Imaginez rentrer chez vous après une longue journée et découvrir que votre assistant robotique, sans que vous ayez eu à lui expliquer quoi que ce soit, est en train de préparer vos tartines parfaitement grillées… simplement parce qu’il a regardé des milliers de vidéos de personnes faisant la même chose. Cette scène, qui semblait tout droit sortie d’un film de science-fiction il y a encore peu, commence à prendre forme grâce à une petite entreprise norvégienne qui fait beaucoup parler d’elle en ce début d’année 2026.

1X Technologies, la société derrière le robot humanoïde Neo, vient en effet de lever un coin du voile sur une avancée qui pourrait bien changer la donne dans le domaine de la robotique domestique : le 1X World Model. Ce modèle d’intelligence artificielle ne se contente pas d’analyser des images ; il tente de comprendre la physique du monde réel et d’en extraire des comportements actionnables. Une étape qui fait rêver autant qu’elle interroge.

Quand la vidéo devient le professeur ultime des robots

Pendant des décennies, la robotique a surtout avancé grâce à des ingénieurs patients qui programmaient chaque geste, chaque trajectoire, chaque ajustement de force. Puis est venue l’ère de l’apprentissage par renforcement, où les robots apprenaient en essayant des milliers, voire des millions de fois. Mais la méthode restait lente, coûteuse en énergie et surtout très limitée au domaine d’entraînement précis.

Le pari de 1X est radicalement différent : plutôt que d’entraîner Neo sur des millions d’heures dans un simulateur ou dans un entrepôt spécialement aménagé, pourquoi ne pas lui faire absorber directement le savoir accumulé par des milliards d’humains sur internet ? C’est précisément ce que permet le World Model dévoilé en janvier 2026.

Concrètement, on donne au robot une vidéo (n’importe quelle vidéo montrant un humain en train d’accomplir une tâche) et une consigne textuelle. Le modèle traduit cette combinaison en une séquence d’actions que le robot peut tenter d’exécuter dans le monde physique. Pas de démonstration parfaite exigée, pas de téléopération préalable : le robot essaie.

Des tâches simples… mais ô combien symboliques

Les premières démonstrations publiques ne montrent pas Neo en train de réaliser des prouesses dignes d’un film Marvel. On le voit plutôt accomplir des gestes du quotidien que nous réalisons sans même y penser :

  • Retirer le panier d’une friteuse à air chaud
  • Insérer une tranche de pain dans un grille-pain
  • Donner un high-five convaincant
  • Ouvrir un tiroir et y ranger un objet
  • Verser du liquide d’un récipient à un autre sans trop en renverser

Ces gestes peuvent sembler triviaux. Pourtant, ils concentrent presque tous les défis majeurs de la robotique humanoïde grand public : manipulation fine, anticipation des propriétés physiques des objets, adaptation aux variations de forme et de texture, coordination œil-main dans un environnement non structuré.

« Après des années à perfectionner notre world model et à rendre la conception de Neo aussi proche que possible de l’humain, Neo peut désormais apprendre à partir de vidéos à l’échelle d’internet et appliquer directement ces connaissances dans le monde physique. »

Bernt Børnich, fondateur et CEO de 1X

Cette citation résume parfaitement l’ambition : passer d’une programmation rigide à une forme d’apprentissage imitation beaucoup plus généraliste. Mais entre l’ambition affichée et la réalité actuelle, il reste encore un fossé important.

Les limites actuelles du World Model de 1X

Il serait tentant de s’enflammer et d’annoncer que nous sommes à l’aube de robots capables d’apprendre n’importe quoi en regardant une seule vidéo YouTube. La réalité est plus nuancée.

Le porte-parole de 1X a été clair lors des échanges qui ont suivi l’annonce : le modèle permet au robot de tentative n’importe quelle tâche décrite par un prompt. Mais la réussite reste pour l’instant cantonnée à des actions relativement basiques et prévisibles. Demandez à Neo de plier du linge, de faire une omelette ou de conduire une trottinette électrique et les résultats sont bien plus aléatoires, voire inexistants pour le moment.

Cette honnêteté est plutôt rare dans le secteur et mérite d’être soulignée. Beaucoup de startups préfèrent communiquer uniquement sur les cas parfaits. 1X a choisi de montrer aussi les limites actuelles, ce qui donne paradoxalement plus de crédit à leurs annonces futures.

Pourquoi la forme humaine reste cruciale

Certains observateurs se demandent encore pourquoi s’obstiner à créer des robots à forme humaine alors que des bras fixes ou des robots roulants sont souvent plus efficaces pour des tâches précises. La réponse de 1X est double.

  1. Le monde a été conçu par et pour des humains. Poignées de portes, interrupteurs, tiroirs, chaises, escaliers… tout est pensé pour notre morphologie bipède avec deux bras et dix doigts.
  2. Les vidéos disponibles sur internet montrent presque exclusivement des humains en action. Un robot à l’apparence radicalement différente aurait beaucoup plus de mal à transposer ces démonstrations.

