Imaginez un chantier qui s’arrête net parce qu’une canalisation inconnue surgit sous la pelle mécanique. Personne ne sait à qui elle appartient, ce qu’elle transporte, ni si on peut la toucher. Trois jours de course-poursuite administrative plus tard, la facture atteint soixante mille dollars. Ce n’est pas une fiction de bureau d’études. C’est précisément le déclic qui a poussé un ingénieur de Pacific Gas and Electric à quitter un poste stable pour bâtir ce qu’il appelle, non sans humour, un Google Maps de l’invisible.
Quand L’Invisible Sous Nos Pieds Devient Un Marché
Les villes modernes donnent l’illusion d’être parfaitement cartographiées. Satellites, cadastres, applications grand public : tout semble mesuré au centimètre près. Pourtant, dès que l’on creuse, le décor bascule. Les réseaux d’électricité, de gaz, d’eau, d’assainissement et de télécommunications n’appartiennent pas aux mêmes acteurs. Chacun détient sa propre mémoire, souvent fragmentée, parfois obsolète, rarement partagée en temps réel. Le résultat se compte chaque année en centaines de milliers d’incidents, en retards de travaux et en coûts publics qui s’accumulent sans bruit.
C’est dans cette zone grise que s’installe CivilGrid, fondée en 2020 par Josh Mackanic. L’entreprise ne promet pas un gadget spectaculaire. Elle promet de rassembler des données éparpillées — actifs de réseaux, propriété foncière, contraintes environnementales — et de les rendre lisibles pour ceux qui décident où poser une conduite, une ligne ou une fondation. Après plusieurs années de construction discrète, la société vient de lever 26 millions de dollars en Série A. Le tour est mené par Spark Capital, avec le concours d’Afore, A*, Ford Street Ventures, SNR et Energy Impact Partners, un fonds dont plusieurs énergéticiens sont commanditaires.
Le Chantier Qui A Tout Changé
Josh Mackanic a passé une décennie chez PG&E. Il n’avait pas rêvé de cette carrière. Enfant, il voulait envoyer des fusées dans l’espace. Étudiant, il a suivi un parcours de génie mécanique. Les utilities, se souvient-il, lui semblaient ennuyeuses. Le terrain a corrigé ce préjugé. Dans une entreprise aussi vaste, on ne voit que ses propres actifs. Les canalisations d’eau ou d’égouts relèvent d’autres opérateurs. Les plans ne parlent pas toujours entre eux. Un jour, un projet s’est arrêté parce qu’un tuyau inconnu traversait la zone d’excavation. L’équipe l’a vu à temps. Personne n’a été blessé. Mais il a fallu trois jours pour identifier le propriétaire, le contenu et les règles d’intervention.
J’avais un chantier stoppé parce qu’un tuyau se trouvait dans la fouille et que nous l’ignorions. Heureusement, nous l’avons vu avant de l’impacter.
Josh Mackanic, fondateur de CivilGrid
Cette anecdote n’est pas un détail biographique. Elle résume un échec systémique. Aux États-Unis, on estime autour de 200 000 le nombre de utility strikes chaque année : collisions involontaires avec un réseau enfoui. Certaines restent mineures. D’autres interrompent l’eau, le gaz ou l’électricité d’un quartier. Toutes coûtent du temps, de l’argent et de la confiance. Mackanic a compris que le problème ne se réglerait pas seulement de l’intérieur d’un opérateur, aussi puissant soit-il. Les équipes sont souvent maigres. Personne ne veut voir la facture énergétique augmenter pour financer une base de données interopérable. D’où le choix de partir, de construire depuis l’extérieur, puis de revendre l’outil à ceux-là mêmes qui vivent le chaos au quotidien, y compris son ancien employeur.
Ce Que Civilgrid Vend Vraiment
La formule marketing est volontairement familière. Un Google Maps pour ce qui se trouve sous terre. Derrière la punchline, le produit agrège des sources que les bureaux d’études passent encore des semaines à recouper à la main : emprise des réseaux, titres de propriété, zonages, règles environnementales, historiques de projets. L’interface vise les collectivités, les cabinets d’ingénierie civile et les utilities. L’enjeu n’est pas seulement d’afficher un trait coloré sur un plan. Il s’agit de donner, dès la phase amont, une photographie des contraintes pour éviter de concevoir un tracé impossible, trop cher ou trop risqué.
