaut un contrat. Gecko Robotics incarne le robot qui retire le danger quotidien, pas seulement le robot de combat qui fait les unes. Domino Data Lab incarne l’usine à modèles. Applied Intuition incarne le logiciel qui rattrape un industriel en retard. Quatre styles, une même morale : utilité immédiate plus que narration futuriste.
Le MQ-25 Stingray rappelle que l’autonomie navale n’est pas qu’un essaim de petits drones de reconnaissance. Ravitailler un chasseur change la carte. C’est de la logistique autonome, donc de la doctrine. Les startups qui ne pensent qu’au capteur oublient souvent que la flotte vit aussi de carburant, de pièces et de minutes gagnées entre deux catapultages.
Ce Qu’Il Faut Retenir Avant De Fermer L’Onglet
La Marine américaine a choisi de reparler aux investisseurs parce que le premier signal avait fonctionné. Elle assume de ne plus nourrir elle-même tout l’early stage. Elle montre des achats réels, pas seulement des familles de technologies. Elle décrit un comité plus petit qu’on ne le croit, et un tueur de projets plus banal que la technique : le budget qui n’éteint rien.
Pour qui construit ou finance, la checklist tient en quelques lignes denses. Produit assez mûr. Preuve qu’une dépense ancienne recule. Capacité à vivre en réseau pourri et en spectre hostile. Interfaces ouvertes. Histoire quantique ou IA qui sert la navigation et la décision, pas le communiqué. Acceptation que la liste bougera. Et, si l’on vise vraiment Washington, patience sur l’equity : le co-investissement décrit ici ressemble plus à un achat tardif qu’à un tour de table romantique.
Quant à Fanelli, il partait vers un avion sans destination connue, le soleil dans le dos, encore incertain de ce qu’il avait mis dans le sac. L’image colle à son institution mieux qu’un organigramme. Une flotte doit pouvoir bouger avant d’avoir toutes les réponses. Les startups qui comprennent cette phrase-là ont une longueur d’avance sur celles qui attendent le cahier des charges parfait.
Le reste appartient aux cycles budgétaires, aux crises de passage maritime et à la capacité du privé à financer ce que l’État ne veut plus prototyper trop tôt. La wishlist n’est pas un évangile. C’est une boussole. En mer contestée, une boussole imparfaite reste préférable à l’attente d’une carte définitive.