Imaginez un monde où l’intelligence artificielle ne se contente plus de gérer les processus internes des grandes entreprises, mais devient votre assistant personnel ultra-réactif, votre styliste virtuel, votre conseiller voyage et même votre DJ privé, le tout sans jamais quitter votre poignet ou votre poche. Cette vision, qui semblait encore futuriste il y a deux ans, commence sérieusement à prendre forme. Et selon plusieurs voix influentes du capital-risque, 2026 pourrait bien marquer le tournant décisif : l’année du consommateur.

Pourquoi 2026 pourrait devenir l’année reine des produits grand public

Depuis 2022, le vent soufflait clairement en faveur des solutions B2B. Les investisseurs privilégiaient les start-up capables de décrocher de gros contrats récurrents avec des entreprises prêtes à payer cher pour intégrer l’IA dans leurs opérations. Résultat : le secteur consumer tech a été largement délaissé, jugé trop risqué, trop dépendant des humeurs de la consommation des ménages dans un contexte économique incertain.

Mais les cycles se suivent et ne se ressemblent pas. Aujourd’hui, plusieurs signaux concordants laissent penser que la roue est en train de tourner. L’un des plus fervents défenseurs de ce retournement est Vanessa Larco, partner chez Premise et ancienne associée chez NEA, qui n’hésite pas à affirmer haut et fort que l’année 2026 sera historique pour les applications destinées au grand public.

L’adoption fulgurante : le super-pouvoir oublié du consumer

Le principal argument avancé par les partisans du retour en force du consumer réside dans la vitesse d’adoption. Là où une entreprise peut mettre des mois, voire des années, à déployer une nouvelle solution IA à grande échelle, un particulier teste, adopte ou abandonne en quelques heures seulement.

« Les gens savent déjà ce qu’ils veulent faire avec l’outil. Ils achètent, essaient, et s’il répond au besoin, ils continuent. Point. »

Vanessa Larco – Partner chez Premise

Cette réactivité permet aux fondateurs de savoir très rapidement s’ils ont trouvé le fameux product-market fit. Pas besoin d’attendre six trimestres de pilotage chez un grand compte pour comprendre que le produit ne convient finalement pas. En B2C, le feedback est immédiat, brutal, et honnête.

Autre avantage non négligeable : la viralité naturelle. Un produit vraiment utile se propage de proche en proche, sans budget marketing démesuré. On l’a vu avec des applications comme BeReal, Clubhouse (à ses débuts), ou plus récemment certaines fonctionnalités dopées à l’IA sur les réseaux sociaux.

OpenAI redéfinit le paysage… et laisse des portes ouvertes

L’éléphant dans la pièce s’appelle bien entendu OpenAI. Avec ChatGPT devenu l’interface centrale de millions d’utilisateurs quotidiens, la firme de Sam Altman est en train de positionner son modèle comme le nouveau système d’exploitation du web grand public.

Fin 2025, l’intégration d’applications tierces directement dans ChatGPT (Target pour le shopping, Zillow pour l’immobilier, Expedia pour les voyages, Spotify pour la musique…) a marqué un tournant symbolique fort. On ne va plus sur ces sites : on demande à ChatGPT de le faire pour nous.

Mais Vanessa Larco met en garde : OpenAI n’a ni l’envie ni les compétences pour tout faire. Certains secteurs nécessitent une gestion lourde d’actifs physiques ou de communautés humaines complexes. Airbnb, Uber, TaskRabbit, Etsy… autant de marketplaces que le géant de l’IA ne semble pas pressé de concurrencer frontalement.

  • Pas de gestion de logements → peu probable qu’OpenAI lance un Airbnb killer
  • Pas d’orchestration de chauffeurs humains → Uber reste à l’abri
  • Pas de modération massive de créateurs → les plateformes de UGC gardent leur place

Ces « trous » dans l’écosystème constituent autant d’opportunités massives pour des start-up agiles capables de se positionner comme le complément indispensable du super-assistant généraliste.

Attention au futur « Apple tax » version IA

Un autre scénario inquiète les observateurs attentifs : et si OpenAI (ou Google, ou Anthropic) décidait demain d’appliquer une commission de 30 % sur tout le trafic commercial qu’il envoie vers des partenaires ?

La question n’est pas anodine. Quand vous demandez à ChatGPT de vous trouver un hôtel à Lisbonne la semaine prochaine, et qu’il vous redirige vers Booking avec un lien tracké, qui touche la commission ? Aujourd’hui Booking la touche. Demain, OpenAI pourrait très bien revendiquer sa part.