Une étude de cas menée avec PG&E illustre le propos chiffré. Sur environ 1 600 projets de distribution gazière planifiés, l’usage de la plateforme aurait permis d’identifier 60 millions de dollars de coûts de revêtement de chaussée potentiellement évitables. Autrement dit, mieux savoir où l’on va creuser, c’est aussi mieux savoir où l’on n’a pas besoin de casser, réparer puis recouvrir. Christine Cowsert, vice-présidente senior chez PG&E chargée de la modernisation technologique, a salué l’approche : planifier plus tôt, repérer les risques avant qu’ils n’explosent, construire plus efficacement sans relâcher l’exigence de sécurité.
Le fondateur insiste sur un point souvent négligé. Collecter n’est pas le plus dur, ou plutôt ce n’est pas le seul dur. Il faut classer, sécuriser, contractualiser. Les données d’infrastructure sont sensibles. Elles touchent à la sécurité publique, à la propriété intellectuelle des opérateurs, parfois à des enjeux de résilience nationale. Beaucoup d’acteurs avaient déjà l’idée d’une carte unifiée du sous-sol. Peu ont réussi à tisser les relations commerciales et juridiques qui rendent cette carte vendable. CivilGrid affirme avoir trouvé cette combinaison : technique suffisamment robuste, partenaires suffisamment nombreux, clients suffisamment solvables.
Pourquoi Lever 26 Millions Maintenant
Une Série A de cette taille, dans un secteur aussi peu glamour que les réseaux enterrés, en dit long. L’infrastructure américaine vieillit. La demande électrique grimpe, poussée par les data centers, la climatisation, les véhicules et la réindustrialisation partielle. Les États et les villes veulent accélérer, mais se heurtent à la même friction : on ne peut pas poser une nouvelle ligne si l’on ignore ce qui occupe déjà le sous-sol et quels permis il faudra obtenir. Les investisseurs de Spark Capital parient sur un logiciel qui s’insère au tout début de la chaîne de décision, là où un mauvais choix coûte le plus cher.
La présence d’Energy Impact Partners n’est pas anodine. Ce véhicule d’investissement compte des utilities parmi ses commanditaires. Pour Mackanic, c’est un signal interne à l’industrie : le marché ne considère plus l’outil comme un gadget de startup, mais comme une pièce possible de la modernisation opérationnelle. L’argent levé doit servir à élargir la base clients, densifier la couverture géographique des données et préparer la couche suivante du produit, celle qui ne se contente plus d’informer mais commence à recommander et à exécuter.
- Étendre la couverture au-delà des zones déjà cartographiées avec les premiers grands comptes.
- Recruter des profils capables de dialoguer à la fois avec des géomaticiens et des régulateurs locaux.
- Industrialiser l’intégration de sources hétérogènes sans exploser les coûts de traitement.
- Préparer des modules d’aide à la décision sur le tracé et le dépôt de permis.
Du Diagnostic Au Permis Automatisé
Aujourd’hui, CivilGrid se présente surtout comme un fournisseur de contexte. L’ingénieur ouvre l’outil, visualise les contraintes, décide. Demain, le fondateur imagine un basculement. Une fois les limites connues, proposer un tracé, lister les autorisations nécessaires, puis, si le client le souhaite, déposer les dossiers. Ce n’est plus de la cartographie. C’est de l’orchestration administrative. Aux États-Unis comme en Europe, le temps perdu dans les formalités pèse parfois plus lourd que le béton. Qui tiendra la main du projet de la première esquisse jusqu’au premier coup de pelle aura une position commerciale redoutable.
Une fois les contraintes livrées, il n’est pas si difficile de recommander où poser le tuyau, d’indiquer les permis requis, puis de les déposer.
Josh Mackanic
Cette ambition explique le positionnement « early stage of decision ». CivilGrid ne veut pas seulement accompagner le chantier déjà lancé. Il veut habiter le moment où l’on hésite encore entre deux rues, deux profondeurs, deux technologies. C’est là que se jouent les 60 millions de dollars d’enrobés évités. C’est aussi là que se nichent les risques politiques : un logiciel qui suggère un tracé peut être accusé d’orienter des choix publics. La gouvernance des recommandations, la traçabilité des sources et la possibilité de contester un scénario deviendront des sujets aussi importants que la précision géospatiale.