En conservant une silhouette humanoïde, 1X maximise la compatibilité entre le flux massif de données vidéo disponible et la capacité du robot à l’exploiter directement.

Un outil précieux pour les ingénieurs eux-mêmes

Au-delà de l’aspect grand public, le World Model offre un avantage souvent sous-estimé : il donne aux développeurs une fenêtre sur le « raisonnement » du robot.

Quand Neo reçoit un prompt et génère une séquence d’actions, les ingénieurs peuvent observer quelles trajectoires il envisage, quels objets il identifie comme pertinents, comment il anticipe les interactions physiques. Cette traçabilité est extrêmement précieuse pour comprendre les échecs, corriger les biais et orienter les futures itérations du modèle.

C’est un peu comme si le robot tenait un journal de bord mental que les humains pouvaient enfin lire. Une avancée discrète mais potentiellement décisive sur le long terme.

La course aux robots domestiques s’intensifie

1X n’est évidemment pas seul sur ce terrain. Figure, Tesla avec Optimus, Agility Robotics, Apptronik, Sanctuary AI et bien d’autres accélèrent également. Mais chacun choisit une voie légèrement différente :

EntrepriseFocus principal 2026Approche apprentissage
1XMaison & apprentissage vidéo généralisteWorld Model + imitation massive
Tesla OptimusUsine puis maisonAutopilot-like + collecte flotte
FigurePartenariats industrielsModèles multimodaux + téléop
Agility DigitLogistique entrepôtReinforcement learning spécialisé

Ce tableau rapide montre que 1X fait le pari le plus audacieux sur l’apprentissage généraliste à partir de données publiques non-structurées. Un pari risqué… mais potentiellement très différenciant s’il fonctionne à grande échelle.

Vers une précommande qui dépasse les attentes

Depuis octobre 2025, 1X accepte les précommandes pour Neo. Sans révéler le nombre exact de réservations, la société parle d’un « dépassement très net des attentes ». Ce succès précoce s’explique probablement par plusieurs facteurs :

  • Le design très abouti de Neo, souvent décrit comme l’un des plus « humains » du marché
  • La communication transparente et relativement humble de l’équipe
  • L’attrait croissant du grand public pour les robots domestiques après des années de promesses
  • Le contexte global d’accélération de l’IA générative qui rend l’idée moins farfelue

Reste maintenant à transformer ces précommandes en livraisons réelles et fonctionnelles. La pression monte.

Quelles implications sociétales à moyen terme ?

Si le World Model de 1X et les approches similaires finissent par atteindre un niveau de fiabilité suffisant, plusieurs scénarios se dessinent :

  1. Assistance aux personnes âgées ou en perte d’autonomie (préparation repas, aide aux transferts, compagnie)
  2. Support dans les tâches ingrates du quotidien pour les familles actives
  3. Nouvelle vague d’innovation autour des interfaces « prompt → action physique »
  4. Questionnements éthiques majeurs : vie privée dans la maison, dépendance technologique, impact sur l’emploi domestique informel
  5. Réflexion sur le coût : un robot à 20-30 000 $ pourrait-il devenir aussi courant qu’une voiture familiale ?

Ces questions ne sont plus de la prospective lointaine ; elles se posent dès aujourd’hui dans les laboratoires et les salons de précommande.

Et maintenant ? Les prochaines étapes annoncées ou attendues

1X reste discrète sur le calendrier précis de livraison des premiers Neo aux précommanditaires. Plusieurs observateurs tablent sur une première vague symbolique fin 2026 – début 2027, suivie d’une montée en cadence en 2028 si les retours d’expérience sont concluants.

Du côté technique, la feuille de route implicite semble inclure :

  • Amélioration massive de la fiabilité sur les tâches semi-complexes
  • Meilleure gestion des échecs (récupération autonome après erreur)
  • Intégration de mémoire à long terme pour personnalisation
  • Possibilité de fine-tuner le modèle sur les vidéos personnelles de l’utilisateur
  • Renforcement multi-modal (ajout de données haptiques, sonores, etc.)

Chaque point représente un défi colossal… mais aussi une opportunité de différenciation énorme.

Conclusion : une brique essentielle dans l’édifice robotique grand public

Le 1X World Model n’est pas encore la solution miracle qui permettra à votre robot de devenir un vrai majordome polyvalent. Mais il constitue sans doute l’une des briques les plus intéressantes posées à ce jour dans la quête du robot domestique utile et abordable.

En misant sur l’imitation massive à partir de données vidéo publiques, en gardant une approche humble sur les résultats actuels et en conservant un design très humain pour Neo, 1X trace une voie originale dans un secteur où les annonces tonitruantes sont fréquentes.

Reste à savoir si cette voie mènera plus vite que les autres vers le salon de millions de foyers. Une chose est sûre : les prochains mois et années promettent d’être passionnants pour quiconque s’intéresse à l’avenir de la robotique.

Et vous, seriez-vous prêt à accueillir un Neo chez vous dès qu’il sera capable de faire correctement vos courses, votre ménage et votre cuisine… ou trouvez-vous l’idée encore trop dystopique ?

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Steven Soarez
Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.