« Est-ce qu’Airbnb va accepter de payer 30 % à OpenAI pour chaque réservation venant de ChatGPT ? »

Vanessa Larco

Cette menace pousse déjà certains acteurs à réfléchir à des modèles économiques plus résilients : abonnement direct, expérience premium sans intermédiaire, tokenisation d’accès privilégié, etc. 2026 pourrait donc aussi être l’année de l’invention de nouveaux modes de monétisation grand public à l’ère de l’IA conversationnelle.

Social media : la fin de l’information, le triomphe du divertissement ?

Autre grande transformation en cours : la crise de confiance dans les réseaux sociaux traditionnels. Avec la prolifération des contenus IA ultra-réalistes (deepfakes, vidéos générées, images truquées), beaucoup d’utilisateurs commencent à présumer que tout ce qu’ils voient sur Instagram, TikTok ou Facebook est faux par défaut.

Vanessa Larco raconte avoir été submergée de contenus IA autour de l’arrestation de Nicolás Maduro fin 2025. À tel point qu’elle ne cherche même plus d’information sérieuse sur ces plateformes.

Son pronostic est clair : Meta pourrait se transformer en pure machine à divertissement – plateforme de mini-films générés par les utilisateurs, de mèmes animés, de courtes fictions absurdes. L’information factuelle migrerait vers des espaces plus verticaux et vérifiés (Reddit avec ses outils d’authentification, futurs concurrents de Digg relancés, newsletters certifiées, etc.).

La revanche de la voix : quand l’écran devient optionnel

Enfin, l’un des sujets les plus excitants pour 2026 concerne les interfaces vocales enfin matures. Pendant des années, Siri, Alexa et Google Assistant ont déçu par leur manque de compréhension contextuelle et leur rigidité. Mais les modèles multimodaux récents changent radicalement la donne.

Les Meta Ray-Ban Stories (version boostée par l’IA de Meta) séduisent de plus en plus d’utilisateurs early-adopters. Appels, messages, photos, questions en tout genre… le tout sans jamais sortir son téléphone. Vanessa Larco les utilise au quotidien et prédit que 2026 sera l’année où l’on commencera vraiment à trier : qu’est-ce qui mérite un écran ? Qu’est-ce qui est mieux en pur audio ?

  • Demander la hauteur de la plus grande tour du monde → voix
  • Comparer trois assurances vie → écran
  • Créer une playlist pour un dîner → voix
  • Analyser un bilan financier complexe → écran
  • Répondre à un message urgent en conduisant → voix

Cette dissociation des usages va offrir un terrain de jeu immense aux designers de produits. Fini le « one-size-fits-all » de l’écran tactile. Chaque usage pourra enfin trouver le canal le plus naturel.

Quelles opportunités concrètes pour les entrepreneurs en 2026 ?

Si l’on synthétise les différents signaux, voici les grands thèmes qui devraient attirer l’attention des investisseurs les plus visionnaires dans les mois à venir :

  • Applications super-spécialisées qui viennent compléter ChatGPT (ex. : planificateur de voyages ultra-niche, styliste personnel avec essayage virtuel en temps réel, coach sportif qui corrige la posture via la caméra)
  • Marketplaces physiques complexes nécessitant une vraie couche humaine (services à domicile premium, locations saisonnières atypiques, expériences IRL rares)
  • Outils de vérification d’authenticité et de curation de contenu réel (anti-slop media, plateformes de journalisme certifié)
  • Expériences vocales-first pour des usages où l’écran est un frein (parents avec enfants en bas âge, personnes en situation de mobilité réduite, usages en voiture ou en cuisine)
  • Nouveaux business models résilients face à la possible « taxe OpenAI » (abonnements invisibles, micro-transactions contextuelles, token-gating)

Bien entendu, tout cela reste prospectif. Mais les ingrédients sont réunis : puissance de calcul disponible, modèles multimodaux impressionnants, lassitude vis-à-vis des interfaces classiques, méfiance croissante envers le contenu social non-vérifié, et surtout un appétit intact des consommateurs pour des expériences toujours plus fluides et personnalisées.

Conclusion : le consommateur reprend la main

Après plusieurs années où l’entreprise dictait les priorités d’investissement, le pendule semble donc repartir dans l’autre sens. 2026 pourrait bien être l’année où l’innovation la plus visible, la plus impactante et la plus rentable se fera finalement du côté du consommateur final.

Les fondateurs qui sauront créer des expériences tellement naturelles qu’elles en deviennent invisibles, ceux qui comprendront que l’IA généraliste est un tremplin et non un ennemi, ceux qui miseront sur la voix, la véracité et l’hyper-personnalisation auront peut-être rendez-vous avec l’histoire.

Le consommateur, longtemps considéré comme le parent pauvre de la tech, pourrait bien redevenir le roi. Et cette fois, il aura l’intelligence artificielle la plus puissante du monde dans sa poche… ou sur son nez.

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Steven Soarez
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