Le Sous-Sol, Angle Mort Des Cartes Grand Public
Les applications de navigation ont habitué le grand public à une terre plate, lisse, mise à jour en continu. Le sous-sol n’a jamais bénéficié de cette révolution. Les plans restent souvent analogiques, scannés, annotés à la main, stockés dans des silos municipaux. Certaines collectivités ont numérisé leurs archives. Peu ont réussi à les croiser avec celles des concessionnaires privés. Ajoutez les réseaux abandonnés, les branchements sauvages, les erreurs de report et les travaux non déclarés : la carte officielle et la réalité physique divergent. Chaque divergence est une chance d’accident.
En France, le dispositif anti-endommagement et les déclarations de travaux ont structuré une partie du problème. Le guichet unique, les classes de précision, les investigations complémentaires existent. Cela n’empêche pas les accrochages. Aux États-Unis, le patchwork réglementaire est plus éclaté d’un État à l’autre, d’une ville à l’autre. CivilGrid joue précisément sur cette hétérogénéité : plus les sources sont dispersées, plus un agrégateur a de la valeur. Le modèle économique ressemble à celui d’une couche d’intelligence posée sur un chaos documentaire que personne n’a le mandat de nettoyer seul.
| Dimension | Situation habituelle | Promesse de la plateforme |
| Visibilité | Chaque opérateur connaît surtout ses propres actifs | Vue consolidée multi-réseaux et contraintes foncières |
| Délai amont | Semaines de recoupement manuel | Contexte disponible dès les premières études |
| Coût caché | Arrêts de chantier, reprises de voirie, contentieux | Identification précoce des zones à éviter |
| Suite logique | Permis traités à part, souvent trop tard | Recommandation de tracé puis assistance au dépôt |
Sécurité Des Données Et Confiance Des Opérateurs
Cartographier le sous-sol, c’est aussi exposer des points sensibles. Un adversaire qui saurait précisément où passent les artères gazières ou électriques d’une métropole disposerait d’un mode d’emploi dangereux. Les utilities le savent. Elles ne livrent pas leurs jeux de données comme on ouvre une API publique. Toute startup du secteur doit donc convaincre deux fois : sur la qualité du produit, et sur l’architecture de confiance. Chiffrement, cloisonnement des accès, audits, clauses contractuelles, parfois même des déploiements qui ne quittent pas le périmètre du client.
Mackanic présente cette exigence comme la raison pour laquelle tant de tentatives ont échoué. L’idée n’était pas neuve. La capacité à collecter, trier et surtout sécuriser l’était. Sans cette couche, pas de partenariat durable. Sans partenariat, pas de densité de données. Sans densité, la carte reste un patchwork inutile. Le cercle vicieux se brise seulement lorsqu’un premier grand compte accepte de jouer le jeu et que d’autres suivent par mimétisme concurrentiel. Le témoignage public de PG&E joue exactement ce rôle d’effet de preuve.
Une Industrie Qui Travaille Maigre
Les utilities américaines sont souvent décrites comme des mastodontes. Sur le papier, oui. Dans les équipes projets, la réalité est plus sèche. Les budgets d’innovation interne se battent contre la maintenance, la conformité, les tempêtes et les exigences tarifaires. « Personne ne veut payer plus cher sa facture de gaz », résume le fondateur. Créer un produit transverse depuis l’intérieur aurait exigé d’aligner des directions qui n’ont pas le même compte de résultat. Partir à l’extérieur permet de vendre un service que plusieurs acteurs financent ensemble, chacun n’achetant que ce dont il a besoin.
Ce raisonnement « outside-in » n’est pas unique à CivilGrid. On le retrouve dans d’autres verticales réglementées : santé, défense, transport ferroviaire. L’insider identifie la douleur. L’outsider construit l’outil sans être prisonnier des silos. Le risque, bien sûr, est de perdre l’accès aux données. D’où l’importance des premiers contrats et du fonds lié aux énergéticiens. La légitimité ne se décrète pas dans un pitch. Elle se négocie dossier après dossier, réseau après réseau.
Ce Que Révèle Le Cas Pg&e
PG&E n’est pas un client anodin. L’entreprise a traversé des crises majeures, des incendies aux faillites, et se trouve sous pression permanente pour moderniser son réseau tout en maîtrisant les coûts. Qu’elle accepte de servir de référence à une startup fondée par un ancien salarié dit deux choses. Premièrement, le besoin opérationnel est réel, mesurable, et déjà chiffré. Deuxièmement, la culture interne a suffisamment bougé pour acheter à l’extérieur ce qu’elle n’arrive pas à unifier seule. Les 60 millions de dollars d’enrobés potentiellement évités ne sont pas une promesse marketing floue. C’est un argument que les directions financières comprennent immédiatement.
Il faut toutefois garder la tête froide. Une étude de cas n’est pas une généralisation nationale. Les économies dépendent de la densité urbaine, de l’état des archives, de la qualité des données d’entrée et de la discipline des équipes qui utilisent l’outil. Un logiciel mal alimenté produit de belles cartes fausses. Le vrai travail, après la levée de fonds, consistera à industrialiser la fraîcheur de l’information. Une conduite déplacée hier et non mise à jour demain recréera exactement l’accident que l’on prétendait éviter.
Au-Delà Des Tuyaux : La Bureaucratie Comme Produit
Mackanic ne s’arrête pas à la géomatique. Il parle déjà d’attaquer d’autres frictions qui rendent si difficile de construire aux États-Unis. Le pays débat sans fin de réindustrialisation, de logements, de réseaux électriques. Sur le terrain, les projets s’enlisent dans des enchaînements d’autorisations, d’études d’impact, de consultations. Si une entreprise maîtrise le graphe des contraintes physiques et réglementaires, elle peut vendre bien plus qu’une couche cartographique. Elle peut vendre du temps administratif comprimé.
Cette bascule n’est pas anodine pour le modèle d’affaires. Un accès à une base de données se facture souvent en abonnement. Un dépôt de permis, une recommandation de tracé, un suivi de conformité peuvent se facturer à l’acte, au dossier, au succès. La tentation sera grande de remonter la chaîne de valeur. Elle créera aussi des conflits d’intérêts potentiels avec les bureaux d’études qui sont aujourd’hui des clients. CivilGrid devra choisir : rester l’outil neutre de ceux qui conçoivent, ou devenir un acteur qui conçoit à leur place. Les deux stratégies existent. Elles ne se cumulent pas facilement.
Le Quotidien Invisible Des Réseaux
Le fondateur revient souvent sur un paradoxe. Les utilities accomplissent chaque jour un prodige banal : la lumière s’allume, l’eau coule, le café peut chauffer. Personne n’y pense, sauf le jour où cela s’arrête. Cette invisibilité culturelle explique en partie le sous-investissement dans les outils de connaissance du patrimoine. On célèbre les fusées, les voitures autonomes, les modèles de langage. On néglige la carte du collecteur qui passe sous la rue. Or, sans cette carte, les transitions énergétiques restent des discours. On ne branche pas des millions de pompes à chaleur ou de bornes sur un réseau dont on ignore les points de saturation souterrains.
Il y a là un sujet de récit industriel. Mackanic avoue avoir longtemps trouvé ces métiers ternes. L’expérience de terrain l’a convaincu du contraire. Le risque y est élevé, la responsabilité quotidienne, la marge d’erreur faible. Un logiciel qui réduit ce risque n’a pas besoin de paillettes. Il a besoin de fiabilité, d’interfaces sobres et d’une adoption réelle par des chefs de projet saturés. C’est moins glamour qu’une application grand public. C’est peut-être plus décisif pour la décennie qui vient.
Concurrence, Copies Et Fenêtre De Tir
D’autres acteurs travaillent déjà sur la détection de réseaux, le lidar, le géoradar, les jumeaux numériques urbains. CivilGrid ne prétend pas inventer le sous-sol. Il prétend résoudre le problème de l’agrégation et de la monétisation. La fenêtre est ouverte tant que les données restent fragmentées et que les grands opérateurs n’ont pas imposé un standard unique. Si demain un consortium public impose un référentiel national ouvert, la valeur de l’intermédiaire baissera. Si au contraire le patchwork persiste, l’agrégateur privé devient une infrastructure de fait.
Les 26 millions de dollars servent aussi à courir plus vite que cette incertitude. Recruter, signer, couvrir, avant qu’un géant des logiciels d’ingénierie n’intègre nativement les mêmes couches. Autodesk, Bentley, Esri et d’autres écosystèmes de la conception ont les canaux de distribution. Une startup plus agile peut encore s’imposer comme la source de vérité amont, à condition de rester indispensable. Le jour où l’outil n’apporte plus que de la visualisation, il sera avalé. Le jour où il porte les permis et les recommandations, il sera plus difficile à remplacer.
Ce Que Cette Histoire Dit Aux Fondateurs Européens
Le récit américain parle aussi à ceux qui observent depuis Paris, Lyon ou Bruxelles. L’Europe n’est pas exempte de sous-sols mal connus, de chantiers stoppés, de données municipales incompatibles. Les cadres réglementaires y sont parfois plus avancés, ce qui réduit une partie du chaos… et une partie du marché. Une startup européenne qui voudrait copier CivilGrid devrait d’abord cartographier non pas les tuyaux, mais les silos juridiques. Qui a le droit de croiser un plan d’assainissement et un cadastre gazier ? Dans quelles conditions ? Avec quelle responsabilité en cas d’erreur ?
Le second enseignement concerne le profil du fondateur. Mackanic n’arrive pas d’un accélérateur généraliste. Il arrive d’une décennie passée à voir le problème de l’intérieur. Cette légitimité ouvre des portes que le seul discours technologique n’ouvre pas. Dans les secteurs régulés, le CV opérationnel reste une barrière d’entrée aussi réelle qu’un algorithme. Ceux qui veulent s’attaquer aux frictions de l’infrastructure française — raccordements, permis, archives de réseaux — auraient intérêt à s’associer très tôt avec des profils issus des concessionnaires, des DREAL ou des grandes collectivités.
Les Limites Qu’Il Faudra Surveiller
Un article de présentation ne doit pas se transformer en plaquette. Plusieurs questions restent ouvertes. Quelle est la fraîcheur réelle des données une fois le contrat signé ? Comment l’outil gère-t-il les zones rurales, moins denses, moins numérisées, où le retour sur investissement d’une cartographie fine est plus faible ? Que se passe-t-il lorsqu’un opérateur refuse de partager ? La carte comporte-t-elle alors des trous dangereux, précisément là où le risque est le plus mal documenté ?
Autre point : l’automatisation des permis. Déposer un dossier n’est pas seulement remplir un formulaire. C’est endosser une responsabilité. Si le logiciel se trompe sur une contrainte environnementale, qui paie l’erreur ? Le client, l’éditeur, l’assureur ? Ces questions sembleront juridiques et lointaines tant que le produit reste un viewer enrichi. Elles deviendront centrales dès que CivilGrid touchera à l’acte administratif. Les 26 millions de dollars financent la croissance. Ils devront aussi financer la robustesse juridique.
- Qualité et mise à jour continue des sources hétérogènes.
- Gouvernance des recommandations automatiques de tracé.
- Responsabilité en cas d’omission d’un réseau critique.
- Capacité à rester neutre vis-à-vis des bureaux d’études clients.
- Extension hors des métropoles déjà bien documentées.
Une Décennie Pour Rendre Le Sol Lisible
Les villes vont continuer de se densifier. Les réseaux vont continuer de se superposer. Les transitions énergétiques vont multiplier les tranchées, les renforcements, les raccordements. Sans une connaissance partagée de ce qui est déjà là, chaque nouveau projet recommencera le même rituel : incertitude, sondages, mauvaises surprises, retard. CivilGrid ne prétend pas abolir la pelle mécanique ni le géoradar. Il prétend réduire le nombre de fois où l’on découvre trop tard ce que l’on aurait pu savoir trop tôt.
Le chemin depuis le bureau d’un ingénieur PG&E jusqu’à une Série A de 26 millions de dollars n’a rien d’un destin écrit. Il raconte surtout une méthode : partir d’un incident concret, chiffrer la douleur, construire un agrégat que l’intérieur n’arrive pas à produire, puis revendre la clarté à ceux qui la paient déjà sous forme de retards. Si la suite du plan — recommandation de tracé, dépôt de permis, attaque d’autres paperasses — tient ses promesses, l’entreprise quittera le rayon des outils de visualisation pour entrer dans celui des infrastructures invisibles de la construction.
En attendant, le sous-sol reste ce qu’il a toujours été : un palimpseste de décisions anciennes, de réseaux oubliés et de plans incomplets. Rendre cette mémoire lisible n’a rien d’un caprice technologique. C’est une condition pour bâtir sans casser, accélérer sans mettre en danger, et cesser de découvrir le réel au moment où la pelle touche le métal. Josh Mackanic a quitté un métier qu’il jugeait ennuyeux pour s’apercevoir qu’il était, en réalité, l’un des plus décisifs. Le marché, à 26 millions de dollars la mise, commence à lui donner raison. Reste à prouver que la carte tiendra quand les villes, elles, continueront de bouger sous la surface.